Montmorillon : deux sœurs jumelles tuées par le même homme, un drone permet de retrouver le suspect
Dimanche 12 avril, une petite rue de Montmorillon dans la Vienne est devenue le théâtre d’un double féminicide. Deux sœurs jumelles, âgées d’une soixantaine d’années, ont perdu la vie sous les coups de feu de l’ex-conjoint de l’une d’elles. L’homme, retrouvé grâce à un drone, est décédé quelques heures plus tard. Retour sur un drame qui porte à 36 le nombre de féminicides en France depuis le début de l’année.
Une visite entre sœurs qui vire au cauchemar
Les faits se sont déroulés en tout début d’après-midi. Selon les premiers éléments relayés par France Bleu, l’une des deux sœurs jumelles vivait dans cette rue de Montmorillon. Sa sœur était simplement venue lui rendre visite ce dimanche, un geste banal qui s’est transformé en tragédie.
Les corps des deux femmes ont été découverts à l’extérieur de la maison. La procureure Rachel Bray a précisé que l’une se trouvait « dans l’allée à côté d’un véhicule », tandis que l’autre gisait « devant la porte d’entrée ». Les deux victimes n’ont eu aucune chance de fuir. Ce sont des voisins, alertés par les détonations, qui ont prévenu les gendarmes.
Le suspect, identifié comme l’ex-conjoint de l’une des deux sœurs, habitait à proximité immédiate. « Manifestement voisin des deux victimes », selon les termes de la procureure, il est reparti chez lui ensanglanté, une arme à la main, sous les yeux des riverains. Mais le retrouver et l’interpeller allait nécessiter un dispositif hors norme.
Une centaine de gendarmes et le GIGN mobilisés
Face à un homme armé retranché à proximité de son domicile, les autorités n’ont pris aucun risque. Une centaine de gendarmes ont été déployés dans cette commune de moins de 7 000 habitants, habituellement paisible. Le GIGN de Tours et le peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie de la Vienne ont été appelés en renfort.

C’est finalement un drone qui a permis de localiser précisément le suspect. Découvert devant son domicile, l’homme présentait une blessure par balle au niveau du thorax. Il avait retourné l’arme contre lui après avoir tué les deux sœurs. Ce mode opératoire rappelle d’autres drames similaires, comme celui survenu à Gagny, où un homme avait tiré sur sa femme avant de se blesser lui-même.
Le pronostic vital du suspect était engagé au moment de son interpellation. Héliporté en urgence vers l’hôpital de Poitiers, il est décédé dans la nuit de dimanche à lundi, aux alentours de 23 heures. Sa mort empêchera toute procédure judiciaire, privant les familles des victimes de réponses sur les circonstances exactes du passage à l’acte.
Ex-conjoint et voisin : une proximité qui interroge
Un détail glaçant ressort de cette affaire : le suspect vivait à quelques mètres de son ex-compagne. Cette proximité géographique, fréquente dans les cas de violences conjugales, pose une question récurrente. Comment un ex-conjoint potentiellement dangereux pouvait-il résider dans le voisinage immédiat de la femme qu’il a fini par tuer ?
Les associations de lutte contre les violences faites aux femmes dénoncent régulièrement ce schéma. Après une séparation, l’absence de mesure d’éloignement ou le non-respect de celle-ci crée un terreau propice aux passages à l’acte les plus violents. Dans le cas de Montmorillon, il reste à déterminer si des signalements avaient été effectués auparavant et si des dispositifs de protection avaient été envisagés.
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L’affaire fait écho à d’autres drames récents. En Aveyron, un double féminicide avait secoué le département, révélant les failles du suivi judiciaire des conjoints violents. Dans le Tarn-et-Garonne, un homme avait tué sa femme sous les yeux de leurs cinq filles, illustrant la brutalité soudaine qui peut survenir au sein du foyer.
36 féminicides depuis janvier : un compteur qui ne ralentit pas
Avec ce double meurtre, le nombre de féminicides recensés en France depuis le 1er janvier 2026 s’élève à 36, selon le collectif Mur de Femmage (chiffre arrêté au 4 avril, donc probablement sous-estimé à la date du drame). Ce bilan macabre représente plus de deux femmes tuées par semaine par un conjoint ou ex-conjoint.
Le cas de Montmorillon est d’autant plus frappant que la seconde victime n’était pas la cible initiale du suspect. La sœur jumelle, venue simplement passer un moment avec sa sœur, a été emportée dans un acte de violence qui ne la visait peut-être même pas directement. Ce double meurtre illustre la dimension aveugle des féminicides, qui fauchent aussi l’entourage des victimes.
En France, les violences conjugales restent un fléau massif malgré les plans gouvernementaux successifs. Le Grenelle des violences conjugales de 2019 avait abouti à une série de mesures : bracelets anti-rapprochement, téléphones « grave danger », ordonnances de protection accélérées. Sept ans plus tard, le nombre de féminicides ne fléchit pas significativement.
Montmorillon sous le choc, une enquête qui ne mènera nulle part
Montmorillon, sous-préfecture de la Vienne connue pour sa cité de l’écrit et son patrimoine médiéval, se retrouve brutalement sous les projecteurs pour un fait divers d’une violence rare. Dans cette commune où tout le monde se connaît, le choc est immense. Les voisins qui ont donné l’alerte dimanche après-midi devront vivre avec les images de cette scène.
Le décès du suspect dans la nuit qui a suivi le drame referme de facto l’enquête judiciaire avant même qu’elle n’ait véritablement commencé. La procureure Rachel Bray a confirmé les faits, mais sans auteur vivant à poursuivre, le dossier sera classé. Les familles des deux sœurs jumelles n’auront ni procès, ni explication, ni condamnation. Juste un double deuil et un silence judiciaire.
C’est peut-être l’aspect le plus cruel de ces drames où l’auteur met fin à ses jours : les proches sont condamnés à reconstruire sans comprendre. Les deux sœurs jumelles de Montmorillon rejoignent la longue liste des victimes de féminicides en France, un chiffre abstrait derrière lequel se cachent des vies brisées et des familles dévastées.
