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Vendue 1 €, cette PME de Bergame aurait payé 173 000 € de Ferrari Roma avant de couler

Publié par Cassandre le 05 Oct 2026 à 15:30
Coupé sportif rouge seul dans un garage sombre

Une entreprise vendue pour 1 euro symbolique, censée repartir de zéro. Quelques mois plus tard, la production s’arrête, les salariés défilent devant l’usine et un trou d’environ 10 millions d’euros apparaît. Au cœur du dossier d’instruction italien : deux Ferrari Roma, un duo installé à Dubaï et une saisie de 5,6 millions d’euros.

Ankorig, la PME de Bergame vendue 1 € pour un « nouveau départ »

À Bagnatica, près de Bergame, Ankorig fabriquait des constructions métalliques. Une PME classique, environ 40 salariés, des commandes et une trésorerie suivie de près. Rien d’un grand groupe, rien d’un scandale en puissance.

En 2019, Leonardo Passaghe succède à Valerio Zanaglio à la direction. Puis, le 25 mai 2022, 94,115 % du capital passent à la société C Capital. Prix de la transaction : 1 euro.

Sur le papier, le montage n’a rien d’exotique. Il repose sur un mécanisme d’« earn-out », présenté comme habituel : on fait grandir l’entreprise, et l’ancien propriétaire touche 25 % du gain à la prochaine vente, si elle vaut plus cher. Pour les salariés, la reprise ressemble à un second souffle.

Le rapport compliqué des Italiens avec la Ferrari n’a pourtant jamais semblé aussi éloigné d’une usine de métallurgie. Et c’est justement là que l’histoire déraille.

Selon le curateur Sergio Almici et la police financière, dirigée par le lieutenant-colonel Michele Brunetti, les difficultés commencent quelques jours seulement après l’arrivée de C Capital. En novembre 2023, les ouvriers manifestent devant l’usine contre des licenciements et des salaires impayés. Ils ne savent pas encore ce que les enquêteurs vont trouver.

Alors, où est passé l’argent d’une entreprise qui tournait encore trois mois plus tôt ?

1,118 million d’euros sortis des comptes, et deux Ferrari au bout du chemin

Selon l’ordonnance d’instruction, plus de 1,118 million d’euros auraient été soustraits à Ankorig entre 2022 et 2023. À des fins sans rapport avec la fabrication de structures métalliques. Le chiffre donne le vertige, mais le détail est plus parlant encore.

Dans le même temps, la société est vidée de sa substance industrielle. La halle louée est libérée, les machines sont démontées, la trésorerie tombe à zéro et le carnet de commandes fond. Résultat : un trou d’environ 10 millions d’euros.

Une partie des sommes versées à C Capital était justifiée comme des honoraires de conseil pour la restructuration. Or, toujours selon l’ordonnance, aucun dossier détaillant ces prestations n’a été retrouvé. La juge note aussi que le cabinet milanais chargé du business plan avait été payé moins que ce qu’Ankorig avait versé.

Pendant ce temps, une affaire de plus d’un million d’euros qui s’évapore rappelle qu’un système peut tenir des années avant qu’on s’aperçoive du vide. Ici, le vide a fini par se voir.

Reste la pièce la plus spectaculaire du puzzle. Près de 173 000 € auraient servi à louer deux Ferrari Roma, facturées environ 7 000 € par mois chacune, selon le dossier. Elles auraient été utilisées par Antonio Fortuna et Andrea Rozzi, tous deux résidents à Dubaï. Les voitures ont ensuite été retrouvées dans des garages à Milan et à Côme, appartenant aux deux intéressés.

Mais qui sont ces deux hommes, qui n’apparaissent officiellement nulle part ?

Ouvriers devant une usine métallurgique aux grilles fermées

Deux hommes à Dubaï, un directeur « menacé » et une accusation d’autoblanchiment

Dans l’histoire d’argent placé loin des regards, les apparences comptent. Sur le papier, Antonio Fortuna et Andrea Rozzi ne sont associés ni dans Ankorig ni dans C Capital. Pourtant, le dossier les considère comme des administrateurs de fait des deux sociétés.

Leonardo Passaghe, lui, apparaît comme le bras opérationnel. Il recevait aussi des instructions depuis Dubaï, selon l’ordonnance. Il avait pourtant remis sa démission en constatant des flux anormaux : des paiements d’Ankorig vers C Capital étaient redirigés vers des comptes liés à Fortuna et Rozzi.

