« Froid, sans affect » : à la reconstitution, Jubillar métamorphosé a surpris les avocats
Près de six ans après la disparition de Delphine Aussaguel, Cédric Jubillar est revenu sur les lieux du drame. Mais l’homme qui a foulé le sol du Tarn le 2 octobre n’avait plus grand-chose de celui de 2022. Son allure, son ton, sa manière de raconter : tout a frappé les avocats présents. Et c’est un mot précis, lâché par l’un d’eux, qui résume le malaise.

Six ans d’enquête, et soudain un tout autre Jubillar
Ce vendredi 2 octobre, le peintre-plaquiste a été extrait de la prison de Seysses. Direction Cagnac-les-Mines, puis Mailhoc, dans le Tarn, pour rejouer la nuit du 15 au 16 décembre 2020. Une reconstitution, donc, comme en 2022.
Sauf que tout a changé. À l’époque, il niait. Cette fois, il a reconnu en juillet avoir tué son épouse, selon les éléments rapportés par la presse.
Le 15 juillet, après plus de cinq années de dénégations, il a donc changé de version. Dès le lendemain, ses indications ont conduit les enquêteurs dans un champ de Mailhoc, où des restes de Delphine ont été découverts. Depuis, la justice cherche à savoir si son récit colle aux éléments matériels déjà réunis.
La mise en situation devait tester trois points : le déroulement du meurtre, le transport du corps et sa dissimulation. Les parties civiles, comme l’avocate qui parlait des comptes à rendre aux enfants, attendaient justement cela. Alors, qu’ont-elles vu ?
Barbichette, treillis et plus de trois heures de mise en scène
D’après le direct de La Dépêche, Cédric Jubillar portait un pantalon de style treillis, un tee-shirt sous un polo blanc et des chaussures de randonnée. Il arbore désormais une barbichette et laisse pousser ses cheveux. On est loin de l’allure affichée lors de son premier procès.
Face aux magistrats, aux enquêteurs et aux avocats, il devait confronter sa nouvelle version à la réalité des lieux. L’exercice a duré plus de trois heures. Et, selon plusieurs représentants de la famille, il n’a pas convaincu.
Condamné en première instance à 30 ans de réclusion criminelle en octobre 2025, l’homme a fait appel. Cette reconstitution s’inscrit donc dans un dossier encore vivant, où chaque geste compte. Un détail de comportement peut peser lourd.
Ce que beaucoup ont retenu, ce n’est pas la tenue. C’est la façon de raconter, comme le soulignent ces détails de ses aveux que la reconstitution pouvait fragiliser. Me Pauline Rongier, citée par 20 Minutes, a décrit ce qui l’a le plus frappée.
Selon elle, la reconnaissance partielle des faits « sert ses intérêts personnels ». Elle dit avoir vu « un Cédric Jubillar froid, sans affect ». Un homme qui a décrit « très factuellement un scénario sans émotion ».
Elle ajoute qu’il l’a fait sans parler de Delphine. Sans expliquer ce qu’il a pu ressentir en la voyant morte. Sans « incarner non plus tous ses actes ». Mais d’autres avocats ont relevé un problème plus concret encore.
Ce corps qu’il n’a pas réussi à porter
Premier constat : la mécanique. Lorsqu’il a fallu reproduire certains gestes, des difficultés sont apparues, selon plusieurs avocats. L’un d’eux ne mâche pas ses mots.
Me Mourad Battikh juge que ce récit reste « un scénario construit, sans témoin », qui « ne tient pas la route au regard des éléments matériels et pragmatiques ». Pour lui, la mise en situation a été un révélateur.
Sa phrase la plus lourde concerne le transport du corps. Il affirme que Cédric Jubillar a été « incapable de porter le corps de Delphine ». Et que, mis en situation, il a été « mis en difficulté immédiatement ».
Voilà le point dur, rapporté par 20 Minutes. Ce n’est pas l’émotion qui manque seule : c’est aussi la plausibilité physique que la défense devra défendre. Aucune décision de justice ne tranche encore, et sa version reste à confronter aux éléments matériels.
Laurent Boguet résume l’étape ainsi : « Sans véritablement avouer les faits, il les a reconnus ». Une nuance qui dit beaucoup. Reconnaître n’est pas raconter, et encore moins assumer.
Me Philippe Pressecq va plus loin. Pour lui, avouer un meurtre est important, mais les circonstances le sont tout autant : la préméditation, la façon de tuer, la façon de se séparer du corps. Il estime que ce que l’accusé a à dire est « tellement horrible » qu’il « n’arrive pas à le dire ».
Et il conclut, avec une sévérité assumée, qu’il « ne le dira jamais ». Les trois avocats ne disent donc pas la même chose, mais tous pointent un récit qui laisse des vides. Ces vides, la suite de la procédure va devoir les regarder en face.

Un récit que la justice doit encore passer au crible
D’abord, une précision : il a tout avoué, jusqu’au geste fatal, mais un détail refuse toujours de coller. La reconstitution n’a pas effacé ce flou. Elle l’a, selon les parties civiles, rendu plus visible.
Le cœur du débat est simple. Une confession ne vaut que si elle résiste aux faits. Or, pour plusieurs avocats, la mise en situation a montré des failles dans le transport du corps, pièce centrale du scénario décrit.
Du côté de l’accusation civile, la lecture est limpide : les aveux, partiels, serviraient d’abord une stratégie. Me Rongier évoque des « intérêts personnels ». C’est son interprétation, pas un fait établi, et il faudra la confronter à ce que dira la défense.
Ce que l’on sait en revanche, c’est la mécanique. Un récit suffisamment précis doit pouvoir être rejoué sur place, geste après geste. S’il achoppe sur un point matériel, il devient une version parmi d’autres.
Reste cette impression, partagée par plusieurs avocats : un homme transformé, plus calme, plus distant. Barbichette, cheveux longs, voix posée. Mais derrière ce visage nouveau, la même absence de réponse sur ce que les proches attendent le plus : le pourquoi, et le comment.
Ce qui attend maintenant Jubillar, jusqu’au procès en appel
La route judiciaire est loin d’être terminée. Son nouveau procès doit se tenir à Toulouse du 30 avril au 14 mai 2027. D’ici là, les enquêteurs vont comparer ses déclarations aux éléments recueillis, comme le rappelle l’officialisation du procès en appel.
Les parties civiles, elles, attendent plus que des mots. Elles veulent des circonstances, de la préméditation, du détail. Me Pressecq l’a dit sans détour : l’aveu seul n’éclaire pas tout.
Autre point à surveiller : le regard des proches. Les enfants, notamment, ont déjà eu à affronter ces révélations, et leur parole pèsera dans le débat public, comme dans la réaction de son ex-avocate, qui le croyait innocent.
Enfin, la défense devra répondre aux critiques sur la cohérence du récit. Le condamné de 2025 a fait appel, et la présomption d’innocence continue de s’appliquer tant que la décision n’est pas définitive. Le procès de 2027 dira ce que la justice retient de cette version.
Un homme change de visage, pas forcément de silence. Le Jubillar de 2026 a avoué, mais il n’a pas encore tout dit, selon ses accusateurs.
Si ce mutisme sur les détails vous interpelle, ce que les ossements de Delphine pourraient encore trahir vous réserve des surprises. Et pour savoir si l’intention avait précédé le drame, cette recherche Google Maps faite dix jours avant pose une question que personne n’a close.