« Je faisais du bruit avec le couteau pour qu’il me parle » : à 56 ans, elle s’explique à la barre après avoir tranché la main de son conjoint

Une dispute de couple, un soir comme un autre à Alès, dans le Gard. Sauf que cette nuit-là, un couteau à pain est entré dans l’histoire. Jeudi 5 novembre, une femme de 56 ans a dû s’expliquer à la barre sur ce qui s’est passé, et sa version a surpris tout le monde. Le verdict, lui, tient en quelques mois de sursis, mais pas seulement.
Une nuit d’août, un couteau à pain et une main tranchée à Alès
Elle s’avance vers la barre, petite silhouette de 56 ans, déjà placée sous contrôle judiciaire depuis sa première comparution fin août. Le tribunal de sa ville de résidence, dans le Gard, doit juger deux affaires de violences contre son conjoint, dont elle est désormais séparée.
La première remonte à la nuit du 15 septembre 2025. Il lui est reproché de l’avoir frappé, griffé et menacé avec un couteau. La seconde est plus lourde : dans la nuit du 25 au 26 août dernier, elle lui aurait tranché la main avec un couteau à pain.
Les faits se seraient déroulés au domicile du couple, lors d’une dispute. Selon Midi Libre, l’audience a aussi mis en lumière un autre pan du dossier : les violences que la prévenue affirme avoir elle-même subies. Les affaires de violences conjugales ne se résument presque jamais à un seul récit.
Mais que raconte-t-elle exactement de cette soirée ? Sa version tient en une phrase surprenante.
« Il ne me répondait pas » : la version de la prévenue à la barre
« J’étais seule toute la journée, en souffrance et dépression », explique-t-elle au tribunal. Quand son conjoint est rentré, à 23 heures, elle s’est sentie ignorée. Il ne lui parlait pas.
C’est là qu’intervient le couteau. « Je faisais du bruit avec le couteau pour qu’il me parle, car il ne me répondait pas », affirme-t-elle. Elle conteste en bloc le coup au thorax qu’on lui reproche : selon elle, cela « n’a jamais existé ».
Sa défense à la barre est étonnante. Elle assure que lui-même a tiré sur la lame et s’est coupé « très fort ». Et d’ajouter que si elle avait vraiment voulu lui faire du mal, il s’endort en deux minutes : elle aurait pu.
La quinquagénaire dit « regretter ». Elle précise aussi que des disputes ont émaillé la relation et qu’elle a été la cible de multiples violences. Un aveu de violences à la barre ou dans la presse change souvent la lecture d’un dossier. « En trois ans, je n’ai jamais porté plainte… », souffle-t-elle.
Reste la parole de l’autre protagoniste, celle de l’homme dont la main a été touchée. Et elle ne va pas dans le sens que l’on croit.

La victime confirme : « C’est moi qui ai saisi la lame »
Les audiences de violences conjugales réservent parfois ce genre de retournement : la victime elle-même vient atténuer les faits. Appelé à parler à son tour, cet Alésien, placé sous curatelle, dit avoir voulu retirer sa plainte.
« C’est un acte involontaire de sa part car c’est moi qui ai saisi la lame », confirme-t-il. Il ajoute reconnaître avoir été « parfois violent » avec elle. Les deux versions concordent donc sur l’essentiel.
Me Joris Numa, avocat de la partie civile, le constate : « Les deux versions collent ; il n’y a pas de difficultés. » Pour lui, le dossier ne pose pas de problème particulier.
Le procureur Abdelkrim Grini ne l’entend pas ainsi. Il rappelle que « l’origine de la blessure, c’est la violence de Madame ». Pour les deux délits, il requiert 10 à 12 mois de prison avec sursis probatoire.
En défense, Me Sophie Bonnaud plaide la relaxe. Pour les faits de 2025, elle fait valoir que, hormis le fait que les parties ne s’en souviennent pas, « ça ne tient pas la route ». Et la décision est tombée, partagée en deux.
Relaxe pour 2025, six mois avec sursis probatoire pour le couteau
Le tribunal a suivi la défense sur le premier dossier : relaxe pour les faits du 15 septembre 2025. Faute de souvenirs précis des deux côtés, l’accusation ne tenait pas.
Pour l’affaire du couteau à pain, la prévenue écope de six mois de prison avec sursis probatoire. C’est moins que les réquisitions du parquet, qui demandait 10 à 12 mois.
Son avocate aurait préféré un sursis simple. « Gardez bien à l’esprit qu’elle a bien compris la portée de son geste, qu’elle a eu extrêmement peur d’être incarcérée », a plaidé Me Bonnaud.
Le sursis probatoire n’est pas un simple avertissement : il s’accompagne d’obligations et d’un suivi. Selon la loi, un manquement peut conduire à la révocation du sursis et donc à l’incarcération.
Reste une question que l’audience a laissée ouverte : comment un dossier aussi grave a-t-il pu se terminer par deux versions qui « collent » ?
Le couple est aujourd’hui séparé, et la victime avait voulu retirer sa plainte. Mais le ministère public a rappelé que l’action pénale ne dépend pas du seul souhait de la victime.
Autre enseignement : la parole des deux protagonistes a pesé, sans effacer les faits. Le tribunal a retenu la blessure comme point de départ de la condamnation.
Ce que ce procès dit des violences réciproques
L’audience a rappelé une réalité que les juges connaissent bien : les dossiers de violences au sein du couple sont rarement à sens unique. Ici, les deux protagonistes ont reconnu des violences, l’un comme l’autre.
La prévenue, qui évoque des années de violences subies sans plainte, n’a pas été entendue comme une victime au sens judiciaire. Mais le tribunal a pris en compte son contexte pour fixer la peine.
Dans d’autres affaires, la justice a parfois frappé plus lourd. Ce militaire condamné à 16 mois ferme a choisi de sauter par-dessus le box pour s’enfuir, un tout autre scénario.
Quant à l’écart entre réquisitions et peine, il illustre le pouvoir d’appréciation des juges. Six mois avec sursis probatoire, c’est une sanction réelle, mais aménagée.
Reste à voir si le suivi imposé permettra d’éviter une nouvelle dispute. Certains dossiers de violences conjugales montrent à quel point la situation peut rebondir.
Un couteau à pain, une main tranchée, deux versions qui s’accordent et une peine aménagée : voilà comment une dispute de 23 heures s’est réglée en six mois de sursis. Et si la justice peut parfois hésiter, ce qui est arrivé à cette femme venue porter plainte dans un commissariat pose une tout autre question. Quant à celui qui a jeté l’éponge, ce que la justice de Floride a décidé après des bijoux avalés vaut le détour.