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Mort de Nahel : la Cour de cassation rouvre la voie à un procès pour meurtre — ce que ça change pour le policier

Publié par Cassandre le 12 Juin 2026 à 12:16

Deux ans après le tir qui a coûté la vie à Nahel Merzouk à Nanterre, l’affaire vient de prendre un tournant majeur. La Cour de cassation a rendu son arrêt ce vendredi, et il rebat complètement les cartes. Le policier auteur du tir pourrait finalement être jugé pour meurtre, et non plus pour de simples violences.

Un arrêt qui fait voler en éclats la décision de Versailles

Salle de cour d'assises avec le banc des jurés vide

Rappel des faits. En juin 2023, un policier ouvre le feu lors d’un contrôle routier à Nanterre et tue Nahel Merzouk, 17 ans. L’affaire déclenche plusieurs nuits d’émeutes et de violences dans toute la France.

Rue de Nanterre avec un ruban de police au crépuscule

Au fil de l’instruction, la qualification pénale des faits a oscillé. Le policier avait d’abord été mis en examen pour homicide volontaire. Puis la cour d’appel de Versailles avait requalifié les faits en « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».

Une requalification qui avait fait bondir la famille de Nahel et ses soutiens. La différence entre les deux qualifications n’a rien d’anodin : elle conditionne la peine encourue, mais aussi — et surtout — le type de juridiction qui jugera l’affaire. Et c’est là que tout bascule.

« Il avait conscience du risque létal »

Dans son arrêt, la Cour de cassation casse la décision de Versailles. Les magistrats estiment que la qualification d’homicide volontaire peut être retenue contre le policier. Leur raisonnement tient en une phrase, et elle pèse lourd.

« En tirant avec une arme à feu, à une faible distance, dans l’habitacle de la voiture et alors qu’il avait très peu de visibilité, le policier avait nécessairement conscience qu’il existait un risque létal pour le conducteur. » C’est écrit noir sur blanc dans l’arrêt.

Salle d'audience de la Cour de cassation à Paris

En clair, la plus haute juridiction judiciaire française considère que le policier savait qu’il pouvait tuer en appuyant sur la détente. Trois éléments factuels sont retenus : la distance de tir très courte, le fait qu’il ait tiré dans l’habitacle du véhicule, et sa visibilité réduite au moment des faits.

L’affaire est renvoyée devant la chambre de l’instruction, qui devra se prononcer à nouveau sur la qualification retenue. Mais le signal envoyé par la Cour de cassation est on ne peut plus clair. Et les conséquences concrètes pour le policier pourraient être considérables.

Jury populaire contre juges professionnels : la bataille derrière la qualification

Derrière le débat juridique se cache un enjeu très concret. Le choix de la qualification — violences ou meurtre — détermine devant qui le policier sera jugé. Et les deux options n’ont strictement rien à voir.

Avec la qualification de « violences ayant entraîné la mort », le procès se tient devant une cour criminelle départementale. Cinq juges professionnels, pas de jury populaire. Un cadre maîtrisé, prévisible, où les magistrats de carrière tranchent seuls.

En revanche, si la qualification de meurtre est confirmée, c’est la cour d’assises qui entre en jeu. Et là, ce sont des jurés populaires — des citoyens tirés au sort — qui participent au verdict aux côtés des magistrats.

Paradoxalement, plusieurs observateurs juridiques estiment que ce rebondissement dans l’affaire n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour la défense du policier. Le raisonnement est contre-intuitif, mais il se tient.

Pourquoi la défense pourrait y trouver son compte

Pour obtenir une condamnation pour meurtre aux assises, l’accusation devra convaincre une majorité de jurés. Des citoyens ordinaires, pas des juges de métier. Et c’est là que l’équation se complique.

Convaincre des jurés populaires qu’un policier a commis un meurtre lors d’un refus d’obtempérer est un exercice bien plus difficile que de convaincre cinq juges professionnels de violences. Le contexte émotionnel, l’identification au métier de policier, la question du danger perçu : tout cela pèse davantage devant un jury.

Le précédent du policier qui avait tué George Floyd aux États-Unis avait montré à quel point ces procès polarisent l’opinion. En France, la question des violences policières divise profondément le débat public.

La mère de Nahel avait déjà fait réagir en déclarant « qu’au moins un policier prenne la peine de mort ». De l’autre côté, de nombreuses voix s’étaient élevées pour défendre le fonctionnaire, rappelant le contexte du refus d’obtempérer.

Ce qui va se passer maintenant

La chambre de l’instruction va donc réexaminer le dossier. Elle devra décider si elle retient finalement la qualification de meurtre, conformément à l’orientation donnée par la Cour de cassation. En théorie, elle pourrait résister, mais aller contre l’avis de la plus haute juridiction est extrêmement rare.

Le policier jugé pour le tir voit donc sa situation judiciaire s’aggraver sur le papier. La peine maximale encourue pour meurtre est la réclusion criminelle à perpétuité, contre 20 ans pour les violences mortelles.

Reste une inconnue de taille : le calendrier de l’affaire. Entre le réexamen par la chambre de l’instruction et un éventuel procès aux assises, plusieurs mois — voire plus d’un an — pourraient encore s’écouler.

Une chose est sûre : deux ans après les émeutes qui ont secoué la France, l’affaire Nahel est loin d’avoir livré son dernier chapitre. Et le verdict, quel qu’il soit, promet de faire trembler bien au-delà des murs du tribunal.

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