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Dans les comptes de Sylvain, boulanger-pâtissier à Dieppe à 2 010 € nets par mois

Publié par Mathieu le 28 Sep 2026 à 19:01

Sylvain se lève à 3h30 chaque matin, six jours sur sept, pour enfourner les premières baguettes avant que Dieppe ne se réveille. À 34 ans, il tient sa propre boulangerie-pâtisserie depuis quatre ans, après avoir racheté le fonds de commerce d’un artisan qui partait à la retraite. Son salaire de gérant, une fois toutes les charges payées, tombe à 2 010 € nets par mois.

« Les gens pensent qu’un boulanger qui a son commerce roule sur l’or. La réalité, c’est que je me paie en dernier, après le loyer du local, les fournisseurs et les factures d’électricité qui ont explosé. » Une phrase qui résume assez bien la vie de beaucoup d’indépendants du secteur.

Ce que Sylvain touche vraiment chaque mois

Sylvain s’est fixé une rémunération de gérant à 2 010 € nets, un montant qu’il a calculé pour couvrir ses charges perso sans trop grever la trésorerie de la boutique. Ce chiffre n’est pas gravé dans le marbre : certains mois plus creux, il se paie un peu moins.

À côté, il perçoit environ 180 € par mois de revenus complémentaires liés à la vente de pains spéciaux lors des marchés de producteurs le samedi. Sa compagne, aide-soignante, contribue au budget du couple mais gère ses comptes séparément.

« En période de fêtes, à Noël ou à Pâques, je peux me dégager un peu plus grâce aux ventes de bûches et de chocolats. Mais je préfère lisser sur l’année plutôt que de me verser des sommes qui varient trop. » Une prudence comptable qui a du sens quand on dirige seul son affaire.

Boulanger souriant devant ses baguettes fraîches à Dieppe

Le local, le four et les charges qui ne pardonnent pas

Premier poste, et de loin le plus lourd : le crédit professionnel contracté pour racheter le fonds de commerce, remboursé à hauteur de 480 € par mois sur douze ans. Vient ensuite le loyer du local commercial, 620 € charges comprises, dans une rue commerçante du centre-ville de Dieppe.

L’électricité du four professionnel, qui tourne pratiquement en continu, lui coûte 340 € par mois en moyenne, avec des pics à plus de 450 € en hiver. « Le four, c’est mon plus gros poste après le loyer. Depuis la crise de l’énergie, je regarde ma facture avec autant d’attention que mes ventes. »

L’assurance professionnelle et la mutuelle de dirigeant lui prennent 95 € mensuels, tandis que son abonnement téléphone-internet pro et perso combiné revient à 45 €. Et ce n’est pas fini : il reste encore la matière première, celle qui fait tout tourner.

Boulanger enfournant des croissants dans un four professionnel

La farine, le beurre et les autres surprises du métier

La farine, le beurre AOP, les œufs et le chocolat représentent son plus gros poste de dépenses variables professionnelles, autour de 780 € par mois, un montant qui grimpe dès que les cours du beurre s’envolent. Sylvain a vu ce poste augmenter de près de 25% en trois ans.

Côté vie perso, ses courses alimentaires pour le couple tournent autour de 320 € mensuels, complétées par 60 € de restaurant ou sorties, essentiellement le dimanche soir, son seul jour de repos. L’essence de sa voiture personnelle, utilisée pour les livraisons de gâteaux de mariage le week-end, lui coûte 90 € par mois.

« Un mariage, ça peut rapporter 200 € de bénéfice net sur une pièce montée, mais il faut compter le temps de préparation, les essais, les allers-retours. Ce n’est jamais vraiment gratuit. » Un calcul que peu de clients imaginent en dégustant leur dessert.

Ce qu’il reste vraiment à la fin du mois

Une fois les revenus additionnés aux 2 010 € et les dépenses fixes et variables retirées, Sylvain parvient à mettre de côté entre 90 et 150 € selon les mois, versés sur un livret A qu’il alimente irrégulièrement. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est régulier.

« Je sais que je devrais épargner plus pour préparer ma retraite, mais avec le crédit du local à rembourser encore huit ans, je préfère sécuriser la boutique avant de penser à moi. » Une priorité assumée, presque logique pour un artisan qui a tout misé sur son commerce.

Il n’a pas de crédit à la consommation en cours, hormis le prêt professionnel, et compte sur la revente future de son fonds de commerce comme véritable épargne de long terme. Un projet à quinze ou vingt ans, quand il songera à passer la main à son tour.

Un salaire modeste pour beaucoup d’heures

Avec 2 010 € nets, Sylvain se situe légèrement sous le salaire médian français, estimé à environ 2 100 € nets mensuels selon l’Insee. Un chiffre qui paraît d’autant plus modeste quand on sait qu’il travaille souvent 55 heures par semaine.

« Ce n’est pas un métier qu’on choisit pour l’argent. On le fait parce qu’on aime voir les clients sourire en sortant avec leur pain sous le bras. » Une phrase toute simple, qui dit beaucoup sur ce que représente vraiment ce métier au quotidien.

Envie de comparer avec un autre indépendant du commerce de bouche ? Le budget de Corinne, gérante d’un pressing à Béziers, montre des arbitrages financiers étonnamment proches. Et pour ceux qui hésitent encore entre salariat et indépendance, le parcours de Fabrice, gardien de zoo à Doué-la-Fontaine, offre un éclairage complémentaire sur les métiers de passion à petit salaire.

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