Pendant des années, il touchait son salaire d’infirmier… mais les patients ne le voyaient jamais
Il était censé soigner des patients. En réalité, il gérait autre chose

Pendant des années, un infirmier à domicile toscan s’est présenté au travail… sans jamais vraiment s’y rendre.
Officiellement en service auprès de l’Agence régionale de santé du Nord-Ouest de la Toscane, cet homme était supposé prodiguer des soins à domicile à des patients vulnérables de la région de Massa.
Ce qu’il faisait réellement de ses heures de travail, c’est une autre histoire.
Ce que les gendarmes ont découvert un matin
Tout s’est effondré le jour où les forces de l’ordre l’ont contrôlé alors qu’il était officiellement en service.
Il n’était pas au chevet d’un patient. Il n’était pas en route pour une visite à domicile. Il se trouvait dans un supermarché — dont il était lui-même copropriétaire.
Selon le média italien Corriere Fiorentino, ce n’était pas un écart isolé : il avait transformé cette pratique en routine, consacrant ses heures de travail rémunérées à gérer son commerce personnel.
Arrêté en 2015, jugé en 2024 : une procédure qui a duré dix ans

L’arrestation remonte à 2015. L’infirmier, aujourd’hui âgé de 68 ans, est alors mis en cause pour fraude et détournement de fonds publics.
La procédure judiciaire a suivi son cours pendant près d’une décennie.
En mai 2024, le tribunal de Massa a entériné une condamnation à 18 mois de prison, confirmée ensuite par la Cour suprême italienne. Une peine qui sanctionne des absences répétées et délibérées durant ses heures de service officielles.
70 000 euros de dommages et intérêts : le double préjudice chiffré
La condamnation pénale ne suffit pas. La justice italienne vient d’aller plus loin, en obligeant l’homme à rembourser près de 70 000 euros à l’Agence régionale de santé.
Ce chiffre recouvre deux réalités distinctes et cumulées.
D’un côté, un salaire versé pendant des années pour des soins qui n’ont jamais été dispensés. De l’autre, les surcoûts engendrés par les collègues mobilisés en urgence pour assurer les visites que l’infirmier aurait dû effectuer lui-même.
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Pendant ce temps, des patients et leurs proches payaient — via leurs cotisations et impôts — un service public dont ils ne bénéficiaient pas réellement.
Une fraude qui rappelle d’autres scandales bien connus

Ce type d’affaire n’est pas sans rappeler certains dossiers français qui ont défrayé la chronique ces dernières années.
En France, la lutte contre les abus liés aux prestations sociales et professionnelles s’est considérablement durcie. L’Assurance maladie a notamment mis en place un système renforcé pour détecter les arrêts de travail falsifiés, un phénomène qui coûte chaque année des millions à la collectivité.
Plus récemment, un ambulancier français avait réussi à escroquer la Sécurité sociale de 600 000 euros sur plusieurs années avant d’être démasqué — une fraude d’ampleur comparable dans son principe.
Des patients sans soins, des collègues sous pression
Derrière les chiffres, il y a des visages.
Les patients de Massa qui attendaient leur infirmier ne savaient pas qu’il était ailleurs. Certains d’entre eux, dépendants ou en situation de fragilité, ont dû être pris en charge dans l’urgence par d’autres professionnels surchargés.
Les collègues de l’infirmier, eux, ont absorbé une charge de travail supplémentaire sans en avoir été informés ni compensés. C’est précisément ce surcoût humain et financier que la justice a voulu chiffrer et rembourser.
Un ophtalmologiste, un infirmier : quand le serment de soigner devient fiction

Le cas toscan n’est pas isolé dans le paysage médical européen.
En France, un ophtalmologiste parisien a récemment été suspendu pour avoir signé des ordonnances sans jamais voir ses patients. Même logique : encaisser une rémunération pour un acte médical qui n’a jamais eu lieu.
Ces affaires soulèvent une question de fond sur les mécanismes de contrôle dans les systèmes de santé publique, où la confiance accordée aux professionnels peut, dans certains cas, être exploitée sans être détectée pendant des années.
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Pourquoi la justice a mis dix ans à trancher
La longueur de la procédure étonne. Dix ans entre l’arrestation et la condamnation civile définitive.
En Italie comme en France, les dossiers de fraude professionnelle dans la fonction publique impliquent souvent des délais importants : accumulation des preuves, recours successifs, appels devant plusieurs juridictions.
Dans ce cas précis, la Cour suprême italienne a dû confirmer la condamnation pénale avant que le tribunal civil de Massa ne puisse statuer sur les dommages et intérêts. Un processus long, mais qui a abouti à un verdict sans ambiguïté.
Ce que cela change pour les contrôles à venir

Cette condamnation à 70 000 euros envoie un signal clair aux agences régionales de santé italiennes : les absences non justifiées peuvent désormais être poursuivies sur le plan civil, au-delà des seules sanctions pénales.
En France, la tendance est similaire. Le gouvernement a récemment durci les règles autour des arrêts de travail, limitant leur durée et renforçant les contrôles sur les professionnels de santé prescripteurs.
Et pour ceux qui seraient tentés de dénoncer des situations similaires, il existe en France des dispositifs légaux qui permettent de le faire — et parfois d’en tirer un bénéfice financier direct.
68 ans, retraité, et 70 000 euros à rembourser
Aujourd’hui, l’ancien infirmier a 68 ans. Il est vraisemblablement à la retraite — une retraite qui s’annonce moins paisible que prévu.
Soixante-dix mille euros de dommages et intérêts, une condamnation pénale définitive à 18 mois de prison, et une réputation détruite dans le milieu médical toscan.
Le supermarché, lui, continue probablement de tourner.
- 20/03/2026 à 12:28Et dire qu'il est tellement plus simple de légiférer comme pour autres choses.C'est certainement volontairement que les élus certains sujets de peur d'être eux-mêmes pris dans la tourmente.
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