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Double féminicide de l’Aveyron : l’aveu de Cédric Prizzon éclaire enfin ce qui a fait basculer sa cavale au Portugal

Publié par Killian Ravon le 31 Mar 2026 à 13:07

Le dossier s’alourdit encore au Portugal. Cédric Prizzon, 42 ans, ancien policier originaire de l’Aveyron, a reconnu devant un juge portugais avoir tué sa compagne de 26 ans. Et son ex-conjointe de 40 ans, tout en niant toute préméditation. Derrière ces aveux, l’enquête reconstitue peu à peu une fuite préparée. Un trajet trouble entre la France, l’Espagne et le Portugal. Puis un enchaînement meurtrier dont les enfants se retrouvent au centre. Le point décisif, celui qui explique pourquoi les deux femmes ont été tuées, n’apparaît toutefois qu’au fil des éléments réunis ces derniers jours.

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Maillet de juge pour illustrer l’affaire Cédric Prizzon et l’évolution du dossier judiciaire
L’enquête a changé de dimension avec les aveux de Cédric Prizzon devant la justice portugaise.

Depuis plusieurs jours, l’affaire dépasse largement le cadre local. En Aveyron, elle avait d’abord commencé comme une disparition jugée inquiétante. Au Portugal, elle est rapidement devenue une enquête pour double homicide, enlèvement, séquestration présumée et falsification de documents. Les autorités portugaises ont placé Cédric Prizzon en détention provisoire après son interpellation près de Mêda. Avec deux enfants à bord, des papiers falsifiés, une arme illégale et une importante somme d’argent en liquide.

Les corps des deux victimes ont été retrouvés enterrés dans une zone isolée du nord du Portugal, à une centaine de kilomètres au nord du lieu d’arrestation du suspect. Plusieurs médias ont rapporté que les recherches ont été orientées grâce aux indications du fils aîné, un garçon de 12 ans. Retrouvé vivant avec sa demi-sœur de 18 mois. Cet enfant, déjà au cœur du signalement initial en France, est devenu malgré lui un témoin essentiel dans la reconstitution des faits.

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Le village de Vailhourles, en Aveyron, d’où l’affaire a commencé à être suivie en France. Crédit : Thérèse Gaigé.

Une cavale qui intrigue autant que les aveux

Les premiers éléments connus dessinent une fuite qui ne ressemble pas à un simple départ improvisé. Reuters rapporte que le suspect a été arrêté lors d’un contrôle routier et qu’il transportait des faux documents, une arme non autorisée et 17 000 euros en espèces. Le Monde évoque aussi des plaques étrangères et une trajectoire qui interroge les enquêteurs sur le degré d’anticipation de cette cavale. Cédric Prizzon, lui, continue pourtant de soutenir qu’il n’avait pas prémédité les meurtres.

Ce contraste est au centre du dossier. D’un côté, l’ancien policier admet avoir tué les deux femmes. De l’autre, il tente d’écarter l’idée d’un scénario meurtrier préparé à l’avance. Or les investigations françaises et portugaises s’attachent justement à comprendre ce qui relevait d’un plan de fuite, ce qui relevait d’une volonté de contrôle sur ses proches, et ce qui a pu provoquer le passage à l’acte.

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Le profil du suspect pèse aussi lourd dans la lecture du dossier. Plusieurs sources rappellent qu’il était déjà connu de la justice française, notamment pour des faits de violences conjugales et de harcèlement visant son ex-compagne. Le Monde indique qu’il avait déjà enlevé leur fils en 2021 et mené de multiples actions publiques contre l’institution judiciaire, qu’il accusait de l’avoir privé de son enfant. Cette antériorité ne dit pas tout du double crime, mais elle éclaire un contexte de tensions anciennes, de contrôle et d’hostilité persistante.

Mêda, au Portugal, près de la zone où Cédric Prizzon a été interpellé. Crédit : Luso-Tuga.

Les enfants, autre enjeu majeur du dossier

L’autre question urgente concernait le sort des deux enfants retrouvés avec Cédric Prizzon. Une source judiciaire portugaise a indiqué à l’AFP qu’ils seraient remis aux autorités françaises. Le procureur de Rodez a confirmé la prise d’une ordonnance de placement provisoire, avec une première prise en charge sanitaire, psychologique et sociale par l’aide sociale à l’enfance avant l’intervention d’un juge des enfants.

