Dans les comptes de Christophe, pâtissier à Avignon à 1 850 € nets par mois
Christophe a 38 ans. Il est pâtissier salarié dans une boulangerie-pâtisserie artisanale du centre-ville d’Avignon. Chaque mois, il touche 1 850 € nets. Père d’une fille de 6 ans en garde alternée, il vit seul dans un T2. Voici comment il répartit chaque euro — et ce qui reste une fois toutes les factures payées.

Ce qui tombe sur son compte chaque mois
Le salaire de base de Christophe est de 1 740 € nets. À cela s’ajoutent les heures supplémentaires, quasi systématiques dans le métier : il en fait entre 15 et 20 par mois, ce qui lui rapporte environ 110 € nets supplémentaires. Total affiché sur sa fiche de paie : 1 850 € nets, pour un brut d’environ 2 420 €.
« Je commence à 4 h du matin, six jours sur sept. Les heures sup, c’est pas un bonus, c’est le rythme normal », résume-t-il. Pas de prime annuelle fixe, mais un treizième mois versé en décembre — soit environ 1 740 € bruts, qu’il touche en une fois. Lissé sur l’année, ça représente 145 € de plus par mois, mais Christophe refuse de le compter dans son budget courant : « Le treizième mois, c’est sacré. Il sert à Noël et aux imprévus. »
Côté aides, il perçoit 120 € d’APL pour son appartement. Il ne touche pas de pension alimentaire — les frais pour sa fille sont partagés à parts égales avec son ex-compagne, sans versement mensuel. Son revenu disponible réel chaque mois : 1 970 €.
Comparé au budget d’un boulanger, son salaire est légèrement supérieur grâce à l’ancienneté et au volume d’heures supplémentaires. Mais la marge de manœuvre reste mince.
Les postes qui tombent avant même d’avoir ouvert le frigo
Le loyer de son T2 de 42 m² en centre-ville d’Avignon s’élève à 560 € charges comprises. C’est le premier poste, et de loin. Avec l’APL déduite, il débourse réellement 440 € par mois. Pour une ville comme Avignon, le montant est dans la moyenne basse — Christophe a signé son bail il y a quatre ans, avant la hausse récente des loyers dans le Vaucluse.

Viennent ensuite les charges fixes incompressibles. L’électricité lui coûte 75 € par mois en moyenne lissée (il chauffe à l’électrique). L’assurance habitation, 22 €. Son forfait téléphone, 15 € chez un opérateur low-cost. L’abonnement internet, 25 €.
Sa mutuelle santé — obligatoire et partiellement prise en charge par l’employeur — lui revient à 38 € par mois (part salarié). L’assurance auto pour sa Clio de 2016 : 52 €. Il n’a pas de crédit voiture en cours, la Clio a été achetée d’occasion cash il y a deux ans, pour 5 800 €.
Côté abonnements, Christophe se limite à Netflix (6,99 €, formule avec pub) et Spotify (11,12 €). Pas de salle de sport : « Je fais 10 heures debout par jour, je n’ai pas besoin de payer pour transpirer. »
L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente environ 48 € par mois. Son taux de prélèvement est bas, à 2,6 %, grâce à la demi-part fiscale liée à sa fille. Sans elle, la facture fiscale serait sensiblement plus lourde.
Total des dépenses fixes : 734 €. Il reste donc 1 236 € pour tout le reste — courses, essence, sorties et sa fille.
Les semaines où il compte chaque ticket de caisse
Les courses alimentaires représentent le poste le plus variable. Christophe dépense en moyenne 280 € par mois quand il est seul, et jusqu’à 350 € les semaines où il a sa fille. Lissé sur le mois, il estime le budget nourriture à 310 €. Il fait l’essentiel chez Lidl et complète au marché des Halles le dimanche matin.
« En pâtisserie, on ramène parfois des invendus. Ça aide. Un Paris-Brest à 7 € la part, tu ne craches pas dessus. » L’avantage du métier, c’est aussi de ne jamais acheter de pain ni de viennoiseries — un poste que la plupart des Français budgètent sans y penser. Comparé à la moyenne nationale en alimentation, Christophe s’en sort plutôt bien.
L’essence pour sa Clio lui revient à 120 € par mois. Il habite à dix minutes de la boutique, mais les trajets pour déposer et récupérer sa fille chez son ex-compagne à Carpentras (25 km) alourdissent la note. Avec la hausse des taxes sur le carburant, c’est le poste qui l’inquiète le plus.
Les dépenses pour sa fille — vêtements, activités, cantine les jours d’école — lui coûtent environ 150 € par mois en moyenne. « La danse, c’est 380 € l’année. Les chaussures, elle en use une paire par trimestre. Et je ne vais pas lui dire non au McDo quand elle est avec moi. »
Les sorties personnelles sont réduites au strict minimum : un restaurant par mois avec des amis (30 €), quelques bières en terrasse (20 €). Un café en terrasse à 4 €, il y réfléchit à deux fois. Shopping pour lui : quasi inexistant, environ 25 € par mois lissés, essentiellement des chaussures de travail et un jean de temps en temps.
Les vacances, il les budgète à 60 € par mois, mis de côté pour une semaine en camping l’été avec sa fille. « L’an dernier, on est allés en Ardèche. Sept nuits en emplacement nu, 350 €. C’est notre luxe. »
Total des dépenses variables : 715 €.
Ce qui reste quand tout est payé
Faisons le calcul. Sur ses 1 970 € disponibles, Christophe dépense 734 € en fixe et 715 € en variable. Il reste 521 € en fin de mois. Sur le papier, c’est correct. Dans la réalité, c’est plus serré.
Christophe met 200 € par mois sur un Livret A (solde actuel : environ 4 800 €). Il vise les 6 000 € pour constituer un matelas de sécurité équivalent à trois mois de loyer. Il place aussi 50 € sur un LEP, dont il remplit les conditions d’éligibilité grâce à ses revenus modestes. Le taux à 5 % l’a convaincu : « C’est le seul truc où j’ai l’impression que l’État me fait un cadeau. »
Les 271 € restants ? Ils servent de variable d’ajustement. Un pneu crevé, une facture dentaire non remboursée, un cadeau d’anniversaire pour sa fille — ces imprévus grignotent la marge chaque mois. Certains mois, il ne reste rien. D’autres, il réussit à ajouter 100 € supplémentaires sur le Livret A.
Il n’a aucun crédit à la consommation en cours. « J’ai fait un crédit pour une machine à laver il y a trois ans. Plus jamais. Les intérêts, c’est de l’argent jeté. » Pas de projet immobilier non plus — avec 1 850 € nets et un statut de salarié en CDI, les banques lui accordent une capacité d’emprunt théorique d’environ 65 000 €. « À Avignon, pour 65 000 €, tu achètes un garage. Pas un appartement. »
Son vrai projet : passer le CAP chocolatier pour évoluer vers un poste mieux rémunéré. La formation coûte 2 500 €, finançable par le CPF. « Si je décroche le diplôme, je peux viser 2 200 € nets dans une maison plus haut de gamme. Ça changerait tout. »
« Je ne me plains pas. Je fais un métier que j’aime, ma fille ne manque de rien. Mais quand je vois que le salaire médian en France tourne autour de 2 100 € nets, je sais que je suis en dessous. Et pourtant, je bosse 50 heures par semaine. » Pour un artisan qui démarre à 4 h du matin et fait vivre le centre-ville d’Avignon, la question du juste prix du travail reste entière.