Viol d’une Franco-Pakistanaise devant ses enfants sur une autoroute : la peine capitale confirmée pour les deux agresseurs

En 2020, une Franco-Pakistanaise tombée en panne sur une autoroute du Pendjab était violée sous les yeux de ses deux enfants. Cinq ans plus tard, la justice vient de trancher une dernière fois. La peine de mort des deux agresseurs est confirmée en appel — et ce que révèle le dossier dépasse le fait divers.
9 septembre 2020 : la nuit où tout a basculé sur l’autoroute du Pendjab
Ce soir-là, une mère de famille conduit seule avec ses deux enfants sur une autoroute de la province du Pendjab, dans l’est du Pakistan. La voiture tombe en panne d’essence. Réflexe de prudence : elle verrouille toutes les portières et appelle les secours.
Deux hommes surgissent. Abid Malhi et Shafqat Hussain brisent une vitre du véhicule, arrachent la jeune femme à l’habitacle sous la menace d’une arme à feu. Ce qui suit est d’une brutalité rare : un viol en réunion, en bord de route, sous les yeux de deux enfants terrorisés.
Les agresseurs dérobent aussi de l’argent, des bijoux et des cartes bancaires avant de disparaître dans la nuit. L’affaire fait immédiatement la une au Pakistan, pays où les questions de sécurité sont déjà omniprésentes. Des manifestations éclatent dans tout le pays, réclamant des réformes et une meilleure protection des femmes.
Mais c’est la réaction d’un haut gradé de la police qui met le feu aux poudres. Umar Sheikh, chef de la police de Lahore, déclare à la presse que la victime n’aurait pas dû conduire seule la nuit, laissant entendre qu’elle est en partie responsable. Des propos qui déclenchent un tollé bien au-delà des frontières pakistanaises et rappellent certains signaux alarmants sur l’état du monde.
Moins de 3 % de condamnations : la justice pakistanaise face à ses propres démons
En mars 2021, un tribunal de Lahore reconnaît les deux accusés coupables de viol collectif, enlèvement, vol et actes de terrorisme. La sentence tombe : la mort. Mais les condamnés font appel, et le dossier s’enlise pendant des années.
Ce mercredi, deux juges de la cour d’appel ont finalement rejeté l’appel, confirmant la peine capitale. Une issue exceptionnelle dans un pays où, selon l’organisation War Against Rape basée à Karachi, moins de 3 % des affaires de viol aboutissent à une condamnation. Trois pour cent. On laisse le chiffre faire son chemin.
Le Pakistan vit largement sous un code patriarcal dit d’« honneur » qui limite les droits des femmes dans tous les domaines — choix du conjoint, accès au travail, liberté de déplacement. Chaque année, environ un millier de femmes y sont assassinées au nom de cet « honneur ». Si les agressions sexuelles visant des Pakistanaises restent tristement fréquentes, ce type de crime contre une ressortissante étrangère demeure en revanche rare.
À lire aussi
C’est précisément cette dimension internationale — une victime franco-pakistanaise — qui a forcé le pays à agir. En décembre 2021, les autorités adoptent une nouvelle loi créant des juridictions spécialisées pour accélérer les procédures et mettent en place un registre national des délinquants sexuels.

Une peine confirmée, mais le Pakistan est-il vraiment en train de changer ?
La confirmation de cette condamnation à mort est un signal fort, et certaines réformes semblent aller dans le bon sens. Mais il faut garder la tête froide. Un registre des délinquants sexuels et des tribunaux spécialisés ne changent pas une culture en quelques années.
Les mots du chef de la police de Lahore après l’agression résonnent encore. « Personne au Pakistan ne permettrait à ses filles et à ses sœurs de voyager seules si tard », avait-il déclaré, avant d’ajouter que la victime « a cru que notre société était aussi sûre qu’en France ». Des propos qui résument à eux seuls l’ampleur du problème.
La victime, dont l’identité reste protégée, vivait entre la France et le Pakistan. Son mari résidait en France au moment des faits. Elle n’a jamais fait de déclaration publique, mais son calvaire a provoqué une onde de choc qui a traversé les continents.
La loi de décembre 2021 n’a pas encore produit de résultats statistiques visibles. Les associations locales estiment que l’immense majorité des viols ne sont toujours pas signalés, et que le taux de condamnation reste dérisoire. Tant que le code d’« honneur » continuera de structurer la société, les textes de loi resteront un pansement sur une fracture ouverte.
Deux hommes condamnés à mort, une loi votée, un registre créé. Sur le papier, la justice est passée. Mais quand 97 % des violeurs échappent encore à toute condamnation dans un pays de 230 millions d’habitants, on est en droit de se demander : cette affaire a-t-elle vraiment changé quelque chose, ou simplement fait la une le temps d’un procès ?