« Il doit rendre des comptes à ses enfants » : le 2 octobre, Jubillar rejoue la nuit du drame de Delphine
Six ans après la disparition de Delphine Jubillar, la justice s’apprête à rejouer sa dernière nuit. Ce vendredi 2 octobre, son mari doit refaire, sous l’œil d’une juge, les gestes qu’il dit avoir accomplis. Pour l’avocate des enfants du couple, une seule attente domine : entendre enfin ce qu’il n’a pas encore dit. Sa demande tient en une phrase, et elle est sans détour.

Cagnac-les-Mines puis Mailhoc : une journée sous haute sécurité
Selon Midi Libre, une magistrate organise vendredi une reconstitution en deux temps. D’abord la maison du couple, à Cagnac-les-Mines, où Delphine a trouvé la mort dans la nuit du 19 au 20 décembre 2020. Ensuite Mailhoc, à une dizaine de kilomètres.
C’est là que Cédric Jubillar dit avoir enfoui le corps dans un monticule, de terreau selon les uns, de fumier selon les autres. Ses aveux, passés début juillet, ont mis fin à des années de dénégations. Jusqu’à cet été, le corps n’avait jamais été retrouvé.
Tout le secteur autour de la maison sera interdit d’accès dès le début de la matinée, avec un dispositif de sécurité important pour tenir les badauds à distance. Le peintre plaquiste sera extrait de la prison de Seysse, où il est détenu. Il devra rejouer ses gestes en présence de la juge, d’un membre du parquet général de Toulouse et des avocats de la défense et des parties civiles.
Tout sera photographié, afin de présenter les scènes aux jurés lors du procès prévu du 30 avril au 14 mai devant la cour d’assises de Toulouse. Les lieux ont été préparés : l’autel dédié à Delphine, fait de photos et d’hommages accumulés depuis six ans, a été évacué cette semaine. Sur le champ de Mailhoc, plusieurs tas de terreau ont été déposés.
Seuls quelques restes, dont deux fémurs, ont été retrouvés par les techniciens de la gendarmerie. L’agriculteur assure avoir épandu le contenu des tas sur ses champs, sans rien remarquer. Or ces aveux surprises n’ont pas convaincu tout le monde, et certains détails pourraient voler en éclats dès vendredi. Mais c’est du côté des enfants que l’attente est la plus lourde.
Ce que les enfants de Delphine attendent encore de leur père
Me Malika Chmani représente les enfants du couple, élevés depuis le drame par la sœur de Delphine et son mari. Elle reste très prudente : « Cette reconstitution est une étape importante. Cédric Jubillar va être confronté à ses déclarations et il va devoir expliquer le déroulé de cette soirée. »
Elle ajoute que ce qu’il a dit jusqu’ici n’est « peut-être qu’une façon de refaire l’histoire ». Pour elle, les aveux ont d’abord été un véritable soulagement pour les enfants. Ils avaient enfin la confirmation de la mort de leur mère, que leur père niait avoir tuée.
Puis est venue la seconde étape : savoir où elle se trouvait. Quand elle a été retrouvée, ce fut « une grande tristesse », car cette mort devenait concrète. Aujourd’hui, selon leur avocate, ils se demandent surtout pourquoi leur père a fait ça.
Le choix a été fait de les préserver des détails. « C’est déjà douloureux pour eux de se dire que ce qui reste de maman, ce n’est plus la photo affichée dans la chambre. Ils ne sont pas armés pour le supporter. » Me Chmani elle-même, comme les autres avocats de parties civiles, ne connaît qu’une partie des aveux.
Le mari de Delphine a été réentendu le 18 septembre pendant trois heures par une juge. Aucun élément de cette audition n’a filtré. Un autre point nourrit déjà les débats : la recherche Google Maps dix jours avant le drame, qui relance la question de la préméditation.