Il est finalement revenu sur sa décision, parce qu’il s’était senti « menacé ». D’après le dossier, les deux hommes lui auraient indiqué que l’un avait été en prison et que l’autre était impliqué dans une procédure liée à la criminalité organisée. Ces éléments sont ceux de l’ordonnance, rapportés par la presse.

Côté accusations, les sorties de 945 882 € entrent dans le champ d’un retard frauduleux à la déclaration d’insolvabilité, pour les trois hommes. Le transfert de cette somme vers des comptes privés vaut à Fortuna et Rozzi une incrimination distincte d’« autoblanchiment ».

S’y ajoute un détournement présumé de 2,2 millions d’euros de fonds publics, issus de prêts garantis par l’État et destinés à l’entreprise STF Loterios. Ces crédits auraient été réorientés vers C Capital, puis auraient servi en 2025 à acheter des parts d’une société en difficulté, Tcmi Officine.

Et ce schéma, la juge pense l’avoir retrouvé ailleurs.

Cinq sociétés, un schéma : ce que la justice italienne a décidé

Sur demande de la procureure Chiara Monzio Compagnoni, la juge Laura Garufi a ordonné une saisie de 5,6 millions d’euros. Elle vise Fortuna et Rozzi, sous forme d’avoirs, de biens et de participations. Elle a aussi fait saisir 100 % des parts d’Ibisco Investments Italia et de C Capital.

Le même schéma aurait été appliqué à quatre autres sociétés, dont STF Loterios. Dans ce dossier, un contrat de conseil prévoyait le versement de 1,45 million d’euros à Ibisco Management Limited, basée à Dubaï et rattachée à Andrea Rozzi. L’administrateur légal avait refusé ce paiement.

La magistrate résume l’affaire sans détour, selon des propos cités par Merkur. L’entrée de C Capital, présentée comme un nouveau départ, « s’est transformée en une opération inverse », « orientée vers la dévalorisation progressive des derniers actifs d’une entreprise en difficulté ».

Et pour garder un peu d’équilibre, la défense existe. Les deux hommes ont formé un recours devant le tribunal de révision avec leur avocat milanais, Nicolò Pelanda, et aucune détention n’a été ordonnée à ce stade, faute de risque jugé actuel de récidive. Ils restent présumés innocents.

Quant à la question que tout le monde se pose, la réponse est dans le dossier : les Ferrari Roma, louées près de 173 000 € et retrouvées dans des garages appartenant aux deux hommes, seraient la face visible d’un système bien plus large.

Ce qui reste à jouer pour les salariés et les accusés

Pour les salariés d’Ankorig, le choc est déjà passé : arrêt de la production, puis procédure de liquidation ouverte peu après. La juge a nommé un administrateur judiciaire pour tenter de préserver les emplois, mais le chemin s’annonce long.

Côté justice, l’audience devant le tribunal de révision doit encore être fixée. L’avocat de Fortuna et Rozzi laisse sa stratégie ouverte pour l’instant. Autrement dit, la version complète de la défense reste à découvrir.

Ce type d’enquête sur des entreprises vidées de l’intérieur n’est pas isolé en Italie, où la justice s’attaque régulièrement à des affaires de grande ampleur, comme celle où 70 joueurs de Serie A sont cités à Milan. Ici, le fil rouge est financier, et il passe par Dubaï.

À surveiller aussi : la suite des saisies, et le sort des quatre autres sociétés visées par le même schéma présumé. Chaque nouvelle ordonnance peut changer le tableau. Quand une justice nationale tranche enfin, comme dans le dossier Dieselgate outre-Manche, les années d’enquête se résument parfois en une décision.

Reste une certitude : sur les 173 000 € de Ferrari, il n’existe pour l’instant aucune décision de culpabilité.

Un euro pour une usine, des Ferrari pour des hommes absents du capital : l’histoire d’Ankorig ressemble à un polar, sauf que les salariés, eux, n’ont pas le droit d’en rire.

Si les chiffres vous fascinent, ce que vaut vraiment une bouteille de champagne une fois le raisin déduit va vous faire regarder vos étiquettes autrement. Et si vous cherchez l’inverse d’un montage douteux, la condition cachée derrière ces mini-maisons à moins d’1 euro par mois mérite un coup d’œil.

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