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« Ça m’a retourné le ventre » : l’agriculteur du terrain où Delphine Jubillar a été retrouvée sort du silence

Publié par Cassandre Jolivet le 20 Oct 2026 à 17:45

Dans l’affaire Jubillar, on a beaucoup parlé de Cédric, de Delphine, des enquêteurs. Beaucoup moins de lui. Lui, c’est l’homme dont le champ a livré des ossements de Delphine Jubillar, et qui a vu sa vie basculer sans l’avoir cherché. Il vient de parler pour la première fois, et ses mots sont plus durs, et plus humains, qu’on ne l’imaginait.

delphine jubillar @archive

Un champ du Tarn, une découverte qui a laissé tout le monde sans voix

Tout remonte à la nuit du 15 au 16 décembre 2020, à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Cette nuit-là, Delphine Jubillar, infirmière et mère de famille née Aussaguel, disparaît. Depuis, l’affaire n’a cessé de rebondir, jusqu’à la mort de la jeune femme, dont son mari Cédric est accusé.

Le 2 octobre, une reconstitution est organisée à Cagnac-les-Mines puis à Mailhoc. Objectif : faire enfin toute la lumière sur la nuit du drame. Et ce jour-là, de nouveaux ossements appartenant au corps de Delphine ont été retrouvés sur l’exploitation agricole que Cédric Jubillar avait lui-même indiquée aux enquêteurs.

Pour comprendre la portée de cette découverte, on peut lire ce que révèle leur découverte, selon un avocat. Mais derrière l’enquête, il y a un homme, propriétaire du terrain, qui a tout appris en même temps que le pays.

Cet agriculteur, personne ne l’avait entendu. Il n’a pas parlé pendant des semaines, laissant les rumeurs courir à sa place. Et ce qu’il a vécu pendant ce temps-là n’a rien d’anodin.

Il a fini par se confier à La Dépêche du Midi, propos ensuite repris par Le Midi Libre, le mardi 20 octobre. Et sa première réaction envers Cédric Jubillar surprend.

« Il n’a pas choisi chez moi pour ma tronche » : sa lecture du geste de Cédric

On s’attendrait à de la colère. L’agriculteur, lui, commence par dire l’inverse. « Je n’ai pas d’animosité envers lui », explique-t-il d’entrée à propos de Cédric Jubillar.

Selon ses propos rapportés par la presse locale, il comprend que son terrain ait pu servir de sépulture pour des raisons très pratiques. « C’est tombé chez moi, c’est tombé chez moi, voilà », lâche-t-il, comme pour se débarrasser d’un poids.

Puis vient la phrase qui résume son état d’esprit : « Il n’a pas choisi chez moi pour ma tronche. Il l’a fait car c’était sans doute tranquille et facile pour lui, c’est tout. » Aucune vengeance personnelle à ses yeux, juste un lieu discret.

Cette parcelle faisait d’ailleurs l’objet de recherches, comme le raconte l’article sur ces ossements retrouvés dans une parcelle du champ jamais explorée. Un détail qui rend son témoignage encore plus fort.

Mais comprendre n’est pas excuser, et l’agriculteur le dit sans détour. « Je trouve que ce qu’il a fait, assassiner son épouse, est affreux », déplore-t-il. Il évoque aussi le « traitement auquel cette pauvre femme a eu droit après sa mort de la part de Monsieur Jubillar ».

Et puis il y a ce souvenir qu’il garde en lui. « Ça m’a retourné le ventre, j’étais choqué », confie-t-il, en ajoutant qu’il s’en souviendrait « jusqu’à la fin de sa vie ». Mais ce choc n’est que la moitié de son histoire.

Tracteur épandant du compost sur un champ en automne

Complice, aveugle, coupable idéal : le calvaire que personne n’a vu

Avant de lire la suite, il faut relire la journée de reconstitution du 2 octobre, car tout a basculé à ce moment-là. Pour lui, la découverte n’a pas été seulement bouleversante. Elle l’a aussi exposé.

L’exploitant révèle en effet qu’il a un temps été dans le viseur des internautes. Le reproche : ne pas avoir remarqué plus tôt le corps de la mère de famille. Il parle de « spéculations sur les réseaux sociaux » dont il a beaucoup souffert.

Ses mots sont précis. « Ils disaient que j’étais complice de Cédric Jubillar. D’autres écrivaient que j’aurais dû voir quelque chose. Ça, c’est dur, mais c’est ça aussi, Internet… »

Complice, ou pas assez attentif : l’agriculteur se retrouvait pris entre deux accusations, sans avoir jamais rien demandé. Il dit n’avoir fait que son travail.

Et voici le détail qui change tout, celui qui explique son incompréhension. « Je n’ai fait que mon travail, sans imaginer un instant que l’épandage du compost dispersait les ossements de Delphine Jubillar », dit-il. Autrement dit, c’est en épandant du compost sur ses terres qu’il aurait, sans le savoir, dispersé les ossements.

Cette phrase éclaire sa sidération. Ce n’est pas un homme qui a « raté » un corps, mais un agriculteur qui a travaillé sa terre comme d’habitude, sans rien soupçonner. Il ne reste plus qu’à savoir comment il compte avancer maintenant.

Reprendre le cours de sa vie, pendant que l’enquête continue

Aujourd’hui, l’agriculteur se dit remis. Il déclare vouloir « reprendre rapidement le cours de sa vie », loin de cette terrible affaire, même s’il sait qu’il ne l’oubliera jamais.

Pendant ce temps, l’enquête sur la mort de Delphine Aussaguel continue. Chaque nouvel élément, comme ces ossements retrouvés lors de la reconstitution, relance les questions autour de cette nuit de décembre 2020. Et chaque proche, chaque témoin, chaque voisin du drame y laisse un peu de lui-même.

D’autres personnes, bien avant lui, ont raconté ce que ce dossier leur a fait vivre, comme cet ancien candidat de télé qui a raconté son effroi, dans ce témoignage sur la découverte des ossements. Preuve que le choc dépasse largement le cercle des proches.

Reste la question des aveux et de la version des faits livrée par Cédric Jubillar. Elle continue de nourrir le débat, notamment à travers ce détail qui refuse toujours de coller malgré ses déclarations. Cédric Jubillar reste présumé innocent tant que la justice n’a pas définitivement tranché.

L’agriculteur, lui, n’aura peut-être jamais de réponse à tout. Mais il aura eu au moins celle-ci : dire, enfin, qu’il n’était ni complice ni aveugle, juste le propriétaire d’un champ devenu, malgré lui, un lieu d’enquête.

Derrière les gros titres, ce témoignage rappelle une chose simple : dans une affaire criminelle, tout le monde ne choisit pas son rôle. Et si vous voulez savoir comment l’ex-avocate qui le croyait innocent a réagi à ses aveux, la réponse est moins attendue qu’on ne le croit. Quant à la suite judiciaire, le ténor du barreau qui entre en scène à quelques mois du procès en appel pourrait bien rebattre les cartes.

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