Icône menu hamburger Icône loupe de recherche
  1. TDN >
  2. Actualité

Guerre au Moyen-Orient : TotalEnergies affiche un bénéfice trimestriel en hausse de 50% grâce à la flambée du pétrole… honteux ?

Publié par Cassandre le 29 Avr 2026 à 9:35

Alors que les Français subissent de plein fouet la hausse des prix à la pompe depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le géant pétrolier TotalEnergies vient de publier des résultats trimestriels spectaculaires. Ce mercredi 29 avril, le groupe a annoncé un bénéfice net en bond de près de 50 % sur un an. Une performance qui, dans le contexte actuel, ne manquera pas de faire grincer des dents.

5,8 milliards de dollars en trois mois

Le chiffre parle de lui-même. Au premier trimestre 2026, TotalEnergies a dégagé un bénéfice net de 5,8 milliards de dollars, soit environ 4,96 milliards d’euros. C’est une progression de près de 50 % par rapport à la même période l’an dernier. Le groupe l’a détaillé dans un communiqué officiel publié ce mercredi.

Siège de TotalEnergies avec indicateurs financiers en hausse

Le moteur principal de cette envolée ? L’augmentation des prix du pétrole, directement liée à la guerre qui secoue le Moyen-Orient depuis bientôt deux mois. La fermeture du détroit d’Ormuz — un verrou stratégique par lequel transite une part considérable du pétrole mondial — a fait flamber le cours du baril. Et TotalEnergies en a largement profité.

Dans son communiqué, le groupe ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction, soulignant « sa capacité à capturer la hausse des prix ». Une formule qui résume la stratégie : quand le pétrole monte, les marges explosent. Mais cette capacité a un corollaire direct que chaque automobiliste français constate à chaque passage à la station-service.

15 % de l’activité dans le Golfe : une perte largement compensée

La guerre au Moyen-Orient n’a pourtant pas épargné TotalEnergies. Le groupe a perdu l’accès à une partie de ses opérations dans la région du Golfe, ce qui représente environ 15 % de son activité pétrogazière mondiale. Des installations mises à l’arrêt, des flux interrompus, des infrastructures paralysées par le conflit.

Vue aérienne du détroit d'Ormuz avec pétroliers bloqués

Mais le géant français a plus que compensé ces pertes. Comment ? En augmentant sa production de gaz et de pétrole sur ses autres sites dans le monde. La logique est implacable : ce que TotalEnergies ne produit plus dans le Golfe, il le produit ailleurs, et le vend beaucoup plus cher grâce à la tension sur les marchés. Le résultat net montre que l’équation est largement favorable.

Cette résilience illustre la puissance d’un groupe qui opère sur tous les continents. Quand un théâtre d’opérations se ferme, les autres prennent le relais. Et quand la rareté fait grimper les prix, chaque baril produit rapporte davantage. Un mécanisme que les marges des distributeurs de carburant rendent d’autant plus visible pour les consommateurs.

Le détroit d’Ormuz, clé de voûte de la crise

Pour comprendre ces résultats, il faut revenir à l’épicentre de la crise. La fermeture du détroit d’Ormuz, passage maritime étroit entre l’Iran et Oman, a bouleversé le marché mondial de l’énergie. Avant la guerre, environ 20 % du pétrole consommé dans le monde transitait par ce couloir de 50 kilomètres de large.

Sa fermeture a provoqué un choc d’offre majeur. Le baril de brut a grimpé bien au-delà des 100 dollars, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis des années. Les conséquences se sont propagées en cascade : hausse du prix à la pompe, renchérissement du kérosène qui fragilise les compagnies aériennes, et même des répercussions sur les prix alimentaires.

À lire aussi

Pour TotalEnergies, cette crise géopolitique s’est transformée en aubaine financière. Le groupe, en tant que producteur, se retrouve du bon côté de l’équation : il vend un produit devenu rare, donc cher. Le même mécanisme qui alourdit la facture de gaz des ménages remplit les caisses du pétrolier.

Un contraste saisissant avec le quotidien des Français

C’est là que le bât blesse. Pendant que TotalEnergies engrange des milliards, les Français font face à une flambée des prix du carburant qui pèse lourdement sur leur budget. Le gouvernement, sous pression, a multiplié les annonces sans parvenir à endiguer la hausse. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté des mesures ciblées pour les grands rouleurs, mais sans le chèque carburant espéré par beaucoup.

Automobiliste français face aux prix élevés du carburant

De son côté, TotalEnergies a consenti à plafonner ses prix à la pompe dans ses stations-service, un geste salué mais jugé insuffisant par les associations de consommateurs. L’écart entre les bénéfices records du groupe et le pouvoir d’achat en berne des ménages nourrit un débat politique de plus en plus vif sur la taxation des superprofits.

Michel-Édouard Leclerc lui-même a reconnu les limites du système, admettant ne pas pouvoir tenir sa promesse sur les prix du carburant. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a même recommandé des mesures drastiques comme le télétravail obligatoire et la réduction de la vitesse sur autoroute pour limiter la consommation.

Une stratégie assumée, des questions qui restent

En soulignant « sa capacité à capturer la hausse des prix », TotalEnergies assume pleinement sa position. Le groupe fait ce pour quoi il est conçu : extraire du pétrole et du gaz, et les vendre au prix du marché. Quand ce prix explose, ses marges suivent mécaniquement.

Mais cette transparence presque décomplexée pose une question politique majeure. Alors que des pénuries sont constatées dans plusieurs villes et que l’AIE alerte sur une aggravation en avril, le débat sur la contribution des géants de l’énergie à l’effort collectif est relancé.

Les prochains mois s’annoncent tendus. Si le conflit au Moyen-Orient perdure et que le détroit d’Ormuz reste fermé, les prix continueront de monter. TotalEnergies publiera probablement d’autres résultats flatteurs. Et les Français continueront de regarder le compteur tourner à chaque plein — avec, désormais, un chiffre en tête : 5,8 milliards de dollars en 90 jours.

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *