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« Ils n’allaient ni à l’école ni au parc » : ce que la procureure a révélé sur les 21 enfants du manoir d’Arcadia

Publié par Cassandre Jolivet le 18 Oct 2026 à 5:20
Femme au visage grave devant un palais de justice

Un manoir à 4 millions de dollars, dans une banlieue chic de Los Angeles. Derrière les murs, 21 enfants que personne ne voyait. Vendredi, l’accusation a décrit devant un juge le quotidien de ces enfants, et le tableau est glaçant. Un détail, mentionné presque en passant, a même poussé la justice à fixer une caution de 20 millions de dollars.

Un manoir à 4 millions de dollars et 21 enfants invisibles

Tout commence à Arcadia, en Californie du Sud. Guojun Xuan, 66 ans, et Silvia Zhang, 39 ans, un couple sino-américain, sont accusés d’avoir transformé leur propriété en « maison des horreurs », selon les procureurs.

Au cœur du dossier : une vaste opération de gestation pour autrui. Les 21 enfants, nés de mères porteuses, auraient vécu cachés du monde dans la demeure familiale.

Vendredi, lors d’une audience sur la remise en liberté sous caution, la procureure adjointe MacKenzie Teymouri a pris la parole. Selon le Los Angeles Times, elle a dépeint des enfants privés de toute vie extérieure.

« Ils n’allaient pas à l’école en dehors de la maison. Ils n’allaient pas dans les parcs de jeux. Ils n’allaient pas au restaurant », a-t-elle énuméré. Selon elle, ils n’auraient jamais vu la lumière du soleil.

Cette affaire rappelle d’autres dossiers où des enfants ont été retrouvés confinés sans avoir vu le soleil depuis des années. Mais ici, l’échelle donne le vertige.

Que se passait-il, concrètement, entre ces murs ? La suite de l’audience est plus dure encore.

Des salles de classe de fortune, du lever au coucher du soleil

D’après l’accusation, les enfants passaient leurs journées dans des « salles de classe improvisées ». Du lever au coucher du soleil, qu’ils soient encore dans une chaise haute ou assez grands pour un bureau.

Au programme, selon les procureurs : mathématiques, mandarin et anglais, quasiment sans relâche. Ceux qui ne se tenaient pas droits ou n’écoutaient pas auraient été battus.

Autre élément glaçant : les enfants auraient été témoins de violences « dans la cuisine, dans les salles de bains, dans les chambres, dans l’entrée », a affirmé la procureure.

Quand les services de protection de l’enfance les ont pris en charge l’an dernier, ils avaient peur d’aller au parc, faute d’être jamais sortis. Un détail qui en dit long sur leur isolement.

Les enquêteurs disposeraient aussi de vidéos. Sur l’une d’elles, la « maison de l’horreur » d’Arcadia se montre sous un jour terrifiant : Guojun Xuan y passerait une lampe torche sur les lits d’enfants endormis, et frapperait ceux qui sont réveillés.

La procureure a dit avoir dû couper le son de certaines images, tant les cris des enfants étaient constants. Mais un autre élément, plus froid encore, est venu glacer la salle.

Les enquêteurs ont retrouvé dans la maison les cendres d’un enfant né d’une mère porteuse, mort en Floride puis envoyé à Arcadia. Selon Teymouri, le couple n’aurait jamais ouvert la boîte, et semblait « indifférent » au sort de ses enfants.

Une caution de 20 millions de dollars et une nounou en fuite

Voilà ce qui a pesé dans la décision de la juge Caroline Lugo. Elle a maintenu le couple en détention faute du versement d’une caution de 20 millions de dollars, suivant l’accusation qui y voit un risque de fuite.

Et ce risque n’a rien de théorique. Selon la procureure, la nounou du couple, Chunmei Li, s’est enfuie en Chine avec l’aide des deux accusés.

Elle était poursuivie pour maltraitance : elle aurait frappé un enfant si violemment qu’il a dû être hospitalisé pour une hémorragie cérébrale.

Xuan est poursuivi pour association de malfaiteurs, maltraitance d’enfant et complicité après les faits, ainsi que cinq chefs d’entrave à un témoin. Zhang répond d’association de malfaiteurs, de complicité après les faits et de quatre chefs d’entrave à un témoin.

Ces dossiers rappellent d’autres affaires américaines, comme celle de 16 enfants enfermés pendant 4 ans dans 12 m² en Ohio. Chaque fois, c’est la même question : comment personne n’a rien vu ?

Reste à savoir ce que répondent les deux accusés. Leurs avocats ont une tout autre version.

Salle de classe improvisée vide dans une grande demeure

La défense dénonce un procès biaisé et vante le « luxe » des enfants

Du côté de la défense, le récit est radicalement différent. Mitchell Krems, avocat de Guojun Xuan, affirme que son client n’a jamais été condamné.

Il rejette la faute sur les nounous et estime que le couple est victime d’un sentiment anti-chinois aux États-Unis.

Il a aussi plaidé la santé de son client : atteint d’une leucémie, Xuan serait désormais cloué en permanence dans un fauteuil roulant, dans un état qui se dégraderait en détention, a-t-il fait valoir pour réclamer sa libération.

L’avocat de Silvia Zhang a, lui, jugé la caution inutilement élevée. Il a invoqué le confort des enfants : « Il n’y avait pas de brûlures de cigarette. Pas de cages. Pas de colliers de chien. Pas de coups de ceinture. Ces enfants étaient bien nourris, ils recevaient une éducation chaque jour. »

Deux visions, donc, d’une même maison : un lieu de maltraitance pour l’accusation, un foyer luxueux et studieux pour la défense. Les deux accusés bénéficient de la présomption d’innocence.

C’est la juge qui a tranché, pour l’instant, en maintenant la détention. Mais la bataille judiciaire ne fait que commencer.

Ce que cette audience laisse en suspens

Cette audience n’est qu’une étape. Aucun procès n’a encore eu lieu, et les faits décrits restent des allégations de l’accusation, que la défense conteste.

Les chefs d’accusation visent notamment l’entrave à des témoins, un point sensible : il laisse penser que le parquet craint des pressions sur les personnes susceptibles de parler.

Reste aussi la question du lien entre cette opération de gestation pour autrui et les conditions de vie des enfants. Le sujet avait déjà fait réagir, comme dans le récit des 32 caméras et des 21 enfants nés de mères porteuses.

Les enfants, eux, sont pris en charge par les services de protection de l’enfance depuis l’an dernier. L’enjeu, désormais, est de savoir comment la justice établira ce qui s’est réellement passé derrière les murs du manoir.

D’autres affaires du même genre ont révélé des détails que les voisins n’avaient jamais soupçonnés, comme cette maison de l’horreur où une fillette a été retrouvée en plein accouchement. Les prochaines audiences diront si le dossier d’Arcadia réserve encore des surprises.

Une chose est sûre : derrière la façade d’un manoir à 4 millions de dollars, la justice californienne cherche encore à démêler le vrai du faux.

Et si vous pensiez que ce genre d’histoire ne pouvait arriver qu’ailleurs, ce que des parents américains risquent après la mort de leur fils de 7 ans vous fera peut-être changer d’avis.

Et pour comprendre comment une maison peut cacher l’indicible, ce qu’un homme avait aménagé chez lui pour attirer les enfants du voisinage pose une tout autre question.

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