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Un photographe sous-marin prépare pendant deux ans une plongée dans le lac de Vouglans : à 80 m, il entre dans une chartreuse de 1139 noyée en 1968

Publié par Cassandre Jolivet le 02 Nov 2026 à 11:11
Ruines de monastère immergées avec plongeur à contre-jour

Vous avez peut-être nagé au-dessus sans le savoir. Au fond du lac de Vouglans, dans le Jura, un monastère du XIIe siècle repose sous plus de 45 m d’eau depuis la fin des années 1960. En juin 2023, des plongeurs ont poussé ses portes. Ce qu’ils auraient vu dans la cuisine, et ce qu’ils disent des murs, mérite qu’on descende avec eux.

Un barrage de 103 m, 600 millions de m³ d’eau et un monastère jamais remonté

Le barrage-voûte de Vouglans barre l’Ain entre les communes de Cernon et de Lect. Construit entre 1964 et 1969, il a été mis en service en 1968, d’après EDF.

Il mesure 103 m de haut et 427 m de large en crête, pour environ 545 000 m³ de béton. C’est plus que la flèche de Notre-Dame de Paris, qui culmine à 96 m.

L’ouvrage retient 600 millions de m³ d’eau, soit environ 240 000 piscines olympiques. Le lac s’étire sur 35 km et couvre 1 600 ha, la surface de plus de 2 000 terrains de football. C’est le troisième lac artificiel de France.

Le remplissage a occupé les années 1968 et 1969. Plusieurs hameaux ont disparu sous l’eau, et avec eux un monastère de la commune d’Onoz, en rive droite de l’Ain. Aujourd’hui, en surface, rien ne trahit ce qui s’est joué sous la ligne de flottaison.

Et ce n’était pas une simple ferme oubliée. Selon les références patrimoniales, le lieu était inscrit aux monuments historiques depuis 1927. Quarante et un ans plus tard, il passait sous l’eau.

Vouglans n’est pas le seul lac à garder un tel secret : un autre lac turquoise de Savoie cache lui aussi un village englouti sous 130 mètres d’eau. Mais ici, ce qui dort au fond a près de neuf siècles d’histoire. Et tout commence par un nom.

Vallis Clausa, la « vallée fermée » qui allait se refermer pour de bon

Le nom de la chartreuse de Vaucluse vient du latin Vallis Clausa. Elle aurait été fondée en 1139 par des moines chartreux, qui cherchaient une retraite contemplative dans la vallée de l’Ain.

Les troupes de Louis XI en auraient détruit une bonne partie, avant une reconstruction au XVIIIe siècle. La Révolution l’a ensuite pillée, puis le lieu est devenu une ferme.

Tout n’a pourtant pas été englouti. Le portail et les pavillons d’entrée, du XVIIIe siècle, auraient été sauvés avant la mise en eau, puis remontés pierre à pierre sur la terre ferme, en amont du village d’Onoz.

Des vestiges reconstruits sont aussi visibles près du hameau de Chavia. Le cœur du monastère, lui, est resté au fond, avec ses terrasses, ses salles souterraines et les ruines de son église.

Restait à savoir dans quel état. Il fallait pour cela une expédition aussi minutieuse que celle de l’armée française, qui a fait une découverte à 2 550 mètres de profondeur.

Le photographe sous-marin André Reumaux a mis deux ans à préparer la sienne. Lui et son équipe sont descendus les 3 et 4 juin 2023, jusqu’à 80 m.

Il situe la chartreuse entre 50 et 90 m sous la surface et décrit, selon France 3 Régions, une cinquantaine de pièces réparties sur trois niveaux. L’équipe est entrée par un ancien escalier. Dans ce qui fut la cuisine, un piano de cuisson encore intact les attendait.

Sa phrase au retour : « Tout est intact, c’est un émerveillement. »

Ancien piano de cuisson intact dans une cuisine engloutie

« Debout », vraiment ? Ce que les images prouvent, et ce qu’elles taisent

Comme ce pêcheur qui croyait voir un rocher et tombait sur une épave romaine, le plongeur raconte ce qu’il a vu, pas ce qu’un expert a mesuré. Le témoignage d’André Reumaux n’est pas un rapport d’expertise, mais les images rapportées montrent des murs encore en place.

Le mot « debout » se comprend donc au sens des maçonneries : le photographe affirme que la pierre n’a pas bougé. Personne n’a pour autant recensé l’état de chaque mur.

Autre précision utile : certaines parties du monastère se trouvent bien moins profond que 80 m. Cette cote correspond à ses parties les plus basses, pas à l’ensemble. Le portrait est donc saisissant, mais partiel.

Une telle plongée ne s’improvise pas. Certains membres de l’équipe utilisaient des recycleurs, ces appareils qui offrent plus d’autonomie et ne rejettent pas de bulles dans l’eau.

La descente a été progressive, avec une exploration commencée dès 50 m. Le photographe a réalisé trois plongées de 20 minutes, un temps très court au regard de deux ans de préparation.

Voilà la réponse : oui, la chartreuse de Vaucluse dort toujours sous le lac de Vouglans, avec des murs qui n’auraient pas bougé et une cuisine où le piano a survécu. Mais personne ne devrait y voir une destination. Pourquoi ? C’est là que l’histoire change de ton.

Pourquoi la chartreuse reste réservée aux plongeurs confirmés

Le site n’a rien d’une promenade. Un plongeur de 46 ans est mort le 6 avril 2026, victime d’un malaise sur le site de l’ancienne chartreuse.

À Vouglans, la plongée se pratique par l’intermédiaire d’un club local ou avec un professionnel, et les vestiges sont réservés aux plongeurs confirmés. Rien ne permet d’affirmer que l’expédition de 2023 reposait sur une autorisation particulière : mieux vaut ne pas imaginer l’endroit en libre accès.

Les épaves et les ruines immergées ne pardonnent pas l’improvisation. À Porquerolles, un plongeur de 55 ans a disparu en visitant une épave coulée en 1945.

En surface, le lac est un terrain de jeu. Pêche, motonautisme, voile et aviron s’y pratiquent, autour de plages et de petits ports.

Les baigneurs se jettent à l’eau, les plaisanciers filent sur les 35 km de plan d’eau, et personne ne voit les terrasses où les moines cultivaient leurs jardins.

Les randonneurs, eux, peuvent suivre la rive jusqu’à une croix qui domine l’eau, face à l’endroit où gisent les vestiges. Des bouées en signalent l’emplacement, par plus de 45 m de fond.

Reste une question : pourquoi ce genre de trouvaille semble-t-il se multiplier ? Les découvertes hors normes qui s’enchaînent en 2026 ont leur propre explication.

Sous les maillots de bain, un monastère de 1139 attend, murs en place et piano intact. Difficile de regarder ce lac de la même façon. Et si l’eau gardait des secrets encore plus anciens ? Une pyramide sous-marine, plus ancienne que celles d’Égypte, aurait été repérée au large du Japon. Et quand on parle de monuments légendaires, l’un des 7 plus mythiques du monde ressurgit de la Méditerranée après 2 000 ans.

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