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Il signait des ordonnances sans jamais voir ses patients : cet ophtalmologiste vient d’être suspendu

Publié par Cassandre le 16 Mar 2026 à 16:41

Des milliers d’ordonnances de correction visuelle signées sans avoir examiné un seul patient. Un ophtalmologiste parisien vient d’être sanctionné par l’Ordre des médecins pour une pratique que beaucoup d’assurés ignoraient totalement. Ce que la chambre disciplinaire a révélé dans sa décision soulève des questions bien au-delà d’un simple cas individuel.

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Des ordonnances délivrées à la chaîne, sans jamais voir les patients

Il signait des ordonnances sans jamais voir ses patients : cet ophtalmologiste vient d'être suspendu

La scène peut sembler surréaliste : un médecin ophtalmologiste signe des centaines, voire des milliers d’ordonnances de correction visuelle sans avoir examiné lui-même les patients concernés. C’est pourtant ce que la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins d’Île-de-France vient de confirmer dans une décision qui fait grand bruit dans le milieu médical.

Le docteur G., ophtalmologiste exerçant à Paris, a été condamné à une suspension d’exercice de six mois, dont trois fermes et trois avec sursis. Le motif est sans ambiguïté : avoir systématiquement délivré des prescriptions optiques sans procéder lui-même aux examens nécessaires.

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Le fonctionnement était rodé. Les patients se rendaient non pas chez leur médecin, mais directement chez des opticiens partenaires. Ce sont ces opticiens qui effectuaient les mesures et les contrôles visuels, avant de transmettre les données au médecin via une plateforme numérique. Quelques heures plus tard, l’ordonnance arrivait. Pratique, rapide, mais profondément contraire aux règles déontologiques de la médecine.

La plateforme au cœur du système : Sym Lab Group

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Le rouage central de ce dispositif s’appelle Sym Lab Group. Cette plateforme internet, destinée aux professionnels de l’optique, se présentait comme un outil de mise en relation entre opticiens et médecins ophtalmologistes. Sur son site, elle affichait des chiffres impressionnants : « plus de 2 500 opticiens utilisateurs », « 15 médecins ophtalmologues partenaires » et « plus de 100 000 patients déjà accompagnés grâce à la télé-expertise ».

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La promesse commerciale était claire : obtenir un « avis médical » pour les clients d’un opticien « en moins de 24 heures ». Une formule séduisante dans un contexte où les délais pour obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste atteignent parfois plusieurs mois en France.

Mais depuis le 13 octobre 2025, Sym Lab Group est en redressement judiciaire. Une fin de parcours qui coïncide avec la mise en lumière de pratiques jugées incompatibles avec le droit médical français.

Ce type de dérive n’est pas sans rappeler d’autres affaires récentes liées à l’usage frauduleux de plateformes médicales. Doctolib elle-même a été ciblée par des arnaques sophistiquées visant des milliers de patients français, illustrant à quel point les outils numériques de santé sont devenus des cibles ou des vecteurs de dérives.

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Pourquoi l’Ordre des médecins a tranché : ni téléconsultation, ni télé-expertise

Dans sa décision, la chambre disciplinaire est particulièrement précise sur les raisons de la condamnation. Elle estime que « le processus mis en place par la plateforme ne paraît pas de nature à assurer l’élaboration d’un diagnostic consciencieux ».

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Plus encore, l’Ordre établit clairement que ce dispositif ne correspond à aucun cadre légal existant :

  • Pas une télé-expertise : dans ce cadre réglementé, un professionnel de santé sollicite l’avis d’un médecin. Or ici, c’est un opticien — non médecin — qui transmet les données.
  • Pas une téléconsultation : la téléconsultation implique que le médecin « voie » le patient, ce qui n’était absolument pas le cas.

Le dispositif utilisé par le docteur G. ne s’inscrit donc dans aucune des catégories reconnues par la loi française encadrant la télémédecine. Il s’agissait d’une pratique hybride, inventée pour contourner les contraintes réglementaires, sans en respecter les garde-fous.

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Le « compérage » : une faute grave méconnue du grand public

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Au-delà de la question de la qualité des soins, l’Ordre des médecins a relevé une deuxième faute, moins connue du public mais tout aussi grave sur le plan déontologique : le compérage.

Le code de la santé publique interdit formellement toute entente entre un médecin et un autre professionnel de santé lorsqu’elle vise à générer mutuellement des actes ou des ventes. En délivrant ces ordonnances, le docteur G. « particip[ait] de façon déterminante au développement » des ventes des opticiens clients de la plateforme, selon les termes mêmes de la chambre disciplinaire.

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Autrement dit : les opticiens envoyaient des données, le médecin signait, et les opticiens vendaient leurs verres correcteurs. Un circuit économique fermé, dans lequel la prescription médicale n’était plus un acte de soin mais un outil commercial.

Ce type d’intrication entre médecine et intérêts commerciaux rappelle d’autres débats en cours sur la frontière entre soins et business. La question du tarif des consultations médicales, qui pourrait bientôt franchir le seuil des 100 euros, cristallise elle aussi des tensions profondes sur la place de l’argent dans la relation de soin.

La réaction du syndicat des ophtalmologistes : « sanction exemplaire »

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Du côté du Syndicat national des ophtalmologistes français (Snof), la décision a été accueillie avec satisfaction. Sur LinkedIn, son président Vincent Dedes a qualifié la sanction d’« exemplaire » et rappelé un principe fondamental : « La télémédecine doit rester de la médecine et respecter le code de déontologie. »

Cette prise de position est importante. Elle signale que la profession elle-même surveille les dérives liées à la numérisation des soins. Car si les plateformes de santé numériques représentent une opportunité réelle pour désengorger un système sous tension, elles peuvent aussi devenir des outils de contournement des règles lorsqu’elles sont mal encadrées — ou délibérément mal utilisées.

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Ce que cela change concrètement pour les patients

Pour les 100 000 patients qui ont obtenu une ordonnance via Sym Lab Group, la question est légitime : leurs prescriptions étaient-elles fiables ? Leurs verres correcteurs bien adaptés à leur vue réelle ?

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Le problème soulevé par l’Ordre des médecins n’est pas anodin. Un examen ophtalmologique complet ne se limite pas à mesurer la correction visuelle. Il permet aussi de détecter des pathologies oculaires — glaucome, décollement de rétine naissant, DMLA précoce — qui nécessitent une prise en charge rapide. Des pathologies qu’un opticien, aussi compétent soit-il dans son domaine, n’est pas habilité à diagnostiquer.

En contournant l’examen médical, le système mis en place par la plateforme exposait potentiellement des milliers de patients à un risque de non-détection de maladies oculaires graves.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de surveillance renforcée des professionnels de santé. L’Assurance maladie intensifie ses contrôles à distance sur les arrêts de travail, et peut désormais procéder à des vérifications en visioconférence, signe que la régulation numérique du système de santé devient une réalité.

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La télémédecine n’est pas en cause — son détournement l’est

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Il serait réducteur de voir dans cette affaire une condamnation de la télémédecine en général. Depuis sa légalisation progressive en France, la téléconsultation a permis à de nombreux patients — notamment en zones sous-dotées en médecins — d’accéder à des soins qu’ils auraient autrement attendus des mois.

Ce que cette affaire sanctionne, c’est le détournement d’un outil légitime à des fins qui ne le sont pas. Utiliser l’habillage de la « télé-expertise » pour faire signer un médecin en bout de chaîne sans qu’il ait jamais vu, ni échangé avec le patient, constitue une fraude déontologique — quelle que soit la technologie utilisée.

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La chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins d’Île-de-France l’a dit clairement : il ne suffit pas qu’un acte soit numérique pour qu’il soit médical. La qualité du soin, elle, ne se dématérialise pas.

Dans un système de santé déjà fragilisé — avec des débats récurrents sur le financement de la Sécurité sociale et la réduction des remboursements — laisser se développer des pratiques qui contournent l’examen médical réel représenterait une menace supplémentaire pour les patients les plus vulnérables.

Ce que vous devez vérifier si vous avez utilisé une plateforme similaire

Si vous avez obtenu une ordonnance de correction visuelle via une plateforme internet sans avoir rencontré physiquement — ou en vidéo — un médecin ophtalmologiste, voici ce que les experts recommandent :

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  • Consultez un ophtalmologiste en cabinet pour une vérification complète de votre vue, au-delà de la simple correction dioptrique.
  • Signalez le cas à votre caisse d’Assurance maladie si vous pensez avoir été victime d’une pratique irrégulière. Attention aux courriers frauduleux qui usurpent l’identité de l’Assurance Maladie — vérifiez toujours l’origine des communications officielles.
  • Vérifiez la légitimité des plateformes de santé que vous utilisez : une vraie téléconsultation implique toujours que le médecin vous voit et vous parle en direct.

La suspension du docteur G. marque peut-être un tournant. Mais avec « 15 médecins ophtalmologues partenaires » revendiqués par Sym Lab Group avant sa mise en redressement judiciaire, la question reste ouverte : combien d’autres dossiers similaires sont-ils en attente d’examen par les chambres disciplinaires régionales ?

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