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Elle dépasse la tour Eiffel de 35 mètres : cette éolienne produit deux fois plus d’électricité

Publié par Elsa Fanjul le 29 Sep 2026 à 13:19
Éolienne géante en construction dépassant l'horizon au crépuscule

À Schipkau, en Allemagne, une tour de métal vient de dépasser un monument que tout le monde connaît. Pas n’importe lequel : la tour Eiffel elle-même, battue de 35 mètres. Mais cette prouesse architecturale n’est pas qu’une question de records et d’ego industriel. Car cette hauteur folle cacherait un secret physique capable de doubler la production d’électricité, et ça, personne ne s’y attendait vraiment.

Une tour qui écrase littéralement la capitale française

Poser les chiffres à plat, ça calme. La nouvelle éolienne construite par l’entreprise allemande Gicon culmine à 365 mètres jusqu’au bout de ses pales. La tour Eiffel, avec ses 330 mètres, se retrouve reléguée loin derrière.

Son moyeu, à lui seul, atteint 300 mètres d’altitude, un record mondial homologué par la Fédération allemande de l’énergie éolienne. Résultat : l’installation devient le deuxième édifice le plus haut de tout le pays, à trois petits mètres de la tour de télévision de Berlin.

Sa mise en service est programmée pour novembre. D’ici là, une question reste en suspens dans le champ de Schipkau : pourquoi construire un mastodonte pareil, alors que ses voisines, bien plus modestes, tournent très bien à 200 ou 250 mètres ? La réponse tient en un mot : l’altitude change tout, y compris la manière dont on pense l’avenir énergétique du continent.

Ce qui se passe vraiment à 300 mètres du sol

Loin du sol, le vent change de comportement. Des mesures réalisées sur un mât témoin installé à proximité du chantier ont révélé un phénomène que peu de gens soupçonnent : l’énergie disponible dans le vent augmenterait d’environ 40 % à cette hauteur, selon les données publiées par Gicon.

Mais l’effet sur la production électrique serait encore plus spectaculaire. Le vent, débarrassé des frottements du sol, des bâtiments et du relief, devient non seulement plus puissant, mais aussi beaucoup plus régulier. Une éolienne perchée si haut peut donc tourner à pleine puissance bien plus longtemps qu’une installation classique.

L’entreprise a fait ses calculs, et le résultat surprend même les initiés : selon Gicon, une éolienne installée à 300 mètres pourrait produire environ deux fois plus d’électricité qu’une machine comparable, dotée du même diamètre de rotor, mais plantée à hauteur conventionnelle. De quoi transformer des territoires jugés trop peu ventés jusqu’ici, une piste que d’autres acteurs de l’énergie observent déjà de près.

Assemblage des pales et du moyeu sur pylône télescopique

Le vrai chiffre qui change la donne économique

Voici l’enjeu que Gicon cherche vraiment à démontrer avec ce chantier hors norme : produire beaucoup plus d’électricité sans agrandir le rotor pourrait faire chuter le coût de chaque kilowattheure. L’entreprise avance un objectif ambitieux, moins de 5 centimes d’euro par kWh.

C’est encore plus cher que la moyenne mondiale des nouveaux projets terrestres, estimée à 3,4 centimes de dollar par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables. Mais le vrai pari se joue ailleurs : se rapprocher des rendements de l’éolien en mer, tout en évitant ses surcoûts. Pas de fondations offshore, pas de câbles sous-marins, pas de maintenance en pleine tempête.

Ses futures turbines de grande hauteur, équipées de rotors d’au moins 8 MW, pourraient produire entre 30 et 33 GWh par an, soit théoriquement la consommation d’environ 7 500 foyers de quatre personnes. Reste que ces 5 centimes annoncés ne sont pour l’instant qu’un objectif : c’est précisément le rôle du démonstrateur de Schipkau que de vérifier si ces gains compensent le coût faramineux d’une tour aussi vertigineuse.

Le chantier qui a tenu tête au vent

Construire un géant pareil n’a rien d’une formalité. Même les grues les plus puissantes du marché ne peuvent pas hisser directement une nacelle à 300 mètres de haut. Les ingénieurs ont donc imaginé une astuce digne d’un jeu de construction : un pylône intérieur en treillis métallique, monté à l’intérieur d’une structure extérieure télescopique.

La turbine, le moyeu et les pales géantes sont assemblés bien plus bas, vers 160 mètres, une hauteur encore accessible aux grues classiques. Ensuite, tout l’ensemble est soulevé grâce à un système hydraulique qui avance à environ neuf mètres par heure. Le levage complet prend près de 24 heures, pour déplacer une masse mobile d’environ 750 tonnes.

Le chantier avait déjà pris plusieurs mois de retard après la découverte de défauts sur des pièces métalliques fournies par un sous-traitant, obligeant Gicon à interrompre les travaux. Puis le vent, l’adversaire logique d’une éolienne, a contraint les équipes à repousser plusieurs fois le levage final.

L’éolienne a finalement atteint ses 365 mètres le lundi 28 septembre. Une fois le record confirmé, Gicon veut voir beaucoup plus grand : l’entreprise évoque la possibilité de construire jusqu’à 1 000 installations de ce type rien qu’en Allemagne, et d’autres secteurs technologiques observent ce genre de rupture avec attention.

Deux fois plus d’électricité, la même emprise au sol, et un pari qui pourrait redessiner la carte des zones ventables en Europe : voilà ce que cache vraiment cette tour de métal plantée dans le Brandebourg.

Si vous pensiez que l’énergie verte se jouait uniquement dans les airs, cette ville entière alimentée par le soleil du désert marocain pourrait bien vous faire changer d’avis.

Et si le vent ne vous suffit pas, ce trésor englouti que l’Europe extrait chaque année par dizaines de milliers de tonnes vaut aussi le détour.

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