Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Argent

Dans les comptes de Dylan, pizzaïolo à Perpignan à 1 850 € nets par mois

Publié par Mathieu le 22 Juin 2026 à 19:01

Dylan a 29 ans, il est pizzaïolo salarié dans une pizzeria indépendante de Perpignan. Chaque mois, il touche 1 850 € nets. Il vit en couple avec sa compagne Manon, vendeuse en prêt-à-porter, dans un T3 du quartier Saint-Jacques. Pas d’enfant, pas de crédit immobilier, mais un rythme de travail intense — soirs et week-ends compris. Voici comment il ventile chaque euro.

Dylan pizzaïolo prépare une pizza dans sa pizzeria à Perpignan

Ce qui tombe sur son compte chaque mois

Le salaire fixe de Dylan s’élève à 1 740 € nets. Il travaille 39 heures par semaine, les quatre heures supplémentaires étant intégrées à son contrat. À cela s’ajoutent les pourboires, partagés entre salle et cuisine, qui lui rapportent environ 80 € par mois en moyenne.

Un samedi sur deux, il fait des extras pour un traiteur local lors de mariages ou événements privés. Ces missions ponctuelles lui rapportent entre 120 et 200 € mensuels selon la saison. En lissant sur l’année, il estime ce complément à 130 € par mois.

Au total, Dylan dispose de 1 850 € nets mensuels en comptant tout. Sa compagne Manon gagne de son côté environ 1 380 € nets en tant que vendeuse à temps plein. Ensemble, le foyer tourne autour de 3 230 € mensuels, mais chacun gère ses dépenses personnelles séparément. Ils se partagent uniquement le loyer et les courses.

Ce fonctionnement leur convient : « On met chacun notre part dans un pot commun pour le logement et la bouffe, et le reste c’est chacun pour soi. » Mais ce système a un revers, et il apparaît dès qu’on regarde les charges fixes de Dylan.

Le mur des dépenses fixes

Le loyer du T3 s’élève à 620 € charges comprises. Dylan en paie la moitié, soit 310 €. Pour Perpignan, c’est un tarif correct — le loyer médian pour un T3 dans la ville tourne autour de 590 à 650 € selon les quartiers. Le couple a trouvé cet appartement via le bouche-à-oreille, sans frais d’agence.

Table de cuisine avec relevé bancaire et casque de scooter

L’assurance habitation lui coûte 18 € par mois, prélevée sur son compte à lui puisque le bail est à son nom. Sa mutuelle santé, souscrite en individuel faute de couverture collective suffisante chez son employeur, revient à 42 € mensuels.

Côté transports, Dylan n’a pas de voiture. Il se déplace en scooter 125 cm³ acheté d’occasion 1 800 €, déjà remboursé. L’assurance du scooter lui coûte 35 € par mois, et l’essence environ 45 €. Il fait le trajet domicile-travail en dix minutes, ce qui reste un luxe comparé à d’autres professions. Un conducteur de bus à Lyon, par exemple, dépense bien plus en transport malgré un salaire comparable.

Son forfait téléphone revient à 12 € (forfait B&You 100 Go). Internet est payé par Manon. Netflix à 13,50 € et un abonnement Spotify Duo à 17 € complètent le tableau numérique. Dylan règle les deux.

L’impôt sur le revenu, prélevé à la source, représente 48 € par mois sur sa fiche de paie. Ce montant tient compte de son statut non marié et sans enfant. Au total, ses dépenses fixes personnelles atteignent 540,50 € par mois. Il lui reste donc 1 309,50 € pour tout le reste — mais ce « reste » fond plus vite qu’on ne le pense.

Là où l’argent file sans prévenir

Les courses alimentaires représentent le plus gros poste variable du couple. Ensemble, ils dépensent environ 420 € par mois, répartis à parts égales. La part de Dylan : 210 €. Ils font leurs achats principalement chez Lidl et au marché de Cassanyes le dimanche matin.

« Je mange beaucoup de pâtes et de légumes frais, c’est le réflexe du métier. À force de voir de la pizza toute la journée, le soir j’ai envie de tout sauf de fromage fondu. » Dylan cuisine à la maison les jours de repos, ce qui limite les dépenses en restauration.

Les sorties restent modestes : un ou deux verres en terrasse le lundi soir (son jour de repos), parfois un restaurant une fois par mois avec Manon. Budget estimé : 75 € mensuels. Le prix d’un café en terrasse a grimpé, même à Perpignan.

Le shopping représente environ 50 € par mois, essentiellement des vêtements de travail — pantalons et chaussures de sécurité s’usent vite devant un four à 400 °C. Pour ses fringues personnelles, Dylan avoue ne quasiment rien dépenser : « Je vis en short et tongs de mars à octobre, c’est l’avantage du Sud. »

Côté loisirs, il paie un abonnement à une salle de sport à 25 € par mois, qu’il fréquente deux à trois fois par semaine les matins avant le service. Les vacances sont budgétées à 60 € mensuels lissés — le couple part une semaine en camping l’été et fait un week-end en Espagne en hiver, pour un total annuel d’environ 720 €.

Au total, les dépenses variables de Dylan atteignent 420 € par mois. Un montant contenu, mais qui laisse peu de marge quand un imprévu survient — comme la révision du scooter à 280 € le mois dernier.

Ce qu’il reste quand tout est payé

Une fois les charges fixes (540,50 €) et les dépenses variables (420 €) déduites de ses 1 850 €, Dylan dispose d’environ 889 € de solde théorique. Mais ce chiffre ne reflète pas la réalité de son épargne.

D’abord, il provisionne 100 € par mois pour l’entretien et les imprévus liés au scooter. Ensuite, il met 150 € sur un Livret A dont le solde atteint aujourd’hui 4 200 €. Son objectif : atteindre 6 000 € d’épargne de précaution d’ici fin 2026.

Le reste — environ 640 € — constitue sa zone tampon. En pratique, Dylan estime qu’il « claque » entre 100 et 200 € de plus que prévu chaque mois, en dépenses non catégorisées : un achat impulsif sur Vinted, un cadeau d’anniversaire, une pièce pour le scooter. « Honnêtement, je ne sais pas toujours où passent les 150 derniers euros. »

Aucun crédit à la consommation en cours. Dylan a soldé un prêt étudiant de 3 000 € il y a deux ans et refuse de se réendetter. Côté projets, le couple envisage d’acheter un petit appartement à Perpignan d’ici trois à quatre ans. Les prix au mètre carré dans la ville tournent autour de 1 500 à 1 800 €, ce qui rend l’accession à la propriété plus envisageable qu’à Annecy ou Bordeaux.

Mais avec 150 € d’épargne mensuelle côté Dylan et un apport encore maigre, le chemin reste long. « On sait qu’il faudra au moins 15 000 € d’apport à deux. À notre rythme, c’est encore deux ans minimum, sans pépin. »

Pour comparer, une coiffeuse à Perpignan à 1 710 € nets arrive à des arbitrages encore plus serrés. À l’inverse, une assistante de direction à Clermont-Ferrand à 2 390 € dispose de marges bien plus confortables, même avec un coût de la vie comparable.

Dylan résume son rapport à l’argent en une phrase : « Je ne me plains pas, je gagne ma vie. Mais je bosse six jours sur sept, je finis à minuit, et à la fin du mois il reste juste de quoi ne pas stresser. Pas de quoi rêver. » Son salaire se situe en dessous du salaire médian français, estimé à environ 2 100 € nets mensuels — un écart de 250 € qui, sur une année, représente 3 000 € de pouvoir d’achat en moins.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *