En 2022, ce village espagnol de 44 maisons est mis en vente pour 260 000 euros : 3 ans plus tard, un Américain le rachète pour en faire un complexe de luxe
Quarante-quatre maisons, une église, une école, un hôtel et même une piscine. Le tout pour le prix d’un simple appartement. En 2022, un village entier est mis en vente au fin fond de l’Espagne, à quelques pas du Portugal. Des centaines de curieux se manifestent. Mais le destin de ce village fantôme va prendre un tour que personne n’avait imaginé.

Un village entier pour le prix d’un appartement
L’annonce fait le tour du monde en novembre 2022. Dans la province de Zamora, au nord-ouest de l’Espagne, un village entier est à vendre. Son nom : Salto de Castro. Son prix : 260 000 euros.
Pour cette somme, l’acheteur repart avec tout. Selon la BBC, le lot comprend 44 maisons, un hôtel, une église, une école, une piscine municipale et une ancienne caserne de la Guardia Civil, la gendarmerie espagnole.
Le village se trouve à environ trois heures de route de Madrid, tout près de la frontière portugaise. Il est niché dans un décor spectaculaire, au-dessus des gorges du Douro, le fleuve qui sépare ici l’Espagne du Portugal.
Un village construit pour un barrage
Salto de Castro n’est pas un village comme les autres. Il n’a jamais été pensé pour durer. Il a été construit au milieu du XXe siècle par la compagnie d’électricité Iberduero, l’ancêtre de l’actuel géant Iberdrola.
Sa raison d’être : loger les ouvriers qui construisaient le barrage de Castro, tout proche, et leurs familles. Selon la BBC, les habitants sont partis une fois le chantier terminé.
Les départs s’accélèrent dans les années 1980, faute de travail. Selon Euronews, plus personne n’y vit depuis 1989. Depuis plus de trente ans, les maisons se dégradent lentement, sous le soleil de la région.
Ces villages vidés de leurs habitants fascinent toujours autant. Nous vous avions raconté l’histoire d’Irina, qui s’est installée à 15 ans dans un village abandonné des montagnes espagnoles.
Le rêve brisé d’un propriétaire
Le village a pourtant déjà connu un projet de renaissance. Au début des années 2000, il est racheté par un particulier. Son idée : le transformer en destination touristique.
Mais la crise financière de 2008 met un coup d’arrêt brutal à ses plans. Selon la BBC, le propriétaire, âgé de plus de 80 ans au moment de la vente, rêvait d’y ouvrir un hôtel. « Tout est resté en suspens », résume Ronnie Rodríguez, de l’agence Royal Invest, chargée de la vente.
Le propriétaire explique simplement sa décision de vendre. « Je le vends parce que je suis un citadin et que je ne peux pas assumer l’entretien », confie-t-il, cité par la BBC.
Un prix divisé par vingt-cinq
Le prix de 260 000 euros n’a pas toujours été celui-là. Selon la BBC, le village avait auparavant été proposé jusqu’à 6,6 millions de dollars. Mais faute d’acheteur, et avec de nombreux bâtiments abîmés, le prix a fini par chuter.
Il faut dire que l’acheteur devra mettre la main à la poche. Selon le site immobilier Idealista, cité par la BBC, environ 2 millions de dollars seraient nécessaires pour rendre le village pleinement fonctionnel et rentable.
Des centaines de curieux du monde entier
Malgré l’ampleur des travaux, l’annonce provoque un véritable engouement. Selon la BBC, elle enregistre plus de 50 000 visites dès sa première semaine en ligne.
Ronnie Rodríguez recense environ 300 personnes intéressées. Les demandes arrivent de Russie, de France, de Belgique ou encore du Royaume-Uni. Rapidement, un acheteur potentiel verse un acompte pour réserver le village.
Cet engouement pour les villages à vendre n’est pas propre à l’Espagne. En France aussi, un petit village de Corrèze mis en vente avait connu un succès phénoménal.
Vendu, puis remis en vente deux fois plus cher
Le village trouve finalement preneur. Selon Euronews, c’est un homme d’affaires espagnol, Óscar Torres Gallego, qui l’achète, pour environ 300 000 euros. Lui aussi veut en faire un lieu touristique.
Il lance quelques travaux d’architecture et entame des démarches auprès des autorités locales. Mais, selon Idealista, cité par Euronews, son projet se heurte à des contraintes liées à sa stratégie d’entreprise.
Coup de théâtre en octobre 2023 : Salto de Castro est de nouveau à vendre. Et cette fois, selon Euronews et le Brussels Times, le prix grimpe à 580 000 euros. Presque le double de ce qu’il a été acheté un an plus tôt.
Ces achats immobiliers à prix cassé réservent souvent des surprises. Nous vous avions raconté l’histoire de ces acheteurs qui ont renoncé à une maison à 1 euro en Italie en découvrant le contrat.
Un Américain tombe sur l’annonce
C’est alors qu’entre en scène un nouvel acheteur, venu de l’autre côté de l’Atlantique. Selon le quotidien espagnol El Debate, il s’agit de Jason Lee Beckwith, un homme d’affaires américain, propriétaire et directeur de la société Rockin Hospitality.
Le maire de Fonfría, la commune dont dépend le village, raconte la scène. Selon Sergio López, l’Américain a « vu l’annonce et n’a pas hésité ».
D’après El Debate, en février 2025, le prix est fixé à 300 000 euros, dont la moitié a déjà été versée. D’autres médias espagnols évoquent une somme comprise entre 300 000 et 350 000 euros.
Un complexe de luxe en projet
Ce que prévoit l’Américain n’a plus grand-chose à voir avec un simple village. Selon El Debate, il veut en faire un complexe touristique, avec des villas de luxe, un hôtel, des restaurants et des bars.
L’investissement est estimé entre 4 et 5 millions d’euros, avec plus de 30 emplois à la clé. D’autres sources évoquent jusqu’à 7 millions d’euros. Selon le site équatorien Vistazo, qui cite El Cronista, le projet prévoit aussi des espaces pour les travailleurs nomades et une auberge de 14 chambres.
L’objectif affiché début 2025 était ambitieux : voir les premiers occupants s’installer dès l’été 2026.
Un obstacle de taille
Reste un problème. Salto de Castro se trouve dans le parc naturel des Arribes del Duero, un espace protégé de grande valeur. Le village fait aussi partie d’une réserve de biosphère reconnue par l’Unesco.
Selon El Debate, les règles d’urbanisme constituent le principal frein au projet. Le maire de Fonfría rappelle que l’ensemble, y compris le barrage, fait partie des éléments protégés du plan d’urbanisme local. Selon Vistazo, il insiste sur la nécessité de préserver l’identité architecturale du village.
À ce jour, nous n’avons trouvé aucune confirmation officielle de l’ouverture du complexe. Le village vendu 260 000 euros attend donc toujours sa seconde vie.
Ces lieux abandonnés qui attendent un repreneur
L’histoire de Salto de Castro rejoint celle d’autres lieux vidés de leurs habitants, comme ce village fantôme visible depuis la nationale qui intrigue les automobilistes depuis 40 ans, ou encore ces villages abandonnés à découvrir.
Certains villages, eux, ne sont pas tout à fait vides. Aux États-Unis, une femme est devenue la seule habitante de son village, dont elle est à la fois la maire, la barmaid et la bibliothécaire. À Salto de Castro, il faudra encore attendre avant que quelqu’un y rallume les lumières.