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Affaire de Lucenay : il avait transformé sa maison en parc d’attractions pour attirer les enfants de ses voisins

Publié par Cassandre le 01 Mai 2026 à 12:32

Un toboggan, une piscine, une cabane dans le jardin, des jeux vidéo à volonté et des films projetés dans le salon. Sur le papier, la maison de Romain G., à Lucenay dans le Rhône, ressemblait à un petit paradis pour enfants. En réalité, elle servait de piège. Ce père de famille de 40 ans est mis en examen pour viols et agressions sexuelles sur 34 petits garçons âgés de 3 à 9 ans, commis entre 2020 et 2024. Et tout tournait autour de ces fameuses soirées pyjama qu’il organisait chez lui, avec les camarades de classe de ses propres fils.

Un mode opératoire rodé derrière une façade de père modèle

L’affaire avait d’abord éclaté en janvier 2025, avec trois premières victimes identifiées. Mais le 10 avril 2026, l’horreur a pris une tout autre dimension : 31 nouvelles victimes ont été reconnues par les enquêteurs, portant le total à 34 enfants. Romain G., également régisseur sur le tournage de Kaamelott, a été mis en examen « supplétivement » pour l’ensemble de ces faits.

Maison de Lucenay avec toboggan et piscine dans le jardin

Tous les garçons victimes avaient un point commun : ils étaient amis avec les enfants du suspect. L’homme ne cherchait pas ses proies au hasard. Il les trouvait dans les cours d’école de ses fils, lors des sorties scolaires, dans les groupes de parents d’élèves. Chaque invitation était soigneusement préparée.

Certaines agressions auraient eu lieu pendant le sommeil des enfants. Les enquêteurs ont retrouvé sur son ordinateur environ 127 vidéos et près de 200 photos, classées méthodiquement, qui documentaient les actes commis sur les victimes. Un archivage glaçant, méticuleux, qui témoigne d’une organisation froide et calculée.

Mais ce qui rend cette affaire encore plus insupportable, c’est la manière dont il a construit, patiemment, le décor parfait pour attirer les enfants sans éveiller le moindre soupçon.

Toboggan, piscine et illuminations de Noël : l’appât parfait

La maison de Romain G. n’avait rien d’un domicile ordinaire. L’homme avait aménagé un véritable petit parc d’attractions domestique pour rendre son foyer irrésistible aux yeux des enfants du quartier et de l’école. À l’extérieur : une piscine, une cabane, des toboggans, des illuminations de Noël spectaculaires. À l’intérieur : un salon entièrement dédié aux jeux vidéo et aux projections de films.

Salon aménagé pour une soirée pyjama avec jeux vidéo

Chaque détail semblait pensé pour que les enfants supplient leurs parents de les laisser y aller. Et ça fonctionnait. Les parents d’élèves voyaient en Romain G. un papa généreux, impliqué dans la vie scolaire, toujours volontaire pour organiser des activités. Un « bon feeling avec les enfants », disaient certains.

Les invitations aux soirées pyjama passaient par des groupes de messagerie entre parents, agrémentées de nombreux emojis. Tout respirait la convivialité. Rien ne laissait présager l’horreur. Et c’est précisément ce qui interroge aujourd’hui sur la capacité des prédateurs à se fondre dans le quotidien le plus banal.

Seul avec les enfants pendant que les parents trinquaient en bas

Le plus terrifiant dans le mode opératoire de Romain G., c’est sa simplicité. Lors de certaines soirées, les parents des enfants étaient présents dans la maison. Ils prenaient l’apéritif au rez-de-chaussée pendant que leurs fils jouaient à l’étage. L’homme se retrouvait alors seul avec les enfants dans une autre pièce, à l’abri des regards.

Les enquêteurs qui ont fouillé son téléphone y ont découvert des photos d’enfants nus prises à la piscine. Des clichés qui, même pris isolément, auraient dû alerter. Mais personne n’avait accès au contenu de son téléphone. Personne ne pouvait imaginer ce qui se passait derrière la porte fermée du salon de jeux.

Comment un homme a-t-il pu agresser sexuellement 34 enfants sur une période de quatre ans, dans une commune du Rhône où tout le monde se connaît, sans que rien ne remonte ? La réponse est aussi simple qu’insoutenable : parce qu’il avait construit le masque parfait.

« Je suis sûr que certains savaient »

C’est la phrase qui hante désormais toute cette affaire. Un père d’élève, interrogé par Le Progrès, a lâché ces mots lourds de sens : « Je suis sûr que certains adultes, dans son cercle proche, savaient et avaient pris leurs distances parce qu’il avait eu un comportement déplacé. »

Conversation de groupe sur smartphone entre parents d'élèves

Des « comportements déplacés » remarqués mais jamais dénoncés. Des distances prises en silence, sans un mot aux autorités. Ce témoignage ouvre une question douloureuse que l’instruction devra trancher : des personnes de l’entourage de Romain G. avaient-elles connaissance de ces faits sans les signaler ?

En France, ne pas dénoncer des violences sur mineur dont on a connaissance constitue un délit puni de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. Si des témoins ont effectivement fermé les yeux, ils pourraient eux aussi se retrouver face à la justice. L’enquête devra déterminer où s’arrêtait l’ignorance et où commençait la complicité passive.

Un schéma qui rappelle d’autres affaires de prédation organisée

L’affaire de Lucenay n’est malheureusement pas un cas isolé. Le mode opératoire — un adulte de confiance qui se rapproche des familles pour accéder aux enfants — est un classique de la prédation pédocriminelle. On l’a vu dans l’affaire du réseau pédocriminel impliquant un assistant familial, ou encore dans le cas de ce chirurgien accusé d’avoir abusé de 300 enfants en profitant de leur vulnérabilité.

Récemment, Coline Berry témoignait devant l’Assemblée nationale sur l’inceste qu’elle dit avoir subi, rappelant que les prédateurs portent souvent le visage le plus familier. Le journaliste Frédéric Pommier a lui aussi brisé le silence sur les viols qu’il dit avoir subis enfant de la part d’un élu local. À chaque fois, le même constat : la confiance aveugle est l’arme préférée des prédateurs.

Dans l’affaire de Lucenay, cette confiance a été méticuleusement cultivée pendant des années. Romain G. ne s’est pas contenté d’un rôle passif de parent d’élève. Il s’est positionné comme le père cool du quartier, celui chez qui on envoie les enfants le samedi soir sans hésiter. Celui qui décore sa maison pour Noël, qui installe un toboggan dans le jardin, qui propose de garder les gamins pour que les autres parents soufflent un peu.

34 victimes, et la question qui reste

Trente-quatre enfants. Trois à neuf ans. Quatre années d’agressions. Des centaines de fichiers classés méthodiquement. L’ampleur de cette affaire donne le vertige. Et une question reste en suspens : comment le système — école, voisinage, familles — a-t-il pu ne rien voir pendant si longtemps ?

Romain G. est actuellement incarcéré. L’instruction est en cours. Les enquêteurs continuent d’analyser le matériel saisi et il n’est pas exclu que d’autres victimes soient identifiées dans les semaines à venir. D’autres affaires similaires jugées en France ces derniers mois montrent que la justice commence à prendre la mesure de ces réseaux de prédation domestique.

Reste à savoir si la peine sera à la hauteur du nombre de vies brisées. En France, les condamnations les plus lourdes restent rares, même pour des crimes d’une telle ampleur. L’affaire de Lucenay, par son caractère systématique et la vulnérabilité extrême des victimes, pourrait marquer un tournant. Ou devenir un énième dossier où la sidération collective cède la place à l’oubli. C’est désormais à la justice d’en décider.

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