« Le s*xe de mon père dans ma bouche » : Coline Berry accuse Richard Berry d’inceste devant l’Assemblée nationale

Mercredi, à l’Assemblée nationale, Coline Berry s’est assise face aux membres de la commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales. Et pendant de longues minutes, elle a raconté. Les gestes. Les odeurs. Les images qui ne s’effacent pas. La fille de l’acteur Richard Berry et de la comédienne Catherine Hiegel a décrit des viols répétés subis durant son enfance — et une justice qui lui a répondu qu’il était « trop tard ».
Un témoignage d’une brutalité rare dans l’enceinte du Palais Bourbon, qui relance le débat sur la prescription des crimes incestueux en France.
« Des viols répétés presque chaque week-end »
Coline Berry n’a pas choisi la pudeur. Pas cette fois. Devant les députés, la psychothérapeute de 49 ans, née en 1976, a décrit avec une précision chirurgicale ce qu’elle dit avoir subi enfant.

« C’étaient des viols répétés presque chaque week-end. Le sexe de mon père dans ma bouche en guise de trompette ou de flûte. Je garde encore aujourd’hui le souvenir de l’odeur. Le souvenir des sensations. Le souvenir des images. Des traces qui restent et qui ne s’effacent pas. » Chaque mot pesé. Chaque phrase comme un bloc de béton posé sur la table de la commission.
Ce témoignage fait écho à d’autres affaires récentes qui ont secoué la France, comme celle de Lily, 10 ans, qui avait dénoncé les viols de son grand-père grâce à une boîte aux lettres installée dans son école. La parole des victimes emprunte parfois des chemins inattendus. Mais pour Coline Berry, ce chemin aura pris des décennies.
Ce que la fille de l’acteur a décrit ensuite dépasse la question des agressions elles-mêmes. Et c’est peut-être le passage le plus marquant de son audition.
« L’inceste, ce n’est pas qu’un moment »
Coline Berry a insisté sur un point que les spécialistes de la protection de l’enfance soulignent depuis des années : l’inceste ne se réduit pas à un acte isolé. C’est un système.
« L’inceste, ce n’est pas qu’un moment. C’est un climat. C’est une imprégnation lente, diffuse, constante », a-t-elle expliqué aux députés. Elle a détaillé un environnement familial où les frontières entre l’intime et le public n’existaient pas. « Il y avait les gestes, les baisers, les chatouilles, les jeux imposés. Mais il y avait aussi l’absence de pudeur, la nudité, les portes ouvertes, les corps exposés, y compris dans les rapports sexuels. »

Un tableau qui décrit un quotidien entier organisé autour de la transgression. Les experts parlent de « climat incestueux » — un concept difficile à saisir pour ceux qui n’ont pas vécu cette réalité, mais qui permet de comprendre pourquoi tant de victimes mettent des années, parfois des décennies, avant de nommer ce qu’elles ont subi.
L’affaire de viols sur 34 enfants lors de soirées pyjamas dans le Rhône avait déjà montré comment un cadre en apparence « normal » — un père de famille, des activités d’enfants — pouvait servir de couverture à un prédateur. Dans le cas de Coline Berry, c’est le cadre familial lui-même qui servait de décor.
Mais avant les viols qu’elle dénonce, il y avait autre chose. Un terreau de violence que la commission a découvert dans la suite de son récit.
Des violences physiques contre sa mère comme « point de départ »
Coline Berry a remonté le fil de son histoire. Avant les agressions sexuelles qu’elle décrit, il y a eu la violence conjugale exercée par son père envers sa mère, Catherine Hiegel.
« Le point de départ, ce sont les violences psychologiques et physiques de mon père envers ma mère. Il lui a donné des coups dans le ventre, il lui a perforé un tympan », a-t-elle révélé devant la commission. Des faits graves, entourés d’un silence familial total.
« On ne parlait pas. On ne nommait pas. On ne dénonçait pas la figure paternelle. » Cette loi du silence, les professionnels qui travaillent sur les violences sexuelles sur mineurs la connaissent bien. Elle est le ciment de l’impunité dans les familles où l’inceste prospère.
D’autres personnalités ont récemment brisé ce type de silence. Adriana Karembeu avait dénoncé les violences de son ex-mari, rappelant que la parole publique reste un acte de courage immense, même quand on est célèbre. Peut-être encore plus quand on l’est.
Car Richard Berry, lui, a toujours nié les accusations de sa fille. Et la justice française lui a donné raison. Du moins sur la forme.
Classée sans suite : la prescription comme mur
En août 2022, l’enquête visant Richard Berry a été classée sans suite. Le motif : la prescription. Les faits dénoncés par Coline Berry remontent aux années 1984-1985, époque où elle avait moins de 15 ans. Trop ancien, selon le droit français, pour que des poursuites soient engagées.

