Couvre-feu pour les mineurs à Marseille de 22h à 5h : 600 commerces vandalisés et un maire qui pose ses conditions

Des dizaines de personnes dans l’Hôtel de Ville, un buste de Marianne renversé, au moins 600 commerces vandalisés : Marseille sort d’un week-end sous haute tension. Ce mardi, la ville bascule dans une mesure forte qui vise une catégorie précise d’habitants. Qui est concerné, dans quels quartiers, jusqu’à quand ? Les détails arrivent, avec ce que le maire en pense vraiment.
17 octobre à Marseille : l’Hôtel de Ville envahi, 600 commerces dans la tourmente
Tout est parti de la manifestation contre la vie chère du samedi 17 octobre. En marge du cortège, des violences et des dégradations ont éclaté. À Marseille, des dizaines de personnes se sont introduites dans l’Hôtel de Ville et ont fait tomber le buste de Marianne.
Le bilan est lourd pour les commerçants. Selon le maire, Benoît Payan, au moins 600 commerces ont été vandalisés. Les pillages ont touché en particulier les zones commerciales de la ville, et c’est précisément là que tout va se jouer.
Lundi, sur France Inter, l’élu a jugé la « doctrine » de maintien de l’ordre du gouvernement « inefficace » le 17 octobre. Il demandait que le ministre de l’Intérieur vienne « dans les heures qui viennent ». Laurent Nuñez avait annoncé sa venue lundi après-midi, avant de renoncer, retenu par une réunion de travail.
Le ministre a finalement fait le déplacement lundi soir, selon ICI Provence, pour s’entretenir avec le maire. Quelques heures plus tard, une annonce tombait.
Restreindre les sorties des plus jeunes n’est pas une idée neuve dans le débat politique, comme le montrent les mesures de Gabriel Attal sur les écrans des mineurs. Mais à Marseille, il s’agit d’un couvre-feu bien réel, dans la rue. Et ce n’est ni le maire ni le ministre qui l’a signé.
Une carte, des horaires, un public précis : ce que prévoit vraiment le couvre-feu
La question du calme était devenue nationale dès lundi soir. Dans un message posté sur X mardi matin, le Premier ministre a affirmé que « les couvre-feux ciblés ont contribué au calme de cette nuit ». Il a ajouté que de nouveaux couvre-feux seraient décidés « là où la situation le nécessite ».
Le principe est clair : ces décisions seront prises sur le terrain, par les préfets, en lien avec les maires. Le chef du gouvernement a remercié les policiers et les gendarmes qui ont veillé à leur application. Pas de mesure uniforme pour tout le pays, donc, mais du cas par cas, ville par ville.
La question des soirées des plus jeunes occupe d’ailleurs le gouvernement sur un autre front, avec ce couvre-feu numérique annoncé pour les mineurs dès 22h. À Marseille, pourtant, il n’est question ni de WiFi ni d’écrans.
À 11h10 mardi, Le Figaro a donné l’information. Selon le quotidien, un couvre-feu est instauré pour les mineurs dans une partie de Marseille, à partir de ce soir. Le journal précise que « toute la ville de Marseille ne sera pas concernée, mais plutôt certaines zones comme autour de centres commerciaux ».
Voici donc le dispositif : de 22h à 5h, jusqu’à vendredi. Il ne vise que les mineurs. Benoît Payan l’a confirmé sur X : « uniquement les mineurs, et exclusivement les zones commerciales de notre ville ».
Mais le maire n’a pas simplement applaudi. Sa réaction, qui tient en quelques lignes, contient une condition que le gouvernement va devoir regarder en face.

« J’ai pris acte » : la condition que Benoît Payan pose à l’État
Les mots qui claquent, la classe politique connaît : il y a peu, une phrase de Gérald Darmanin avait enflammé les débats. Ici, le ton du maire de Marseille est plus mesuré, mais pas moins politique.
Il écrit d’abord : « J’ai pris acte de la décision du Préfet d’instaurer à Marseille un couvre-feu, dès ce soir et pour les jours qui viennent. » La formule est précise : la décision est celle du préfet, pas la sienne. Le maire constate, il ne signe pas.
Puis vient le cœur du message. Selon lui, cette décision « si elle peut soulager les commerces et faciliter le travail des forces de l’ordre, doit être accompagnée d’un déploiement suffisant de forces de police sur l’ensemble de la ville ». C’est la condition annoncée dans le titre.
L’objectif affiché : que Marseille « ne subisse plus les actes de violence, de casse et de vandalisme que l’on a connus ». Autrement dit, le couvre-feu ne saurait suffire seul.
Le maire insiste aussi sur la nature de la mesure : elle concerne les zones « particulièrement touchées par les pillages » et « menacées si nous devions vivre de nouveaux épisodes de violences ». Le couvre-feu est donc présenté comme préventif, limité dans l’espace, dans les âges et dans le temps. Reste à savoir ce que le gouvernement répondra sur le déploiement des policiers.
Justice ferme, commission d’enquête, colère sociale : ce qui se joue après la nuit
Le dossier ne s’arrête pas à Marseille. En déplacement à Lille, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a promis une « justice extrêmement ferme ». Il a aussi appelé les commerçants à ne pas « se faire justice soi-même » : « Ceux qui ont pillé doivent réparer leur pillage. »
Le garde des Sceaux est coutumier des annonces marquantes, comme sa prison de haute sécurité en pleine jungle guyanaise, ou sa stupeur devant l’ordinateur de Salah Abdeslam. Cette fois, il demande que les commerçants soient prioritaires dans l’accompagnement, car ils sont « les premières victimes ».
À l’Assemblée nationale, les groupes se sont accordés pour lancer une commission d’enquête sur les violences du 17 octobre. Sur France Inter, la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a estimé que l’exécutif « paie cash dix ans de verticalité ». Elle évoque une colère, une envie d’être écouté, et réclame de « vraies réponses sociales » sur le pouvoir d’achat, les salaires et les services publics.
Autre front : à Limoges, un homme a été interpellé en Haute-Vienne, trois jours après l’incendie de l’hôtel de ville. Il a été arrêté avec l’aide de l’antenne du Raid de Bordeaux et placé en garde à vue. Selon une source citée par le direct, il serait un activiste d’ultragauche déjà fiché S. Il reste présumé innocent, et l’enquête devra établir les faits.
Quant à la suite des couvre-feux, elle dépend de l’évolution du terrain : le Premier ministre a prévenu que d’autres pourraient être décidés dès ce soir.
Un couvre-feu de quelques nuits ne règle rien sur le fond, mais il dit beaucoup de l’état de tension du pays. Et si les nuits restent calmes, la vraie question deviendra celle des réponses sociales, évoquée par la CFDT.
Un autre dossier de rentrée agite d’ailleurs les coulisses : ce que personne n’a jamais dit sur les échecs de Cyril Hanouna pourrait bien rebattre les cartes. Et pour changer d’air, l’histoire de ce petit rivet de votre jean, supprimé il y a longtemps vaut le détour.