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Dans les comptes de Christophe, pâtissier à Avignon à 1 850 € nets par mois

Publié par Mathieu le 15 Mai 2026 à 19:02

Christophe a 38 ans. Il est pâtissier salarié dans une boulangerie-pâtisserie artisanale du centre-ville d’Avignon. Chaque mois, il touche 1 850 € nets. Père d’une fille de 6 ans en garde alternée, il vit seul dans un T2. Voici comment il répartit chaque euro — et ce qui reste une fois toutes les factures payées.

Christophe pâtissier en tenue dans sa boulangerie à Avignon

Ce qui tombe sur son compte chaque mois

Le salaire de base de Christophe est de 1 740 € nets. À cela s’ajoutent les heures supplémentaires, quasi systématiques dans le métier : il en fait entre 15 et 20 par mois, ce qui lui rapporte environ 110 € nets supplémentaires. Total affiché sur sa fiche de paie : 1 850 € nets, pour un brut d’environ 2 420 €.

« Je commence à 4 h du matin, six jours sur sept. Les heures sup, c’est pas un bonus, c’est le rythme normal », résume-t-il. Pas de prime annuelle fixe, mais un treizième mois versé en décembre — soit environ 1 740 € bruts, qu’il touche en une fois. Lissé sur l’année, ça représente 145 € de plus par mois, mais Christophe refuse de le compter dans son budget courant : « Le treizième mois, c’est sacré. Il sert à Noël et aux imprévus. »

Côté aides, il perçoit 120 € d’APL pour son appartement. Il ne touche pas de pension alimentaire — les frais pour sa fille sont partagés à parts égales avec son ex-compagne, sans versement mensuel. Son revenu disponible réel chaque mois : 1 970 €.

Comparé au budget d’un boulanger, son salaire est légèrement supérieur grâce à l’ancienneté et au volume d’heures supplémentaires. Mais la marge de manœuvre reste mince.

Les postes qui tombent avant même d’avoir ouvert le frigo

Le loyer de son T2 de 42 m² en centre-ville d’Avignon s’élève à 560 € charges comprises. C’est le premier poste, et de loin. Avec l’APL déduite, il débourse réellement 440 € par mois. Pour une ville comme Avignon, le montant est dans la moyenne basse — Christophe a signé son bail il y a quatre ans, avant la hausse récente des loyers dans le Vaucluse.

Table de cuisine avec factures et calculatrice dans un appartement

Viennent ensuite les charges fixes incompressibles. L’électricité lui coûte 75 € par mois en moyenne lissée (il chauffe à l’électrique). L’assurance habitation, 22 €. Son forfait téléphone, 15 € chez un opérateur low-cost. L’abonnement internet, 25 €.

Sa mutuelle santé — obligatoire et partiellement prise en charge par l’employeur — lui revient à 38 € par mois (part salarié). L’assurance auto pour sa Clio de 2016 : 52 €. Il n’a pas de crédit voiture en cours, la Clio a été achetée d’occasion cash il y a deux ans, pour 5 800 €.

Côté abonnements, Christophe se limite à Netflix (6,99 €, formule avec pub) et Spotify (11,12 €). Pas de salle de sport : « Je fais 10 heures debout par jour, je n’ai pas besoin de payer pour transpirer. »

L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente environ 48 € par mois. Son taux de prélèvement est bas, à 2,6 %, grâce à la demi-part fiscale liée à sa fille. Sans elle, la facture fiscale serait sensiblement plus lourde.

Total des dépenses fixes : 734 €. Il reste donc 1 236 € pour tout le reste — courses, essence, sorties et sa fille.

Les semaines où il compte chaque ticket de caisse

Les courses alimentaires représentent le poste le plus variable. Christophe dépense en moyenne 280 € par mois quand il est seul, et jusqu’à 350 € les semaines où il a sa fille. Lissé sur le mois, il estime le budget nourriture à 310 €. Il fait l’essentiel chez Lidl et complète au marché des Halles le dimanche matin.

« En pâtisserie, on ramène parfois des invendus. Ça aide. Un Paris-Brest à 7 € la part, tu ne craches pas dessus. » L’avantage du métier, c’est aussi de ne jamais acheter de pain ni de viennoiseries — un poste que la plupart des Français budgètent sans y penser. Comparé à la moyenne nationale en alimentation, Christophe s’en sort plutôt bien.

L’essence pour sa Clio lui revient à 120 € par mois. Il habite à dix minutes de la boutique, mais les trajets pour déposer et récupérer sa fille chez son ex-compagne à Carpentras (25 km) alourdissent la note. Avec la hausse des taxes sur le carburant, c’est le poste qui l’inquiète le plus.

Les dépenses pour sa fille — vêtements, activités, cantine les jours d’école — lui coûtent environ 150 € par mois en moyenne. « La danse, c’est 380 € l’année. Les chaussures, elle en use une paire par trimestre. Et je ne vais pas lui dire non au McDo quand elle est avec moi. »

Les sorties personnelles sont réduites au strict minimum : un restaurant par mois avec des amis (30 €), quelques bières en terrasse (20 €). Un café en terrasse à 4 €, il y réfléchit à deux fois. Shopping pour lui : quasi inexistant, environ 25 € par mois lissés, essentiellement des chaussures de travail et un jean de temps en temps.

Les vacances, il les budgète à 60 € par mois, mis de côté pour une semaine en camping l’été avec sa fille. « L’an dernier, on est allés en Ardèche. Sept nuits en emplacement nu, 350 €. C’est notre luxe. »

Total des dépenses variables : 715 €.

Ce qui reste quand tout est payé

Faisons le calcul. Sur ses 1 970 € disponibles, Christophe dépense 734 € en fixe et 715 € en variable. Il reste 521 € en fin de mois. Sur le papier, c’est correct. Dans la réalité, c’est plus serré.

Christophe met 200 € par mois sur un Livret A (solde actuel : environ 4 800 €). Il vise les 6 000 € pour constituer un matelas de sécurité équivalent à trois mois de loyer. Il place aussi 50 € sur un LEP, dont il remplit les conditions d’éligibilité grâce à ses revenus modestes. Le taux à 5 % l’a convaincu : « C’est le seul truc où j’ai l’impression que l’État me fait un cadeau. »

Les 271 € restants ? Ils servent de variable d’ajustement. Un pneu crevé, une facture dentaire non remboursée, un cadeau d’anniversaire pour sa fille — ces imprévus grignotent la marge chaque mois. Certains mois, il ne reste rien. D’autres, il réussit à ajouter 100 € supplémentaires sur le Livret A.

Il n’a aucun crédit à la consommation en cours. « J’ai fait un crédit pour une machine à laver il y a trois ans. Plus jamais. Les intérêts, c’est de l’argent jeté. » Pas de projet immobilier non plus — avec 1 850 € nets et un statut de salarié en CDI, les banques lui accordent une capacité d’emprunt théorique d’environ 65 000 €. « À Avignon, pour 65 000 €, tu achètes un garage. Pas un appartement. »

Son vrai projet : passer le CAP chocolatier pour évoluer vers un poste mieux rémunéré. La formation coûte 2 500 €, finançable par le CPF. « Si je décroche le diplôme, je peux viser 2 200 € nets dans une maison plus haut de gamme. Ça changerait tout. »

« Je ne me plains pas. Je fais un métier que j’aime, ma fille ne manque de rien. Mais quand je vois que le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets, je sais que je suis en dessous. Et pourtant, je bosse 50 heures par semaine. » Pour un artisan qui démarre à 4 h du matin et fait vivre le centre-ville d’Avignon, la question du juste prix du travail reste entière.

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