Dopage : Paul Seixas visé par les doutes d’un ex-coureur
Une victoire de prestige, et aussitôt les questions. Paul Seixas vient de s’imposer sur le Tour de Lombardie, l’un des Monuments du cyclisme, et certains regards se sont durcis. Christophe Bassons, qui avait tenu tête à Lance Armstrong, a publié un message qui dit tout haut ce que d’autres pensent bas. Son raisonnement vise pourtant bien plus large que le seul Français.

Après Lombardie, le sourire de Seixas croise le regard d’un sceptique de poids
Le cyclisme a la mémoire longue. Chaque exploit y est accueilli avec un mélange de fascination et de suspicion, comme si les démons du passé ne lâchaient jamais vraiment le peloton. La victoire de Paul Seixas sur le Tour de Lombardie n’a pas échappé à cette règle tacite.
Le coureur natif de Lyon a décroché l’un des Monuments du calendrier. Pour les pourfendeurs du dopage, une performance de haut vol devient vite un signal d’alarme. Les observateurs les plus critiques ont donc activé leurs radars dès l’arrivée.
Un internaute a alors demandé son avis à Christophe Bassons, sur Facebook. L’homme n’est pas n’importe qui : ancien coureur, devenu figure de la lutte contre le dopage, il avait osé s’opposer à Lance Armstrong au temps de sa splendeur. Sa parole pèse, et il le sait.
Le contraste est saisissant. Quand Pogačar adoube Seixas avant leur duel au Tour de France, l’ambiance est au respect mutuel. Du côté de Bassons, elle est plutôt à l’interrogation.
Sa publication ne vise pas seulement le vainqueur du jour. Elle s’attarde aussi sur le groupe qui l’entoure, et c’est là que les choses deviennent intéressantes. Que reproche-t-il, au juste, à cette équipe ?
Ce que Bassons écrit sur l’équipe Decathlon-CMA CGM, mot pour mot
Avant d’entrer dans le détail, un rappel : Seixas n’est pas arrivé de nulle part. Le jeune Français avait déjà fait parler de lui quand, à 19 ans, il écrasait la Flèche Wallonne et entrait dans l’histoire. Son ascension est donc scrutée depuis un moment.
Bassons, lui, commence par la prudence. « Difficile à dire mais j’avoue que les résultats de cette équipe attirent mon attention ! Beaucoup de jeunes très performants ! », écrit-il. Il ajoute : « Il y a sûrement une raison mais j’ai du mal à la trouver. »
La formule est volontairement floue. Elle n’accuse personne nommément, mais elle laisse entendre, à demi-mots, que la réussite collective de Decathlon-CMA CGM pourrait cacher une méthode d’optimisation encore inexpliquée. C’est du moins la lecture qu’en fait la source.
Sur Seixas lui-même, le ton devient ironique. « Quant aux performances du vainqueur du jour, je suis sûrement un vieux con qui ne comprend plus rien au vélo ! », lance-t-il. Le sarcasme dit le doute sans avoir à le prouver.
Mais le cœur de son message est ailleurs, dans une logique qu’il applique à tout le peloton. Voici la phrase qui a fait réagir : « J’ai tout de même une certitude : tu ne peux pas dire à la fois qu’il y a encore du dopage dans le cyclisme (et donc douter de Pogacar) et croire aux performances de Seixas ! »
Autrement dit : la suspicion ne peut pas être à géométrie variable. Et un autre nom connu du milieu enfonce le clou avec des chiffres.
Les 36 secondes de Vayer : le chrono qui nourrit le débat
Sur ce terrain, la discussion dépasse la seule polémique entre anciens. Elle croise un sujet qui agite déjà le peloton : des coureurs du Tour dénoncent une injustice des contrôles qui viserait un Français précis. Le contexte est tendu, et les mots pèsent.
C’est sur X qu’Antoine Vayer a pris la parole. Il présente depuis de nombreuses années Seixas comme un prodige, et il pose une question sans détour : « Parce qu’il est Français, dans une équipe qui ‘domiciliera ses contrats’ en Suisse (neutre) pour CMA CGM DECATHLON, Paul devrait bénéficier de mansuétude ? »
Il rappelle aussi que le sport, selon lui, a toujours reposé sur la tricherie, sauf exceptions reconnues et identifiées. Sa position rejoint ainsi celle de Bassons : pas de passe-droit lié à la nationalité.
Puis vient le chrono. « 11 min 54 s pour Paul Seixas sur le Civiglio, c’est 36 s de moins que Pogacar en 2022. »
Vayer ne s’arrête pas là, et sa suite est ironique. Pogačar « s’est transformé en mutant-alien fin 2023 » et serait « bien plus fort aujourd’hui ». Enric Mas, rappelle-t-il, avait réussi à le suivre en 2022.
Le message se lit en creux : la comparaison avec le Slovène relativise ou interroge, selon le point de vue. Dans les propos rapportés, aucune preuve n’est avancée par l’un ou l’autre. Il s’agit de doutes et de comparaisons, pas d’accusations établies.
Ce que ce débat change pour Seixas et pour le peloton
Concrètement, rien n’est établi. Il n’y a ici que deux voix connues qui expriment un scepticisme, l’une sur Facebook, l’autre sur X. La source ne mentionne aucune réaction de Paul Seixas ni de son équipe à ce stade.
Reste l’effet de ces prises de parole. Elles rappellent que chaque victoire majeure déclenche désormais un réflexe de vérification, et que la jeunesse d’un coureur n’y change rien. Le message de Bassons est clair : tant que des doutes subsistent sur l’intégrité globale du sport, la suspicion devrait être universelle.
Ce débat s’inscrit aussi dans un contexte plus large, où la lutte antidopage est sous les projecteurs. Les contrôles de nuit ont déjà fait réagir, comme le montre l’histoire de ce contrôle antidopage nocturne qui agace les équipes de Pogačar et Vingegaard.
Et l’avenir pourrait compliquer encore la question. Un chercheur belge alerte sur un risque nouveau, expliquant que « nous ne sommes pas prêts » face à ce dopage génétique venu des vaccins ARN.
À surveiller, donc : la réponse éventuelle de Decathlon-CMA CGM, et la façon dont la performance de Seixas sera relue lors des prochaines courses.
Une chose est sûre : le public, lui, a désormais deux lectures de la même victoire. L’une célèbre un talent, l’autre réclame des explications.
Entre l’admiration et la méfiance, le cyclisme n’a jamais su choisir. Bassons et Vayer ne tranchent pas non plus, ils demandent seulement que le doute vaille pour tout le monde. Et vous, la perf de Seixas, vous la regardez comment ?
Pendant que le peloton s’écharpe sur les chronos, les coureurs cherchent aussi des gains ailleurs, et ce gel testé en secret grâce à une molécule longtemps détestée des cyclistes pourrait bien rebattre les cartes. Et si vous vous demandez comment une star échappe aux regards, le secret que l’entourage de Pogačar utilise pour que personne ne le reconnaisse en plein entraînement vaut le détour.