25 ans sans vacances : un salarié obtient près de 450 000 € pour 827 jours de congés jamais pris
Imaginez ne pas prendre un seul jour de vacances pendant un quart de siècle. Pas un week-end prolongé, pas un été à la plage, pas même un lundi off pour aller chez le dentiste. C’est exactement ce qu’a vécu Mossadek Ageli, gestionnaire immobilier au Royaume-Uni, qui vient d’obtenir une somme colossale devant la justice britannique. Son histoire est à peine croyable — et pourtant, un tribunal l’a validée noir sur blanc.
Un employé modèle… peut-être trop

Tout commence en 1987. Mossadek Ageli intègre Sabtina Ltd, une société de gestion immobilière détenue par des investisseurs libyens, en tant que directeur général adjoint. Puis il grimpe au poste de directeur commercial. Sur le papier, il dispose de 30 jours de congés payés par an. Une dotation plutôt généreuse, même selon les standards européens.
Sauf que dans les faits, Mossadek Ageli ne prend pas un seul jour de repos. La raison est aussi simple qu’absurde : lui et son assistant personnel étaient les deux seuls employés à temps plein de l’entreprise. Impossible de s’absenter sans que tout s’arrête. Comme le rapporte The Telegraph, entre 1988 et 1996, pas moins de 200 jours de congés lui ont été purement et simplement refusés.
Quand on sait qu’en France, la question de savoir si un employeur peut imposer des dates de congés fait déjà débat, on mesure l’ampleur du problème ici : il n’y avait même pas de dates à négocier. C’était zéro jour, point final.
Mais le plus surprenant, c’est que la situation ne s’est pas améliorée avec le temps. Elle a empiré.
45 jours de congés par an — et toujours aucun de posé

En 1996, les droits à congés de Mossadek Ageli passent de 30 à 45 jours annuels. Presque deux mois de vacances théoriques. Le genre de contrat qui ferait rêver n’importe quel salarié connaissant ses droits. Sauf qu’encore une fois, il n’en pose aucun.
Les années passent, les jours s’accumulent, et un arrangement tacite se met en place. Devant le tribunal, Ageli a expliqué sa logique : « J’ai demandé à recevoir, au fur et à mesure des besoins, une indemnité compensatoire pour les congés non pris en raison de la situation de l’entreprise. Après plusieurs années, il a été convenu qu’il n’était plus nécessaire d’envoyer de documents pour approbation ou refus, et j’ai simplement tenu un registre de mes droits à congés. »
Autrement dit, il notait scrupuleusement chaque jour non pris, en attendant d’être payé un jour. Un pari risqué. D’autant plus qu’il aurait pu, techniquement, s’auto-valider ces paiements. En tant que seul signataire de l’entreprise pendant plus de 20 ans, il avait l’autorité pour le faire. Mais il ne l’a jamais fait. « Je comptais sur le versement de ces paiements », a-t-il déclaré au tribunal. Un sens de l’éthique qui lui a coûté deux décennies de repos — mais qui allait finalement jouer en sa faveur.
Ce n’est pas le premier cas où un employé loyal se retrouve floué par un système qui exploite sa bonne volonté. Au Royaume-Uni comme en France, les tribunaux tranchent de plus en plus en faveur des salariés dans ce type de litiges.
Mais pour Ageli, le vrai coup dur restait à venir.
Licencié après 25 ans de bons et loyaux services
En 2022, le conseil d’administration de Sabtina Ltd est renouvelé. Nouvelle direction, nouvelles priorités. Le rôle de Mossadek Ageli est progressivement réduit. L’homme qui a fait tourner la boutique seul pendant un quart de siècle se retrouve mis sur la touche. Deux ans plus tard, en 2024, il est licencié pour faute grave.
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Un motif que le tribunal va rapidement balayer. Car les juges reconnaissent un licenciement abusif, pur et simple. Après 25 ans sans une seule semaine de repos, l’entreprise a tenté de se débarrasser de lui sans honorer sa dette colossale.
C’est à ce moment précis que le compteur tombe : 827 jours de congés non pris depuis 1998. Plus de deux années complètes de vacances accumulées. Le chiffre est vertigineux. Et la facture qui va avec l’est tout autant.
392 000 livres : le prix de 827 jours volés

La justice britannique a condamné Sabtina Ltd à verser 392 000 livres sterling d’indemnités de congés, soit l’équivalent de près de 450 000 euros au taux actuel. Chaque jour non pris a été converti en salaire dû. À cela s’ajoute une indemnité de 91 490 livres — plus de 100 000 euros — pour le licenciement abusif.
Total : environ 550 000 euros. Une somme considérable, mais qui ne représente finalement que le strict minimum légal. Pas de dommages et intérêts supplémentaires pour les 25 années de travail sans interruption, pas d’indemnisation pour l’impact sur sa santé ou sa vie personnelle. Certains commentateurs estiment d’ailleurs que l’entreprise s’en sort plutôt bien vu la gravité de la situation.
Car soyons honnêtes : 25 ans sans vacances, ça ne se rattrape pas avec un virement bancaire. Pas de souvenirs de plage, pas de road trips, pas de matinées à traîner en pyjama un mardi. Juste un registre Excel consciencieusement rempli, jour après jour, année après année.
Ce que cette affaire dit du monde du travail
L’histoire de Mossadek Ageli a de quoi interpeller bien au-delà du Royaume-Uni. En France, les débats sur les congés payés et le temps de travail n’ont jamais été aussi vifs. Entre les discussions sur la fin des 35 heures et les propositions de nouveaux jours fériés, le curseur entre productivité et repos reste un sujet brûlant.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la loyauté presque absurde du salarié. Il avait le pouvoir de se payer lui-même, il ne l’a pas fait. Il a fait confiance au système pendant 25 ans. Et c’est seulement quand ce même système l’a trahi — en le licenciant — qu’il a réclamé son dû.
Le tribunal lui a donné raison. Mais on peut se demander combien de salariés, en France ou ailleurs, accumulent des jours de congés sans jamais oser les poser, par peur de déplaire ou par sens du devoir. Selon le droit français, les congés non pris peuvent donner lieu à indemnisation, mais encore faut-il connaître ses droits — et oser les faire valoir.
Quant à Mossadek Ageli, après un quart de siècle passé à faire tourner une entreprise sans jamais décrocher, il va enfin pouvoir poser ses valises. Au sens propre, cette fois. Et avec 450 000 euros en poche, il a de quoi s’offrir une retraite bien méritée — même si aucune somme au monde ne peut vraiment compenser 25 étés volés.