L’acteur a toujours contesté les accusations portées par sa fille. Il n’a jamais été jugé pour ces faits. Et c’est précisément ce point que Coline Berry est venue attaquer mercredi.
« La justice qui m’a dit que c’était trop tard… Mais trop tard pour qui ? Droit à l’oubli de qui ? » La question, posée dans l’hémicycle, résonne bien au-delà de son cas personnel. Elle touche à l’un des débats les plus sensibles du droit pénal français : faut-il rendre l’inceste imprescriptible ?
En France, le délai de prescription pour les viols sur mineurs a été progressivement allongé. Depuis 2018, il est de 30 ans à compter de la majorité de la victime. Mais cette loi ne s’applique pas de manière rétroactive. Autrement dit, les victimes dont les faits ont été commis avant ces réformes restent soumises aux anciens délais, souvent bien plus courts.
Des affaires comme celle du régisseur de Kaamelott accusé de viols sur 34 enfants ou celle d’un animateur de maternelle écroué à Toulouse montrent que le système judiciaire est régulièrement confronté à ces crimes. Mais quand les faits sont anciens, la loi trace une ligne que même les témoignages les plus accablants ne peuvent franchir.
L’imprescriptibilité : un combat qui dépasse le cas Berry
Devant la commission d’enquête, Coline Berry a clairement affiché sa position. Elle se dit « pour l’imprescriptibilité et pour la suppression de la non-rétroactivité des lois pour les victimes d’hier ». En clair : elle demande que les règles changent, y compris pour ceux dont les dossiers ont déjà été classés.
Une position radicale, que partagent de nombreuses associations de victimes. Leur argument principal : les mécanismes de l’inceste — emprise, amnésie traumatique, dépendance affective envers l’agresseur — font que les victimes ne sont souvent pas en mesure de dénoncer les faits avant de nombreuses années. Imposer une date limite revient, selon elles, à protéger les agresseurs.
Les opposants à l’imprescriptibilité invoquent les difficultés de preuve et le risque de procès fondés uniquement sur des témoignages anciens. Le débat est juridiquement complexe. Mais l’audition de Coline Berry remet la question au centre de l’agenda parlementaire, à un moment où la commission d’enquête doit formuler ses recommandations.
L’affaire rappelle aussi le poids du silence institutionnel. François Bayrou avait été accusé d’avoir fermé les yeux face à des cas d’agressions sexuelles sur enfants. Le problème ne se limite pas aux familles : il traverse toutes les strates de la société française.
« Que les conclusions ne restent pas lettre morte »
Coline Berry a terminé son audition par un appel direct aux députés. Elle a exprimé l’espoir que les travaux de la commission ne resteront pas « lettre morte ». Un appel qui traduit la méfiance — compréhensible — d’une femme dont le dossier a déjà été refermé une fois par la justice.
La commission d’enquête sur le traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses parentales devra, dans les prochaines semaines, rendre ses conclusions. Des propositions de loi pourraient suivre. Ou pas. L’histoire récente montre que les rapports parlementaires n’aboutissent pas toujours à des réformes concrètes.
Mais ce mercredi, dans une salle de l’Assemblée nationale, une femme a raconté ce que son père lui a fait quand elle était enfant. Elle l’a fait avec ses mots à elle. Sans filtre. Sans précaution oratoire. Et 40 ans après les faits qu’elle dénonce, cette parole-là, au moins, personne ne pourra la lui retirer.
L’affaire de ce père qui proposait ses enfants à des pédophiles, celle des 78 animateurs suspendus à Paris depuis janvier, ou encore le témoignage de Mara Wilson, star de Matilda, sur les images pédocriminelles qu’elle a découvertes la concernant — tous rappellent la même chose. La protection de l’enfance reste un chantier immense. Et chaque témoignage, aussi douloureux soit-il, est une pierre de plus dans un mur qui finira peut-être par tenir.