Carburants : une nouvelle hausse des prix inévitable dans les prochains jours ?
La parenthèse aura été de courte durée. Après une semaine d’accalmie liée au cessez-le-feu temporaire au Moyen-Orient, les négociations entre Washington et Téhéran ont capoté ce dimanche 12 avril 2026. Résultat immédiat : le baril de Brent est repassé au-dessus des 100 dollars. Et ce qui se joue sur les marchés pétroliers va très vite se retrouver sur votre ticket de caisse à la station-service.
Un cessez-le-feu qui avait redonné espoir

La semaine dernière, une bouffée d’air frais avait traversé le marché de l’énergie. Les États-Unis et l’Iran avaient négocié un cessez-le-feu de deux semaines, accompagné d’un déblocage partiel du détroit d’Ormuz. Ce passage maritime stratégique, par lequel transite une part massive du pétrole mondial, était bloqué depuis le début du conflit au Moyen-Orient fin février 2026.
Le baril de Brent avait alors chuté de 112 à 94 dollars le 10 avril, soit une baisse de 16 %. Sur le papier, cette chute devait se traduire par une baisse de 10 à 20 centimes par litre dans les stations françaises. De quoi soulager un peu les automobilistes qui subissent des prix records depuis des semaines.
Sauf que cette baisse tardait à arriver concrètement. Et pour une raison simple : les stations doivent d’abord se réapprovisionner avant de répercuter les nouveaux tarifs. Un délai qui peut aller jusqu’à deux semaines. Autrement dit, beaucoup de Français n’ont même pas eu le temps de profiter de l’accalmie.
Dimanche 12 avril : tout bascule à nouveau

Ce dimanche, les discussions entre Washington et Téhéran ont officiellement échoué. Pas de prolongation du cessez-le-feu, pas de nouvel accord sur le détroit d’Ormuz. La réaction des marchés a été immédiate. Dès le lundi 13 avril au matin, le baril de Brent s’affichait à 102,26 dollars. Un bond brutal qui efface une bonne partie des gains de la semaine précédente.
Pour comprendre l’enjeu, il faut rappeler que la guerre entre les États-Unis et l’Iran, déclenchée fin février 2026, a provoqué une flambée des prix de l’énergie dans le monde entier. Le blocage du détroit d’Ormuz a réduit l’offre de pétrole disponible, ce qui a mécaniquement fait grimper les cours. Et la France, très dépendante des importations, subit le contrecoup de plein fouet.
Les automobilistes doivent donc s’attendre à une répercussion rapide sur les tarifs à la pompe. Les prix, qui avaient commencé à baisser timidement, vont repartir à la hausse dans les jours qui viennent. Le répit aura duré à peine une semaine.
Où en sont les prix aujourd’hui en France ?
Avant même cette nouvelle hausse attendue, les tarifs actuels donnent déjà le tournis. Le gazole coûte en moyenne 2,246 € le litre. Le SP95-E10 est affiché à 1,968 € par litre, et le SP98 à 2,019 €. Des niveaux qui restent historiquement élevés, même après la courte période de baisse.
Les petites stations, elles, accusent encore plus de retard. Certaines n’ont pas encore répercuté la baisse liée au cessez-le-feu, et vont devoir encaisser la nouvelle hausse sans transition. Un effet ciseau qui risque de faire très mal. Si vous cherchez des alternatives pour réduire votre consommation, c’est peut-être le moment d’y penser sérieusement.
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Certains automobilistes frontaliers font déjà le calcul : dans les pays voisins, les prix ne sont pas toujours aussi élevés. En Italie notamment, des tarifs plus attractifs attirent de plus en plus de Français. Et en Espagne, une TVA réduite sur les carburants permet de faire le plein à moindre coût. Le décalage avec le reste de l’Europe se creuse de jour en jour.
Leclerc prévient : « On ne reviendra pas aux prix d’avant »

Et si vous espériez un retour à la normale, Michel-Édouard Leclerc a douché les espoirs. Le président de E.Leclerc a déclaré sans détour qu’« on ne reviendrait pas aux prix avant la guerre au Moyen-Orient ». Une phrase qui résonne comme un avertissement pour les mois à venir.
Le patron de la grande distribution, qui avait reconnu ne pas pouvoir tenir ses promesses de baisse de 30 centimes, sait de quoi il parle. Même avec un cessez-le-feu durable, la chaîne d’approvisionnement est durablement perturbée. Les marges de manœuvre des distributeurs sont quasi inexistantes quand le baril dépasse les 100 dollars.
Du côté du gouvernement, Sébastien Lecornu a évoqué des mesures ciblées pour les grands rouleurs, mais sans annoncer de baisse de taxe généralisée. Le refus du gouvernement d’agir massivement sur la fiscalité des carburants reste un sujet brûlant. Pendant ce temps, TotalEnergies a prolongé son plafonnement des prix, mais cette mesure a ses limites face à un baril en roue libre.
Ce qui va déterminer la suite
La vérité, c’est que votre plein dépend désormais directement de ce qui se passe entre Washington et Téhéran. Tant que les négociations restent au point mort, le détroit d’Ormuz restera partiellement bloqué, et les cours du pétrole resteront sous tension. L’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs prévenu que le mois d’avril pourrait être pire que mars pour le gazole.
Le spectre d’un gazole à 3 euros le litre n’est plus un scénario de science-fiction. Certains analystes l’évoquent si le conflit s’enlise davantage. Les pénuries dans les stations pourraient aussi refaire surface, comme ce fut le cas en mars avec plus de 1 000 stations à sec.
En attendant, les solutions individuelles se multiplient. Le bioéthanol E85 séduit de plus en plus d’automobilistes, et certains investissent dans un boîtier de conversion à 690 € pour diviser leur budget essence. D’autres se demandent si la voiture électrique est vraiment plus économique. Mais pour la majorité des Français, il n’y a pas de miracle : il faut suivre l’actualité géopolitique au jour le jour pour anticiper ce qui va se passer à la pompe.
Et le carburant n’est pas le seul poste touché. Si le conflit en Iran dégénère encore, c’est l’ensemble de la facture énergétique des ménages qui risque de s’envoler. Un sujet de pouvoir d’achat qui ne fait que commencer.