Corps carbonisé dans une forêt près de Marseille : la piste du « barbecue marseillais » privilégiée
Mardi soir, des pompiers appelés dans un secteur isolé d’une forêt d’Allauch, aux portes de Marseille, ont fait une découverte macabre. Le corps carbonisé d’une jeune femme de 26 ans gisait là, au milieu des pins. Trois jours plus tard, le parquet de Marseille a confirmé l’identité de la victime et lâché un mot qui glace : « narchomicide ». Derrière cette affaire, une méthode d’exécution terrifiante que les enquêteurs connaissent trop bien.

Une découverte glaçante dans la forêt d’Allauch

C’est en début de soirée mardi que les marins-pompiers ont été alertés pour un départ de feu dans un secteur très peu fréquenté de la forêt d’Allauch, commune résidentielle des Bouches-du-Rhône située à quelques kilomètres à peine de Marseille. Sur place, pas simplement un feu de broussailles. Un corps entièrement calciné, impossible à identifier à l’œil nu.
Le parquet de Marseille a ouvert une enquête pour assassinat dès mardi soir. Comme l’avait initialement révélé le journal La Provence, les premiers éléments laissaient peu de place au doute : on n’était pas face à un accident. Ce qui a été retrouvé à côté du corps a rapidement orienté les enquêteurs vers une piste bien précise.
Car un détail a immédiatement retenu l’attention des policiers, un détail qui change tout dans la compréhension de cette affaire.
Un « élément de munition » retrouvé près du corps
Vendredi, le parquet de Marseille a confirmé à l’AFP qu’un « élément de munition » a été découvert à proximité immédiate de la victime. Autrement dit, la jeune femme a très probablement été exécutée par arme à feu avant que son corps ne soit incendié.