Alors, que demande précisément l’avocate ? Selon elle, la première déclaration « n’est pas tout à fait conforme à la réalité ». Il doit donc « aller au bout de sa démarche » et dire la vérité à ses enfants, car ils vont poser des questions précises. Elle rappelle que, depuis le procès où l’on avait pointé qu’il ne leur avait pas écrit depuis un an, il a fait des efforts ponctuels pour leur envoyer quelques lettres.
Sa conclusion est nette : « Cédric Jubillar doit maintenant rendre des comptes à ses enfants. » Mais tous les avocats du dossier ne lui font pas ce crédit.

« Une nouvelle fable » : ce que les avocats des proches contestent
Le premier point de friction, c’est l’expertise des lunettes brisées, que les parties civiles opposent à sa version. Me Mourad Battikh, qui représente la tante, l’oncle et les cousins de Delphine ainsi que son ancien amant, ne mâche pas ses mots. « Il a menti pendant des années à tout le monde, à commencer par ses enfants. »
Selon lui, au vu des contours de ces aveux, « il est à craindre qu’il cherche encore à travestir la vérité ». Il appelle donc à la plus grande prudence. Me Chmani, elle, se dit prête à donner acte à l’accusé de sa volonté de transparence.
Le plus virulent reste Me Philippe Pressecq, avocat de Lolita, la cousine de Delphine. Il ne croit pas à ces aveux et annonce que la reconstitution mettra en évidence « la nouvelle fable de Jubillar ». Il rappelle qu’il y a un dossier, qui a déjà valu à l’accusé trente ans de prison.
Sur la mort, l’avocat conteste tout. Cédric Jubillar raconte qu’il l’a étranglée en lui disant « tais-toi, tais-toi » ? Pour Me Pressecq, il l’a copié sur Jonathann Daval, condamné à 25 ans pour le meurtre de son épouse Alexia en 2017.
Il rappelle aussi la dispute dans le salon et le choc qui a cassé les lunettes. Sa thèse : elle aurait été tuée à coups de poing, en tentant de s’échapper. Et il s’indigne de la façon dont le corps a été traité : « jeté comme un chien mort, dans un tas de fumier ».
Il ajoute un argument précis : ce tas, l’accusé ne l’aurait pas trouvé en pleine panique, la nuit. L’expertise de son téléphone montrerait, selon lui, qu’il s’y était rendu quelques jours avant. Contacté par Midi Libre, Me Pierre Debuisson, avocat de Cédric Jubillar, n’a pas donné suite.
Ce que la reconstitution peut changer d’ici le procès
Vendredi, ce ne sont plus des mots qui seront confrontés au dossier, mais des gestes. Chaque déplacement, chaque geste rejoué sera photographié. Ces images seront présentées aux jurés en avril, quand l’accusé devra, à la barre, tenir la même version que sur le terrain.
La défense n’a fait aucun commentaire. Pour les parties civiles, en revanche, l’enjeu est double. Vérifier la cohérence du récit, et surtout obtenir ce que Me Chmani réclame : des réponses que les enfants pourront un jour entendre. Le souvenir de la dernière audition devant la juge reste, lui, verrouillé.
Reste la question des restes de Delphine. Seuls les fémurs ont été retrouvés, l’agriculteur ayant épandu le contenu des tas sur plusieurs dizaines d’hectares, quelques mois après le crime. Ce qu’un légiste peut lire dans ces ossements pourrait peser autant que les gestes rejoués.
D’ici le procès, chaque nouvelle déclaration sera scrutée par des avocats qui ne s’accordent sur rien. L’un espère la vérité, les autres attendent la faille. Vendredi soir, on saura au moins qui avait raison sur le terrain.
Vendredi, un homme devra refaire devant une juge les gestes de la pire nuit de sa vie, sous le regard de ceux qui ne le croient plus. Et si vous pensiez que le silence était le seul mystère du dossier, ce SMS envoyé à Delphine après sa disparition a de quoi vous glacer. Quant aux recherches menées sur le terrain, le détail qui explique pourquoi les chiens de chasse n’ont jamais senti Delphine mérite qu’on s’y arrête.