Sainte-Lucie immerge 31 statues de ses grandes figures : sous l’eau, elles deviennent un récif pour les poissons

Imaginez plonger au large d’une île des Caraïbes et croiser, entre deux bancs de poissons, une ancienne gouverneure générale sculptée. À Sainte-Lucie, ce n’est plus une blague de plongeur. Un parc de sculptures sous-marines doit ouvrir cet hiver, avec 31 œuvres au programme. Et l’une des figures représentées est encore bien vivante.
Anse La Verdure : 31 figures de l’histoire qui s’installent sous la surface
Sainte-Lucie prépare l’ouverture de Below Saint Lucia, un parc de sculptures sous-marines installé à Anse La Verdure, sur la côte sud-ouest de l’île. L’information vient du Journal des Seniors. Le parc doit ouvrir cet hiver, mais aucune date précise n’a été annoncée à ce stade.
Au menu : 31 œuvres, chacune consacrée à une personne qui a façonné l’histoire du pays. Le projet aurait été développé par DeepBlueSea. Et ce site n’est que la première phase d’un concept qui doit en compter trois.
L’ambition dépasse la simple curiosité touristique. Il s’agit de mêler art, histoire, culture et conservation marine, à travers des figures qui incarnent le peuple, le patrimoine et l’identité nationale de l’île. Un musée, oui, mais dont l’océan fait office de salle d’exposition.
Le décor ne manque pas de personnalité. Sainte-Lucie revendique le titre de seul pays au monde portant un nom de femme, avec ses Pitons classés à l’UNESCO et ses forêts tropicales. L’île pique d’ailleurs de plus en plus la curiosité des internautes, loin des destinations antillaises les plus connues.
Reste une question. Qui a eu droit à son portrait au fond de l’eau ?
Esclavage, combats, patrimoine : le casting inattendu de ce parc englouti
La collection rend hommage à des individus et des groupes liés à la fin de l’ère de l’esclavage. Elle réunit aussi des combattants, des entrepreneurs, des gardiens du patrimoine et des leaders communautaires.
D’autres pionniers complètent l’ensemble, tous choisis pour la trace qu’ils ont laissée sur les générations suivantes. Deux qualités reviennent pour toutes ces personnalités : le courage et la vision.
Le visiteur ne croise pas ces figures au détour d’une avenue, mais en explorant les eaux de l’île. C’est ce que met en avant le ministre du Tourisme : une manière de relier la mer aux récits qui ont façonné la nation. Les résidents sont cités au même titre que les visiteurs parmi le public invité à découvrir ces histoires immergées.
Sous l’eau, la vie s’installe presque partout. Elle va jusque sous 900 mètres de glace en Antarctique, où des animaux vivent sans lumière depuis 5 800 ans. Alors un parc de statues en eau chaude, qu’est-ce que ça peut abriter ?
C’est là que le projet bascule. Selon le Journal des Seniors, ces œuvres ont été conçues pour fonctionner comme des structures récifales artificielles. Elles doivent soutenir la croissance corallienne et la biodiversité marine.
Autrement dit, chaque statue serait un support de vie autant qu’un objet de mémoire. Les poissons ne seraient pas de simples spectateurs de l’histoire du pays : ils en deviendraient les locataires. Mais l’une de ces sculptures a une particularité que les autres n’ont pas.

Dame Pearlette Louisy, la seule légende vivante du parc
Sainte-Lucie n’est pas la seule île à cultiver sa singularité : Porto Santo, cette île portugaise « quasiment inconnue », mise elle aussi sur un atout que personne d’autre n’a. Ici, l’atout porte un nom propre.
Parmi les personnalités représentées figure Dame Pearlette Louisy, ancienne gouverneure générale de Sainte-Lucie. Elle a occupé cette fonction plus longtemps que quiconque dans l’histoire du pays.
Elle est aussi la seule légende nationale vivante de la collection. Sa sculpture est présentée comme un hommage culminant à son service public et à l’empreinte durable qu’elle laisse sur l’île.
Voilà le détail qui donne tout son sens au parc : des statues d’hommes et de femmes du passé, et une figure encore bien présente, le tout posé là où la vie marine peut s’accrocher. La durabilité est d’ailleurs présentée comme le cœur de l’expérience.
Le parc doit sensibiliser les visiteurs à la conservation des océans, à la gestion responsable de l’environnement et à la résilience climatique. L’idée : découvrir l’univers sous-marin en prenant conscience de l’importance de le préserver. Les statues racontent l’histoire, et le récif raconte l’avenir.
Ce qui attend l’île après Anse La Verdure
Le Dr Ernest Hilaire, ministre du Tourisme, du Commerce, de l’Investissement, des Industries créatives, de la Culture et du Patrimoine, y voit le type d’expérience innovante que l’île veut développer. Selon lui, l’attraction illustre la diversification de l’offre touristique, à partir d’expériences ancrées dans le peuple, l’histoire et l’environnement naturel.
Il insiste sur un point : la participation communautaire sera déterminante pour le développement et l’exploitation du site. Autrement dit, le parc ne se veut pas seulement un produit pour touristes. Les habitants sont invités à s’y plonger autant que les visiteurs.
L’initiative s’inscrit dans l’effort plus large de la destination pour valoriser ses atouts naturels tout en contribuant à leur protection. Les statues marines ne sont pas une première mondiale dans l’esprit : un squelette marin de 9 mètres vieux de 66 millions d’années a ainsi fait parler de lui du côté de Beauval. Mais ici, c’est l’histoire d’un peuple qui s’invite sous l’eau.
Anse La Verdure n’est que le premier chapitre. Le concept prévoit trois phases, avec des emplacements futurs parmi lesquels Anse Ferre, à Ciceron. Aucun calendrier n’est avancé pour la suite.
Ce qui frappe, c’est l’échelle : on parle d’un projet pensé comme un parcours, pas comme une simple curiosité. Si l’on parle de mer et de réseaux, les câbles sous-marins qui portent 99 % d’Internet rappellent à quel point les fonds marins cachent des choses insoupçonnées. À surveiller : la date d’ouverture, encore inconnue.
Résumé en une phrase : à Sainte-Lucie, l’histoire du pays prend le chemin du récif. Et si la mer vous attire autant que les secrets du corps humain, le nombre de litres d’air qu’un apnéiste n’utilisera jamais en 4 minutes sous l’eau vous réserve une vraie surprise.
Quant aux poissons, il paraît que certains saumons nagent deux fois plus que la normale sous l’effet d’une drogue, et la raison est moins drôle qu’il n’y paraît.