Ce mode opératoire porte un nom dans le milieu du narcobanditisme marseillais. On l’appelle le « barbecue marseillais ». Le principe est aussi simple que terrifiant : la victime est abattue, puis son cadavre est brûlé, souvent dans un véhicule ou dans un lieu isolé comme une forêt. Le double objectif ? Détruire un maximum de preuves matérielles — ADN, empreintes, résidus — et envoyer un message d’intimidation aux rivaux.
Cette méthode n’a rien de nouveau. Depuis plusieurs années, elle fait partie de l’arsenal de terreur utilisé par les réseaux de narcotrafiquants qui se disputent le contrôle des points de deal dans la cité phocéenne. Des corps retrouvés dans des incendies suspects aux exécutions filmées par des mineurs, l’escalade de la violence semble ne connaître aucune limite.
Qui était la victime ?
La femme a été identifiée comme une jeune de 26 ans, originaire des Pyrénées-Orientales. Selon le parquet de Marseille, elle était « connue des services de police ». Un terme qui, dans le jargon judiciaire, signifie qu’elle avait déjà eu affaire à la justice, sans qu’on en connaisse les détails exacts.
Mais c’est une source proche du dossier qui a livré l’information la plus éclairante. La jeune femme avait été récemment interpellée sur un point de deal près de la cité Benza, un quartier sensible et paupérisé situé dans l’est de Marseille. Une zone connue des services de police pour être un haut lieu du trafic de stupéfiants.
Ce lien avec un point de deal alimente directement la piste du narchomicide. « La piste d’un narchomicide fait partie des pistes étudiées, parmi d’autres », a prudemment déclaré le parquet. Mais dans le contexte actuel de Marseille, cette hypothèse est loin d’être anecdotique. D’autres disparitions dans les Bouches-du-Rhône ont récemment secoué la région.
Le « barbecue marseillais » : une méthode devenue signature
Pour comprendre l’horreur de cette pratique, il faut remonter quelques années en arrière. Le « barbecue marseillais » est apparu dans le vocabulaire policier au début des années 2010, quand les règlements de comptes entre bandes rivales ont franchi un cap dans la barbarie.
Le schéma est presque toujours le même. La cible est attirée dans un guet-apens ou enlevée. Elle est abattue — souvent par balles, parfois après avoir été torturée. Puis le corps est placé dans un véhicule ou transporté dans un lieu isolé avant d’être aspergé d’essence et incendié. Dans certains cas, les tueurs recrutent des mineurs pour filmer les scènes et diffuser les vidéos, comme preuve que le « contrat » a été rempli.
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Cette escalade de la violence est directement liée à la guerre des narcos qui fait rage à Marseille. Les points de deal, véritables commerces à ciel ouvert, sont des territoires âprement disputés. Quiconque trahit, vole ou empiète sur le territoire d’un réseau rival s’expose à des représailles d’une brutalité inouïe. Le message est clair : la mort ne suffit pas, il faut que la terreur soit visible.
Des affaires similaires, où des corps ont été retrouvés dans des conditions atroces, rappellent à quel point la violence liée au trafic ne connaît plus de frontières — ni de genre.
Une ville sous la pression du narcotrafic
L’affaire d’Allauch s’inscrit dans un contexte explosif. Marseille est en première ligne de ce que les autorités appellent désormais le « tsunami blanc » — une vague de cocaïne qui déferle sur la France avec une augmentation de 18 % des saisies en un an. Emmanuel Macron a d’ailleurs récemment présidé une nouvelle réunion à l’Élysée consacrée au sujet.
Le ministre de l’Intérieur s’est rendu à Marseille pour installer la police judiciaire comme chef de file de la lutte contre les narcotrafics. Un rapport de police récent dresse un « vertigineux état de la menace », selon les termes des enquêteurs. Car le problème dépasse largement les frontières de la cité phocéenne : treize tonnes de cocaïne ont été saisies le mois dernier dans un seul port européen, pour une valeur estimée à 865 millions d’euros.
Depuis que les accès maritimes aux grands ports comme Anvers, Rotterdam ou Le Havre ont été davantage sécurisés, les groupes criminels cherchent de nouveaux points d’entrée en Europe. Et Marseille, avec son port, ses réseaux établis et ses quartiers où l’État peine à imposer sa présence, reste un carrefour stratégique.
Les violences ne touchent pas que les trafiquants. Récemment, un chauffeur de bus a été agressé dans les quartiers nord de Marseille, provoquant un mouvement social spontané et l’arrêt de nombreuses lignes de bus en soirée. La population civile vit sous tension permanente.
Une enquête confiée à la criminalité organisée
L’enquête sur le corps carbonisé d’Allauch a été confiée à la division de la criminalité organisée et spécialisée (DCOS) de Marseille. C’est cette unité qui traite les dossiers les plus sensibles liés au narcobanditisme, ceux où les suspects sont protégés par un mur de silence et où les témoins ont tout intérêt à se taire.
Pour l’heure, aucun suspect n’a été appréhendé. L’identification de la victime, rendue possible malgré l’état du corps, est une première avancée. Mais les enquêteurs savent que les affaires de narchomicide sont parmi les plus difficiles à résoudre. La destruction méthodique des preuves — c’est tout l’objectif du « barbecue » — complique considérablement le travail de la police scientifique.
Les investigations devront déterminer si la jeune femme était une actrice active du trafic à la cité Benza, une simple intermédiaire, ou si elle a été ciblée pour une tout autre raison. Son interpellation récente sur un point de deal pourrait avoir joué un rôle dans son exécution — les « balances » réelles ou supposées étant des cibles prioritaires dans le milieu.
Ce qui est certain, c’est que cette affaire vient s’ajouter à la longue et sinistre liste des morts violentes liées au trafic de drogue en France. Et que la forêt d’Allauch, habituellement synonyme de randonnées et de nature, restera marquée par cette découverte macabre pendant longtemps.
- 11/05/2026 à 18:49A fréquenter n'importe qui voilà comment ça se termine !
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