Collision en Espagne : 68 morts, un signal d’arrêt resté actif et la France sans nouvelles de plusieurs Français

Un train lancé à pleine vitesse, un autre immobile devant lui sur la même voie. Mercredi 28 octobre, près d’Urda, au sud de Madrid, cette collision a fait au moins 68 morts. Ce jeudi, la France reconnaît ne pas avoir de nouvelles de plusieurs de ses ressortissants. Et une question domine : comment un signal d’arrêt a-t-il pu être ignoré ?
À 8h54 près d’Urda, deux trains, 544 passagers et un bilan qui s’alourdit
Tout se joue sur la ligne à grande vitesse Madrid-Séville, dans la province de Tolède. Selon les premiers éléments, un train AVE de la compagnie nationale Renfe aurait percuté par l’arrière un convoi de l’opérateur privé Iryo, immobilisé sur les voies.
À bord des deux trains, 544 passagers : 397 dans l’AVE, 147 dans l’Iryo. Le choc a été d’une violence extrême. Plusieurs voitures ont déraillé et certaines ont basculé dans un talus.
Le dernier bilan disponible à 6h, cité par Reuters, faisait état d’au moins 68 morts, dont 44 voyageaient dans l’Iryo et 24 dans le train de la Renfe. On compte 80 blessés, dont 15 très grièvement. Ce jeudi, les autorités parlent de plus d’une centaine de blessés.
Sur place, la mobilisation a été massive : dizaines d’ambulances, hélicoptères, pompiers et militaires. Les secours ont dû extraire des passagers prisonniers des carcasses métalliques. Dans les hôpitaux de Tolède et des environs, les équipes médicales ont pris en charge de nombreux blessés graves.
« Aujourd’hui, toute l’Espagne est en deuil », a déclaré le Premier ministre Pedro Sánchez, venu sur les lieux. Trois jours de deuil national ont été décrétés dès ce jeudi. Il s’agit de la catastrophe la plus meurtrière du pays depuis 2013, et ce n’est pas la première tragédie ferroviaire à frapper l’Espagne : un autre drame sur les rails espagnols avait déjà laissé des familles brisées.
Mais le plus troublant n’est pas le bilan. C’est ce qui se serait passé dans les minutes précédentes.
Une panne informatique, un centre de contrôle et une décision « inexplicable »
Les enquêteurs s’intéressent d’abord à une défaillance du système informatique de sécurité LZB. Cette panne aurait entraîné l’arrêt de plusieurs trains sur une portion de la ligne. Jusque-là, rien d’anormal : c’est le principe même d’un dispositif de sécurité.
La suite est plus inquiétante. Les trains immobilisés représentent un danger dès qu’un convoi arrive derrière eux, et c’est précisément pour cela que la signalisation existe. Le moindre doute sur une voie occupée devrait suffire à bloquer la circulation, comme dans ces situations où un train percute ce qui se trouve sur sa route sans pouvoir freiner à temps.
Ici, une chaîne de décisions est désormais examinée. Une enquête judiciaire et technique a été ouverte pour reconstituer l’enchaînement exact des événements. Les enquêteurs doivent déterminer les responsabilités des agents du centre de contrôle et le fonctionnement des dispositifs de sécurité.
Selon les informations disponibles, ces dispositifs n’ont pas empêché la collision. Les investigations restent à leurs débuts et aucune conclusion définitive n’a été rendue publique.
Reste l’élément central. Le centre de contrôle aurait autorisé la reprise de la circulation de l’AVE alors qu’un autre train se trouvait toujours immobilisé devant lui. Et cette autorisation serait intervenue alors qu’un signal d’arrêt demeurait actif. Le ministre des Transports, Óscar Puente, a qualifié cette décision d’« inexplicable ».
Le Quai d’Orsay, BFMTV et ces Français dont personne n’a de nouvelles
Pendant que l’enquête avance, d’autres drames se jouent en coulisses. Les Français voyageant en Espagne sont directement concernés, et c’est un pays où les voyageurs français sont nombreux chaque année.
À 10h16, BFMTV a révélé que les autorités françaises étaient sans nouvelles de deux ressortissants après la catastrophe. L’information a rapidement évolué.
À 11h32, le Quai d’Orsay a élargi le constat : « Nous cherchons encore à établir le contact avec plusieurs de nos ressortissants et sommes en lien avec leurs familles », a précisé le ministère des Affaires étrangères. Le chiffre de deux a donc été dépassé, sans qu’aucun nouveau nombre précis ne soit communiqué.
Les autorités françaises ajoutent que les équipes du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’ambassade en Espagne sont « pleinement mobilisées ». Aucune précision n’a été donnée sur l’identité des personnes recherchées.
L’attente est d’autant plus lourde que les recherches se poursuivent dans les décombres. Esther Padilla, porte-parole du gouvernement régional de Castille-La Manche, l’a reconnu : on ne peut toujours pas affirmer qu’il ne reste pas d’autres victimes coincées dans les débris. À l’Institut médico-légal de Tolède, des proches fournissent des échantillons ADN pour identifier les corps.
Autrement dit, plusieurs familles françaises sont suspendues à une réponse. Et ce n’est qu’un volet d’une affaire qui dépasse déjà l’accident lui-même.

Neuf mois après Adamuz, la sécurité du rail espagnol sous le feu des questions
Cette catastrophe survient neuf mois seulement après l’accident d’Adamuz, en Andalousie, qui avait coûté la vie à 46 personnes le 18 janvier dernier. La répétition relance une vive polémique sur la sécurité du réseau et sur les moyens consacrés à sa maintenance.
Pedro Sánchez ne cache pas sa colère. « Il est inacceptable pour un pays comme l’Espagne de subir deux accidents ferroviaires à grande vitesse la même année », a-t-il dénoncé. Il promet de faire toute la lumière sur les responsabilités.
Le chef du gouvernement assure que d’éventuelles négligences ou défaillances des systèmes de sécurité entraîneraient une réponse « avec la plus grande fermeté ». Reste à savoir où elle s’arrêtera.
Sur le terrain social, le syndicat de conducteurs Semaf a décidé de maintenir une grève de vingt-quatre heures prévue ce jeudi. Ses revendications portent sur la sécurité ferroviaire, un sujet devenu brûlant en quelques heures.
Le contraste est frappant : avec près de 4 000 kilomètres de lignes à grande vitesse, l’Espagne possède l’un des réseaux les plus développés au monde. C’est justement cette fiabilité qui se retrouve aujourd’hui au cœur des interrogations.
Ce qui va se jouer dans les prochains jours
Avec au moins 68 morts, il s’agit de l’accident ferroviaire le plus meurtrier en Europe depuis le déraillement de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui avait fait 80 victimes en 2013. Et le bilan reste provisoire : l’état de certains blessés et la poursuite des recherches pourraient l’alourdir.
Premier enjeu : l’identification des corps et des disparus, y compris côté français. Les familles attendent des réponses concrètes, pas seulement des communiqués. Pour les voyageurs, la confiance dans le rail est un autre sujet, au moment où certains misent sur de nouvelles offres, comme ce projet de train de nuit en cabine privative.
Deuxième enjeu : les conclusions techniques. Faut-il y voir une erreur humaine, une faille logicielle ou les deux ? Les enquêteurs devront aussi expliquer pourquoi la collision n’a pas été évitée par les protections censées l’empêcher.
Dans les récits de catastrophes, la parole des rescapés pèse toujours, comme dans le témoignage d’une survivante du pire accident d’avion. Ici, ils diront comment ces secondes ont été vécues à bord.
Ce jeudi, l’Espagne pleure, le pays enquête, et plusieurs familles françaises attendent un signe. Le bilan, les responsabilités et le sort des Français recherchés restent à établir.
Un signal d’arrêt, une autorisation de repartir : tout tient à une décision que le ministre lui-même juge inexplicable. Et si vous aimez les histoires où le quotidien cache une raison étonnante, découvrez pourquoi les fauteuils de cinéma grincent tous en se relevant. Et saviez-vous que le Club Med a été inventé par un champion de water-polo belge fauché à Alicante ?