1er mai : le gouvernement veut autoriser les salariés à travailler ce jour férié
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou vient de se déclarer « favorable » à la proposition de loi portée par Gabriel Attal. Objectif : permettre aux salariés volontaires de bosser le 1er mai, seul jour obligatoirement chômé en France. Derrière la vitrine des boulangers et des fleuristes, le texte va bien plus loin — et les syndicats sont furieux.
Un « trou dans la raquette » que le gouvernement veut combler

Ce mardi, sur CNews, Jean-Pierre Farandou a mis les pieds dans le plat. « Notre Code du travail a un petit trou dans la raquette », a lancé le ministre. Car aujourd’hui, la situation est paradoxale : un boulanger ou un fleuriste peut parfaitement ouvrir sa boutique le 1er mai… à condition de tenir la caisse tout seul.
Impossible de faire venir un salarié. Même s’il est d’accord. Même s’il préfère travailler ce jour-là plutôt qu’un autre. Le 1er mai reste le seul jour de l’année où le repos est imposé par la loi, sans exception pour ces commerces. C’est précisément ce verrouillage que la proposition de loi veut faire sauter.
Gabriel Attal porte le texte : ce que dit vraiment la proposition de loi
La proposition de loi, issue des Républicains et reprise par l’ancien Premier ministre, sera examinée ce vendredi 10 avril à l’Assemblée nationale. Sur le papier, les garde-fous sont clairs. Seuls les salariés volontaires pourront travailler, et uniquement après avoir donné leur accord par écrit à leur employeur.
Autre garantie : un salarié qui refuse de venir le 1er mai ne pourra faire l’objet d’aucune mesure discriminatoire. Pas de sanction, pas de licenciement, pas de remarque dans le dossier. Le texte le stipule noir sur blanc. En théorie, donc, c’est du pur volontariat.
Mais le diable se cache dans les détails. Car Gabriel Attal ne parle que des boulangers et des fleuristes quand il défend son texte. En réalité, le périmètre est nettement plus large. Sont aussi concernés les établissements vendant des produits alimentaires au détail, ceux qui fabriquent ou préparent de la nourriture destinée à la consommation immédiate, et les établissements exerçant une activité culturelle à titre principal.
Bien au-delà de la baguette : cinémas, boucheries, supérettes

Concrètement, si le texte est voté en l’état, le 1er mai pourrait ressembler à un dimanche comme les autres. Après avoir acheté votre baguette, vous pourriez aussi passer à la boucherie, faire un saut à la poissonnerie, puis finir la journée au cinéma. Les droits des salariés seraient préservés selon le texte, mais l’éventail des commerces ouverts serait considérablement élargi.
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Et c’est exactement là que le bât blesse pour les opposants. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, n’a pas mâché ses mots sur X. Elle dénonce « plus d’1,4 million de salariés concernés » et décrit Gabriel Attal comme « Pinocchio sans le nez ». Son analyse est tranchante : « Grande distribution, chaînes, groupes… En gros, c’est un cadeau pour Interflora, Carrefour et la Fnac : voilà la réalité. »
Tous les syndicats unis contre le texte : du jamais-vu
Le fait est suffisamment rare pour être souligné. Dans un communiqué commun publié début janvier, huit organisations syndicales — CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa, Solidaires et FSU — ont appelé d’une seule voix l’Assemblée nationale à rejeter le texte. Même les syndicats qui s’entendent rarement se sont retrouvés sur cette ligne. Sophie Binet insiste : « Tous les syndicats français ET européens s’y opposent. »
Leur argument central est historique et symbolique. Le 1er mai commémore les luttes ouvrières pour les droits des travailleurs, depuis les manifestations qui ont marqué la fin du XIXe siècle. Les syndicats rappellent notamment la fusillade de Fourmies, le 1er mai 1891, où des travailleurs ont été abattus en France. « Remettre en cause le principe de cette journée, c’est remettre en cause plus de 100 ans d’histoire de lutte sociale », écrivent-ils.
Pour les organisations syndicales, derrière l’argument de la liberté du petit commerçant se cache une mécanique bien différente. Si la loi passe, les grandes enseignes pourront ouvrir le 1er mai avec du personnel. Et dans un contexte où les conditions de travail sont déjà un sujet brûlant, le volontariat pourrait vite devenir une pression implicite.
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Le ministre joue l’équilibriste entre symbole et pragmatisme

Jean-Pierre Farandou, visiblement conscient de marcher sur des œufs, a tenté de ménager les deux camps. « Le 1er mai, c’est un symbole », a-t-il concédé sur CNews. « En tant que ministre du Travail, je suis très attaché au symbole de la Fête du Travail. » Avant d’enchaîner sur l’aspect pratique : les boulangers et fleuristes ouvrent déjà le 1er mai, cette loi ne ferait que « régulariser la situation ».
Le ministre a aussi tenu à rappeler l’importance « d’avoir un jour dans l’année où on célèbre le travail et les avancées sociales permises par les organisations syndicales ». Une façon de tendre la main aux opposants tout en soutenant le texte. Un exercice d’équilibrisme que ses détracteurs jugent peu crédible. Car dire qu’on respecte le symbole tout en vidant le jour de sa substance, c’est un numéro que même les meilleurs funambules auraient du mal à tenir.
Vendredi, l’Assemblée tranchera
Le vote de vendredi s’annonce serré. D’un côté, la majorité présidentielle et les Républicains semblent alignés derrière le texte. De l’autre, la gauche et l’ensemble du monde syndical font bloc. Le sujet dépasse largement la question de la baguette du 1er mai — il touche à la conception même du rapport au travail en France.
Si la proposition de loi est adoptée, elle s’ajouterait à une série de mesures récentes qui redessinent les contours du droit du travail français. Entre les débats sur les retraites, les discussions sur le budget 2026 et les tensions autour des arrêts de travail, le monde du travail est en pleine zone de turbulences.
Une chose est sûre : que vous soyez pour ou contre, le 1er mai 2026 ne ressemblera peut-être plus tout à fait à ceux que vous avez connus. Reste à savoir si le muguet aura le même goût quand il sera vendu par un salarié qu’on a « gentiment invité » à venir bosser.