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Marseillaise, 32 ans, mère de trois enfants : la première tueuse à gages présumée de France écrouée après la fusillade d’Ivry

Publié par Cassandre Jolivet le 20 Oct 2026 à 10:10
Passante sidérée devant des gyrophares la nuit

Un bar à chicha, trois heures du matin, des coups de feu devant les clients. Jusque-là, un scénario hélas connu du narcobanditisme. Sauf que cette fois, la personne soupçonnée d’avoir tiré est une mère de famille de 32 ans, et les enquêteurs parlent d’un cas exceptionnel. Son parcours, sa version des faits et ce qui a précédé l’attaque racontent une histoire plus troublante encore.

Une nuit d’octobre, un bar à chicha et deux morts à Ivry

Tout se joue dans la nuit du 11 au 12 octobre, vers 3 heures, à L’Atelier, un bar à chicha d’Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne. Des tirs éclatent. Le gérant, Mahmar B., dit Amar, présenté comme une figure locale du banditisme liée au trafic de stupéfiants, est abattu près de la caisse, devant plusieurs clients.

Un employé, présenté comme voiturier, est grièvement touché par des tirs venus d’un véhicule garé à l’extérieur. Il est mort à l’hôpital le 13 octobre. Le vigile, touché à une main, s’en sort avec des blessures légères.

Peu après, les policiers découvrent à proximité une voiture volée en feu. À l’intérieur, côté passager, une arme de type kalachnikov. Le décor d’une exécution préparée.

Les enquêteurs privilégient la piste d’un contrat visant le gérant. Et ce n’était pas la première fois : d’autres faits, relatés dans cette affaire du double meurtre d’Ivry, montrent à quel point ce bar était dans la ligne de mire.

Alors, qui était réellement visé, et depuis quand ?

Un contrat déjà tenté, et un associé poignardé en Angleterre

En avril 2024, Mahmar B. avait déjà survécu à une tentative d’assassinat dans le même établissement. Un tireur l’avait visé aux jambes avant de faire feu devant une dizaine de clients. Deux ans plus tard, selon les éléments rapportés, la menace revenait.

Autre fait qui glace : deux jours avant la fusillade, l’un de ses associés, un Français de 50 ans installé à Thurnby, dans l’est de l’Angleterre, a été poignardé à de multiples reprises à son domicile. Son fils de 15 ans a aussi été blessé. Tous deux ont été hospitalisés dans un état critique, selon une source policière.

Deux attaques en 48 heures, de part et d’autre de la Manche, contre le même cercle. Difficile d’y voir une coïncidence. Ce type de dossier rappelle d’autres affaires où l’exécution est sous-traitée, comme ce cas belge d’un tueur à gages commandité depuis une cellule.

Reste la question qui fait de cette affaire un événement : qui a appuyé sur la détente ? C’est là qu’entre en scène Zohra A.

Marseillaise de 32 ans, mère de trois enfants, originaire des quartiers nord, elle était jusque-là connue de la justice pour un simple trafic de cigarettes. Interpellée le 12 octobre, elle a été présentée à un juge d’instruction puis écrouée à Paris. Elle est soupçonnée d’avoir tiré, et elle bénéficie de la présomption d’innocence.

Recrue de dernière minute : le parcours d’une présumée tueuse

Intérieur désert d'un bar à chicha la nuit

Selon plusieurs médias, le profil serait celui d’une recrue arrivée à la dernière minute. Elle serait venue en train à Paris, aurait été logée en Airbnb, entraînée au tir dans un parc, puis envoyée repérer le bar avant l’attaque. Un schéma décrit comme typique des tueurs sous contrat actuels.

Les enquêteurs évoquent un cas exceptionnel : l’exécutant présumé est très rarement une femme dans ce type de dossier. D’où l’étiquette de « première tueuse à gages présumée de France », que d’autres récits ont aussi relayée, comme dans ce portrait de la mère de famille arrivée de Marseille.

En garde à vue, elle a reconnu avoir participé à l’attaque. Mais elle assure avoir agi sous la contrainte, sous la menace visant sa famille. C’est sa version, et elle reste à vérifier.

Les juges de la Jirs de Paris doivent désormais confronter ce récit aux éléments matériels : les traces, les déplacements, les échanges. Contrainte réelle ou ligne de défense, l’instruction devra trancher.

Elle a été mise en examen pour meurtre et tentative de meurtre en bande organisée, ainsi que pour destruction en bande organisée d’un bien par un moyen dangereux pour les personnes. Deux hommes, présentés comme le tireur et le chauffeur, ont été mis en examen en même temps qu’elle. Tous trois sont en détention provisoire.

Ce que révèle l’enquête sur le rôle des femmes

Le dossier ne s’arrête pas aux trois détenus. Une autre femme a été mise en examen pour soustraction d’un criminel à l’arrestation, et placée sous contrôle judiciaire. Le réseau d’appui s’étend donc au-delà des exécutants.

Selon le Sirasco, certaines femmes sont « désormais plus fréquemment mises en cause pour leur participation aux assassinats ». Le service ne dit pas qu’elles tiennent l’arme, mais que leur présence dans les dossiers progresse. Un glissement que les enquêteurs surveillent.

On retrouve cette logique d’exécutants recrutés vite et sans passé lourd dans d’autres affaires, comme celle de cette coiffeuse américaine qui cherche un tueur sur Tinder.

Côté justice, la suite est claire : les juges d’instruction vont recouper les versions des trois mis en examen, la voiture incendiée et l’arme retrouvée. Le mobile du contrat, lui, reste à établir. Et la menace évoquée par Zohra A. devra être étayée pour peser dans la balance.

Le milieu marseillais n’est d’ailleurs pas étranger à ce type de méthodes. Une piste dite du « barbecue marseillais » près d’Allauch a récemment montré jusqu’où va le narchomicide.

Rien n’est jugé à ce stade : l’affaire est en instruction, et chacun reste présumé innocent.

Mère de famille, trafic de cigarettes pour tout casier, et soudain une kalachnikov : voilà ce qui rend l’affaire d’Ivry si glaçante. Et la justice n’a pas fini de démêler la contrainte invoquée de la préméditation.

Si l’on se demande jusqu’où le crime organisé peut menacer ses cibles, cette lettre à 60 000 euros signée DZ Mafia reçue par une personnalité donne un autre visage de l’intimidation.

Et pour comprendre comment une disparition peut basculer dans l’horreur, le corps retrouvé sur l’ancien lieu de travail d’un suspect pose une tout autre question.

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