Le typhon le plus puissant du monde, dopé par El Niño, paralyse Taïwan et fait annuler des centaines de vols

Vendredi 23 octobre, Taïwan s’est réveillée dans un silence inhabituel. Écoles, administrations et marchés financiers fermés, des centaines de vols annulés : 23 millions d’habitants attendent que le typhon Champi passe. Derrière cette tempête hors norme se cache un phénomène climatique dont les scientifiques parlent de plus en plus. Et il ne menace pas que l’Asie.
23 millions d’habitants, une île quasi paralysée et un typhon qui n’a pas encore touché terre
Selon LADbible, qui s’appuie sur plusieurs agences, l’île est presque à l’arrêt. Les marchés financiers taïwanais, estimés à 5 000 milliards de dollars, les écoles et les bureaux de l’État ont fermé sur la quasi-totalité du territoire. Pour une population de 23 millions de personnes, c’est un arrêt rare.
Les premiers bilans sont lourds. Une personne serait morte après avoir été emportée par les vagues, 171 autres seraient blessées et 1 000 habitants auraient été évacués. Des centaines de vols ont aussi été annulés en Asie de l’Est ce vendredi.
Côté météo, les chiffres donnent le vertige. Des rafales de 191 km/h sont attendues, avec jusqu’à 90 cm de pluie prévus jusqu’à samedi soir. Le pic des précipitations est annoncé pour samedi matin.
Champi n’a pas touché terre, pas encore. Au plus fort de sa puissance, il a affiché des vents soutenus de 298 km/h, l’équivalent d’un ouragan de catégorie 5. Il avait atteint le statut de super typhon en début de semaine.
Les Philippines ont aussi encaissé. Dans les îles Batanes, au nord de l’archipel, d’énormes vagues ont frappé des villages côtiers et des routes ont été fermées.
Un détail revient pourtant dans toutes les analyses : ce n’est pas seulement la tempête qui inquiète, c’est ce qui la nourrit. Et ce phénomène-là, le Pacifique le prépare depuis des mois.
Une trajectoire capricieuse, jusqu’à 46 cm d’eau sur Taipei et un coupable désigné
Sur le papier, Champi devrait longer la côte nord-est de Taïwan avant de filer vers les îles d’Okinawa, puis de virer vers le nord-est et le Japon continental. Mais les météorologues préviennent : des mouvements imprévisibles pourraient encore l’amener directement sur l’île.
Liu Pei-teng, prévisionniste de l’agence météo taïwanaise (CWA), l’a expliqué à Reuters. Selon lui, un atterrissage ne peut pas être exclu si la tempête « stationne, fait une boucle ou oscille d’un côté à l’autre ». Il ajoute que le rayon des vents est large, parmi les plus grands de ces dernières années.
Le risque, c’est la durée. « Si la tempête ralentit, les vents forts affecteront Taïwan plus longtemps », a-t-il averti.
Interrogé par Bloomberg, James Caron, d’Atmospheric G2, voit une autre menace principale : la pluie extrême sur le nord et le nord-est. Fin octobre, la mousson du nord-est est déjà installée, et un typhon qui passe à proximité aspire ce flux vers le relief de l’île. Résultat possible : jusqu’à 46 cm d’eau sur le grand Taipei, avec un risque de crues soudaines et de glissements de terrain.
Dans la ville portuaire de Suao, son maire Lee Ming-chen a précisé que l’armée pourrait intervenir si besoin, avec des véhicules amphibies pour évacuer ou secourir les habitants. Au Japon, dans la préfecture d’Okinawa, environ 8 400 foyers ont déjà subi des coupures de courant.
Ce scénario ne tombe pas du ciel : l’ONU alertait déjà sur une intensification brutale du phénomène en cause. Lequel ? James Caron n’a pas hésité : « El Niño est le principal moteur ». Champi serait ainsi alimenté par un Super El Niño.

Super El Niño : comment des vents qui faiblissent dans le Pacifique dopent un typhon
Pour comprendre, il faut regarder l’océan. D’habitude, les alizés soufflent d’est en ouest sur le Pacifique. Lors d’un El Niño, ces vents faiblissent, voire s’inversent.
L’eau chaude s’accumule alors le long des Amériques et dérègle la météo mondiale. Selon la source, cela provoque souvent de fortes pluies dans certaines régions et de graves sécheresses dans d’autres.
Le qualificatif « Super » est réservé aux cas les plus puissants. Il n’y en a eu qu’une poignée depuis 1950, rappelle l’article. C’est ce qui rend la situation actuelle aussi particulière pour les scientifiques.
L’Organisation météorologique mondiale estime que cet El Niño devrait encore se renforcer sur le reste de 2026. Elle prévient qu’il entraînera davantage de phénomènes extrêmes dans une grande partie du globe.
Voilà le payoff : le typhon Champi n’est pas un accident isolé, il serait l’une des premières manifestations visibles d’un phénomène planétaire. Selon James Caron, le Super El Niño est bien le moteur principal de cette saison.
Précision utile : la source parle d’une tempête « alimentée » par ce phénomène, pas d’un lien mécanique simple et automatique. Les experts cités restent d’ailleurs prudents sur la trajectoire exacte et l’ampleur finale des dégâts.
Ce qu’il faut surveiller dès samedi matin
Le premier rendez-vous, c’est samedi matin. C’est le moment où les fortes pluies doivent culminer à Taïwan, avec des conditions dangereuses jusqu’en soirée. Les autorités gardent donc les restrictions en place.
Le deuxième point à suivre, c’est la trajectoire. Si Champi ralentit ou fait des écarts, les vents violents s’attarderaient sur l’île. Et le bilan humain, aujourd’hui d’un mort et de 171 blessés, pourrait alors évoluer.
Ensuite, le typhon filera vers le Japon, où Okinawa est déjà touchée. La suite dépendra de son virage vers le nord-est. Et au-delà de Champi, une question reste ouverte : combien de temps ce phénomène peut-il durer ? Certaines projections évoquent 2028.
Autre inconnue : les effets à distance. Un El Niño de cette ampleur n’agit pas qu’en Asie. Certains scientifiques s’interrogent déjà sur son influence possible sur le vortex polaire et donc sur l’hiver européen.
Dans l’immédiat, le message officiel reste simple : rester à l’abri, suivre les consignes locales et ne pas sous-estimer une tempête dont le rayon d’action est large.
Champi, c’est un typhon de catégorie 5 et, derrière lui, un océan qui chauffe et dérègle tout. Et pendant que Taïwan retient son souffle, d’autres records météo tombent ailleurs : que s’est-il passé en Corse pour qu’un climatologue parle de réécrire la climatologie ? Et si la chaleur vous inquiète plus que la pluie, ce que le Samu a constaté en 24 heures à Paris montre l’autre visage du dérèglement.