Montmorillon : il se rend chez son ex-compagne armé, deux femmes perdent la vie avant l’intervention du GIGN
Ce dimanche 12 avril, la petite ville de Montmorillon, dans la Vienne, a basculé dans l’horreur. Deux femmes ont été abattues par balles dans un quartier résidentiel, à quelques mètres de la caserne des pompiers. Le suspect, ex-compagnon de l’une des victimes, s’est ensuite retranché dans le domicile, déclenchant une opération de grande envergure. Plus d’une centaine de gendarmes ont convergé vers les lieux, dont des éléments du GIGN. Retour sur un après-midi qui a plongé toute une commune dans l’effroi.
Une entrevue qui vire au cauchemar rue de la Duchênerie
Selon les premiers éléments recueillis par les enquêteurs, l’homme s’est présenté dans l’après-midi au domicile de son ex-compagne, situé rue de la Duchênerie, dans le quartier du même nom. Ce quartier paisible, niché à proximité immédiate de la caserne des pompiers de la ville, n’avait jamais connu un tel drame.

L’entrevue entre l’individu et son ancienne compagne aurait rapidement dégénéré. D’après une source proche de l’affaire, confirmant les informations publiées par La Nouvelle République, l’homme a ouvert le feu sur place. Son ex-compagne a été tuée par balles. Mais la tragédie ne s’est pas arrêtée là.
La sœur de la victime, présente au domicile au moment des faits, a elle aussi été abattue. En quelques instants, deux vies ont été fauchées dans cette maison. Ce double meurtre rappelle d’autres affaires similaires où un ex-conjoint s’en prend mortellement à celle qui a partagé sa vie. Le profil exact du tireur, notamment son âge, n’a pas été communiqué par les autorités à ce stade de l’enquête.
Mais ce qui s’est passé après les tirs a mobilisé des moyens considérables, bien au-delà de ce que cette commune de 6 000 habitants avait jamais connu.
Une centaine de gendarmes déployés, le GIGN en renfort
Après avoir abattu les deux femmes, le suspect ne s’est pas enfui. Il s’est retranché à l’intérieur du domicile, créant une situation de crise qui a immédiatement fait monter l’intervention d’un cran. La gendarmerie nationale a confirmé le déploiement d’environ cent gendarmes autour du périmètre.
Parmi les unités mobilisées figuraient l’antenne du Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) basée à Tours, ainsi que le Peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG). Un dispositif habituellement réservé aux situations de prise d’otages ou de forcené armé retranché. Le quartier de la Duchênerie a été bouclé pendant plusieurs heures.

Les riverains ont été confinés chez eux tandis que les forces de l’ordre tentaient d’établir un contact avec le suspect. Dans des cas similaires de violences mortelles au sein du couple, la phase de retranchement constitue souvent le moment le plus critique de l’intervention. Les négociateurs doivent agir vite, sans savoir si l’individu détient encore des munitions ou s’il menace de s’en prendre à d’autres personnes.
L’issue de cette confrontation silencieuse n’a pas été celle qu’espéraient les gendarmes.
Le suspect retrouvé blessé après avoir retourné l’arme contre lui
Vers 17 heures, soit plusieurs heures après les premiers coups de feu, les gendarmes sont parvenus à pénétrer dans le domicile et à interpeller le suspect. Mais l’homme ne s’est pas rendu de lui-même. Selon plusieurs sources concordantes, il a tenté de mettre fin à ses jours en retournant l’arme contre lui avant l’intervention des forces de l’ordre.
Retrouvé blessé, il a été immédiatement pris en charge par les secours et transporté au CHU de Poitiers. Son pronostic vital était engagé au moment de son transfert. Ce schéma tragique — le meurtrier qui tente de se suicider après son acte — est un scénario récurrent dans les affaires de féminicides en France.
L’enquête qui s’ouvre devra reconstituer précisément la chronologie des événements, le parcours de l’arme utilisée et les éventuels signaux d’alerte qui auraient pu être captés en amont. Car dans de nombreux dossiers similaires, des proches avaient tenté d’alerter bien avant le passage à l’acte.
Le maire de Montmorillon « auprès des familles »
Jean-Luc Souchaud, maire de Montmorillon, a confirmé le drame auprès de France 3 quelques heures après les faits. Visiblement ébranlé, l’élu a indiqué qu’il comptait se rendre rapidement auprès des familles des deux victimes pour leur apporter son soutien. Dans une commune de cette taille, où tout le monde se connaît, un tel événement laisse des traces profondes et durables.

Le parquet de Poitiers a ouvert une enquête et l’a confiée à la section de recherches (SR) de la gendarmerie de Montmorillon. Les investigations devront notamment établir si des plaintes ou des mains courantes avaient été déposées antérieurement par la victime contre son ex-compagnon. Des questions qui reviennent systématiquement après chaque drame de ce type.
Chaque année en France, les violences conjugales restent un fléau majeur. En 2023, plus de 100 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Ce double meurtre de Montmorillon vient alourdir un bilan déjà dramatique pour l’année 2025.
Un contexte national alarmant
Ce drame survient alors que la question des féminicides reste au cœur du débat public en France. Malgré le Grenelle des violences conjugales de 2019 et les dispositifs mis en place depuis — téléphone grave danger, bracelets anti-rapprochement, ordonnances de protection — les passages à l’acte mortels continuent de se produire avec une régularité glaçante.
Dans l’affaire de Montmorillon, la présence de la sœur de la victime au moment des faits soulève une dimension supplémentaire. Les proches des femmes menacées se retrouvent eux aussi en danger, parfois sans en avoir conscience. Un phénomène que les associations d’aide aux victimes qualifient de « victimes collatérales » des violences intrafamiliales.
L’état de santé du suspect, hospitalisé au CHU de Poitiers avec un pronostic vital engagé, pourrait retarder la suite de la procédure judiciaire. Si l’homme survit à ses blessures, il devra répondre de ses actes devant la justice. Dans le cas contraire, l’enquête pourrait être clôturée sans procès, privant les familles d’un moment de vérité judiciaire. Les prochaines heures seront déterminantes.
Si vous êtes victime ou témoin de violences conjugales, contactez le 3919 (numéro national, appel gratuit et anonyme) ou le 17 en cas d’urgence.