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Ce volet n’est pas secondaire. Il révèle la profondeur du drame familial qui entoure ce double féminicide. Le garçon de 12 ans, particulièrement exposé, aurait livré des éléments déterminants sur ce qui s’est passé. Quant à la fillette de 18 mois, elle devra elle aussi être protégée dans un cadre entièrement repensé. Le Portugal a en parallèle suspendu les droits parentaux du suspect et interdit tout contact avec les enfants, selon Reuters.

La suite judiciaire sera probablement longue. La justice portugaise estime que les faits les plus graves ont été commis sur son territoire, ce qui rend une éventuelle remise à la France plus complexe et plus lente. À ce stade, l’enjeu n’est plus seulement d’établir la matérialité des crimes, mais aussi de préciser leur chronologie exacte et leur mobile immédiat de l’ex-compagnon.

Guarda, où le suspect a été placé en détention provisoire selon les autorités portugaises. Crédit : Diego Delso.
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Une affaire transfrontalière suivie des deux côtés de la frontière

Le dossier illustre aussi la difficulté des affaires familiales violentes quand elles basculent dans plusieurs pays en quelques heures. La disparition signalée en Aveyron a déclenché un mandat de recherche. La fuite s’est poursuivie à travers l’Espagne jusqu au Portugal. L’interpellation, la découverte des corps et les premières auditions ont ensuite déplacé le centre de gravité judiciaire vers Vila Nova de Foz Côa et Guarda.

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Dans ce type d’affaire, la chronologie compte énormément. Elle permet de distinguer un projet de départ, une séquestration, une dispute, un meurtre, puis un second homicide destiné ou non à empêcher une dénonciation. C’est précisément sur cette bascule que se concentrent désormais les récits des médias portugais repris en France. Et c’est là que le dossier change de nature.

Jusqu’ici, beaucoup d’observateurs supposaient que les deux victimes avaient été visées dès le début du trajet. Cette hypothèse reste débattue sur le plan judiciaire, car la présence de faux papiers, d’une arme et d’argent liquide nourrit forcément les soupçons de préparation. Mais la version livrée par le suspect devant le juge portugais dessine un autre point de départ. Selon ce récit, son plan initial n’aurait pas d’abord été de tuer sa compagne actuelle.

Villefranche-de-Rouergue, secteur aveyronnais suivi de près dans cette affaire. Crédit : Pom’.
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Ce que son récit change dans la compréhension du double féminicide

C’est ici que l’enquête prend un tour plus précis. D’après plusieurs médias portugais repris par l’AFP, Cédric Prizzon aurait quitté l’Aveyron avec les deux femmes, ses deux enfants et l’idée d’abandonner son ex-conjointe en Afrique du Nord. Autrement dit, selon cette version, le projet de départ portait d’abord sur l’ex-compagne. La compagne actuelle n’aurait pas été destinée, au départ, à mourir pendant le voyage.

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Ce détail éclaire différemment la suite. Toujours selon ce récit, une violente dispute aurait éclaté avec sa compagne en raison d’un désaccord sur ce plan. C’est ce conflit qui aurait provoqué le premier meurtre. Le second serait intervenu juste après, l’ex-conjointe se trouvant ligotée à l’arrière du véhicule, tuée pour être réduite au silence.

La révélation majeure de ce dossier est donc celle-ci : si l’on s’en tient à la version rapportée par les médias portugais et reprise par l’AFP, Cédric Prizzon n’aurait pas initialement prévu de tuer sa compagne actuelle. Il aurait d’abord envisagé d’abandonner son ex-conjointe en Afrique du Nord. C’est une dispute sur ce projet qui aurait fait basculer la cavale en double féminicide. Cette explication n’efface en rien la gravité des faits, ni les soupçons persistants de préparation, mais elle donne enfin une réponse à la question qui dominait depuis les aveux : pourquoi la seconde victime a-t-elle, elle aussi, été tuée.

Un paysage du sud de l’Aveyron, département au cœur du dossier côté français. Crédit : B. Carlson.
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