Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Faits divers

Atteint de sclérose en plaques, un cinquantenaire est renvoyé après un match de foot : la justice le dédommage de 72 000 euros

Publié par Cassandre Jolivet le 09 Oct 2026 à 17:09
Homme de cinquante ans soulagé au bord d'un terrain de foot

Un cinquantenaire malade. Un détective privé sur ses talons. Et un match de foot à cinq qui sert de prétexte à un licenciement. Dans la région de Bergame, en Italie, un cadre atteint de sclérose en plaques a vu son employeur le sanctionner puis le mettre dehors. La justice vient de dire ce qu’elle en pense, et le montant accordé pèse lourd.

Sclérose en plaques, arrêt maladie et employeur méfiant : le début de l’affaire

Tout commence en 2023. Selon La Dépêche, qui reprend les informations du Corriere della sera, cet homme de 50 ans reçoit un diagnostic de sclérose en plaques, une maladie qui touche le système nerveux central.

Des examens complémentaires confirment le diagnostic peu de temps après. Le salarié est alors pris en charge au service de neurologie de l’hôpital Papa Giovanni XXIII. Il aurait aussi développé des troubles anxieux, ce qui ajoute une couche de fragilité à une situation déjà lourde.

Côté professionnel, il travaille pour une entreprise de métallurgie de la région de Bergame. Il y occupe la fonction de cadre depuis 2022. Un arrêt maladie est donc posé, le temps de se soigner et d’encaisser une annonce qui bouleverse n’importe quelle vie.

Mais l’employeur ne se contente pas du certificat. Selon la source, il décide de faire surveiller son salarié pendant son arrêt. Un détective privé est embauché par l’entreprise, et sa mission consiste à observer ce que fait le malade quand il n’est pas au travail.

Ce genre de filature n’a rien d’une exception. Ailleurs, une employée d’Auchan filée trois jours par un détective y a laissé son poste. Reste à savoir ce que l’enquêteur a bien pu noter dans cette affaire-là, et pourquoi cela a suffi à déclencher une sanction.

Deux jours sans solde, puis la lettre de licenciement pour faute lourde

Le détective a fini par rapporter une information à son client. Le cinquantenaire se rendait à des matchs de foot à cinq. Rien de plus spectaculaire, a priori : du sport de loisir, entre amis, sur un petit terrain.

Pour l’entreprise, c’était pourtant la preuve d’un comportement incompatible avec un arrêt maladie. Selon la source, elle s’appuie sur cette seule observation pour agir. La sanction tombe en décembre 2023 : deux jours de suspension sans solde.

Le salarié est toujours malade, toujours en traitement, et il perd déjà deux jours de salaire. Mais l’employeur ne s’arrête pas là. En mars 2024, il va plus loin et prononce un licenciement pour faute lourde, soit le niveau de gravité le plus élevé que l’on puisse reprocher à un salarié.

On imagine le choc. Un homme qui vient d’apprendre qu’il souffre d’une maladie neurologique perd son emploi en moins d’un an, avec une accusation très lourde à porter. Et la question se pose vite : un arrêt maladie interdit-il vraiment toute activité physique ?

En France, cette frontière fait l’objet de nombreux débats, et ce que l’employeur a le droit de faire avec un détective privé reste un sujet très surveillé. Chaque dossier dépend des faits, du médecin et de ce que l’arrêt autorise ou non.

Le salarié, lui, conteste. Il saisit la justice. Et c’est là que le dossier prend un tout autre tournant, grâce à une expertise médicale que l’employeur n’avait sans doute pas vue venir.

Le médecin légiste du tribunal a ruiné l’argument du foot

Appareil photo à téléobjectif sur un tableau de bord face à un terrain

Avant de lire la décision, un détour s’impose par un cas français où un salarié en arrêt qui continuait à travailler a touché ses indemnités. La leçon est la même : un arrêt maladie ne se juge pas à l’impression qu’il laisse, mais à ce que dit la médecine.

Dans cette affaire italienne, le tribunal a désigné un médecin légiste comme expert. Son verdict est net. Selon lui, il n’était pas possible que la pratique du football soit « incompatible avec l’état de santé du patient ou puisse retarder sa guérison ».

L’expert va même plus loin. Il explique que, de façon plus générale, le sport peut être « un outil efficace pour améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de sclérose en plaques ». Autrement dit, ce que l’employeur présentait comme une preuve de tricherie ressemblait plutôt à une activité plutôt bénéfique pour le malade.

Un autre reproche pesait sur le salarié. Il aurait quitté son poste de travail un après-midi à la suite d’une « crise psychologique ». La justice a estimé que ces faits n’étaient pas suffisamment graves pour justifier un licenciement, d’autant que l’homme souffrait de troubles anxieux.

Sur le fond, le verdict est sans appel : le licenciement est jugé abusif. Le salarié obtient une indemnité équivalente à 12 mois de salaire brut, soit 72 000 euros au total.

Un détail tempère toutefois cette victoire. Le tribunal n’a pas ordonné la réintégration du cadre de 50 ans. Il repart donc avec une somme importante et la reconnaissance qu’il avait raison, mais sans retrouver son poste.

Ce que cette décision rappelle à tous les salariés en arrêt

Cette affaire n’est pas un cas isolé, et la source elle-même le montre. Elle renvoie vers un autre dossier où un salarié, suivi par un détective alors qu’il grimpait un col en VTT, a vu son licenciement confirmé par la justice. Il soutenait qu’aucun médecin ne lui avait interdit le vélo, sans que cela suffise.

Un autre exemple cité va dans l’autre sens : un salarié qui avait participé à un marathon en arrêt maladie a obtenu 60 000 euros pour licenciement abusif. Même type de faits, issues opposées. La nuance se joue sur ce que le médecin a autorisé et sur le lien avec la pathologie.

On retrouve cette ambivalence en France, où une salariée en arrêt qui a fait un Hyrox a perdu son travail. Là encore, la justice a regardé le détail du dossier plutôt que la simple image d’une personne qui fait du sport.

Dans le dossier de Bergame, la logique est limpide. L’employeur a vu un cadre malade sur un terrain de foot et en a déduit un abus. L’expert, lui, a regardé la maladie et conclu que le sport ne gênait en rien la guérison, voire qu’il aidait.

La question du contrôle des arrêts reste d’actualité de l’autre côté des Alpes aussi : en France, 740 000 contrôles sont prévus en 2026 pour repérer les salariés qui multiplient les médecins. La surveillance s’intensifie, mais elle ne dispense jamais de prouver une faute réelle.

Enfin, ce jugement rappelle une règle simple. Un employeur peut s’inquiéter d’un arrêt, mais il ne peut pas transformer un match de foot en faute lourde sans démontrer qu’il a nui à la santé du salarié ou à l’entreprise. Ici, la preuve manquait.

Avec 72 000 euros à la clé, le cadre de 50 ans tient sa réponse, même si le poste, lui, ne reviendra pas. Quand un malade sort jouer, la justice regarde d’abord ce que dit son médecin.

Et si vous croyez que les histoires d’arrêt maladie se terminent toujours ainsi, cet homme dénoncé par sa propre femme à son employeur prouve que le pire peut venir de très près. Et pour ceux qui pensent que le travail est une course sans pause, ce salarié qui n’a pas pris de vacances pendant 25 ans a fini par faire payer très cher son patron.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *