Exhibition sexuelle, faux visas, travail illégal : la Thaïlande expulse désormais les touristes « à problèmes »

Rodéos sauvages, disputes avec des chauffeurs de tuk-tuk, ébats en pleine rue… La liste des incidents impliquant des étrangers s’allonge chaque semaine dans les médias thaïlandais. Bangkok a décidé de siffler la fin de la récréation. Depuis le 28 août, de nouvelles règles permettent d’expulser purement et simplement les visiteurs jugés indésirables. Reste à savoir jusqu’où le royaume est prêt à aller pour protéger son image.
Un ras-le-bol devenu politique d’État
Le tourisme de masse a ses revers, et la Thaïlande commence visiblement à saturer. Le pays a accueilli près de 33 millions de touristes étrangers l’an dernier, un flux colossal qui s’accompagne, semaine après semaine, de son lot de débordements. Altercations filmées, comportements jugés irrespectueux envers les coutumes locales, exploitation illégale de petits commerces par des étrangers : les autorités affirment que la coupe est pleine.
Certains épisodes ont particulièrement marqué les esprits, comme ce couple surpris en plein acte sexuel qui avait écopé d’une lourde amende, ou encore cette altercation entre touristes devenue virale sur les réseaux sociaux. Ces affaires, relayées en boucle, ont fini par peser dans le débat public thaïlandais et pousser le gouvernement à agir concrètement plutôt qu’à multiplier les avertissements.
Le nouveau texte qui change tout pour les étrangers
Le ministre du Tourisme Surasak Phancharoenworakul n’a pas mâché ses mots sur les réseaux sociaux jeudi soir. « Les touristes ou travailleurs étrangers à problèmes qui enfreignent la loi doivent partir », a-t-il écrit, avant la publication officielle des nouvelles dispositions dans la Gazette royale.
Concrètement, ces règles encadrent l’expulsion des étrangers ayant déjà purgé leur peine pour des infractions précises : dépassement de visa, travail illégal, exploitation frauduleuse d’entreprises, usage de faux documents, ou tout délit passible d’au moins cinq ans de prison. Le texte est sans ambiguïté sur l’esprit de la réforme. « La Thaïlande a pour politique d’accueillir les étrangers souhaitant voyager, travailler ou faire des affaires. Il a cependant été constaté que certains étrangers n’agissent pas conformément à la loi ou aux coutumes de notre peuple », précise la Gazette royale.
Ces mesures, approuvées en juillet par le gouvernement du Premier ministre conservateur Anutin Charnvirakul, s’inscrivent dans une volonté affichée de « préserver les valeurs culturelles thaïlandaises ». Un enjeu que d’autres destinations touristiques prisées des Français ont déjà dû affronter, comme cette plage de Sardaigne qui a fini par interdire les parasols face à la sur-fréquentation.

Visas réduits, exemples marquants : la sanction déjà à l’œuvre
Cette nouvelle loi ne sort pas de nulle part. La Thaïlande avait déjà réduit de moitié la durée des séjours sans visa dès le mois de mai, faisant passer l’exemption de 60 à 30 jours pour les ressortissants de plus de 90 pays. Une décision motivée, déjà à l’époque, par la volonté de lutter contre la petite délinquance touristique et de mettre fin aux excès les plus visibles.
Certains cas ont servi d’exemple concret à cette politique de tolérance zéro. En mai, un Espagnol et une Péruvienne ont été expulsés du territoire après avoir été surpris en pleine relation sexuelle en public, un scénario qui rappelle d’autres sanctions infligées à des touristes indélicats en Europe pour des comportements jugés incompatibles avec les règles locales. Une autre affaire a également agité l’opinion publique : le gérant français d’un petit parc animalier sur l’île de Koh Samui a refusé l’entrée à des touristes israéliens, sur fond de menaces de mort et de propos antisémites, illustrant à quel point les tensions communautaires peuvent aussi s’inviter dans ces litiges.
Reste un paradoxe de taille pour Bangkok : le tourisme pèse plus de 10 % du produit intérieur brut thaïlandais. Durcir le ton sans effrayer les visiteurs respectueux des règles, c’est l’équilibre précaire que le royaume tente désormais de tenir.
La Thaïlande envoie un message limpide : venir profiter du pays, oui, mais dans le respect de ses lois et de ses habitants. Reste à voir si d’autres destinations très fréquentées suivront cet exemple pour endiguer, elles aussi, les excès du tourisme de masse.