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Lune de miel aux Maldives : un gynécologue espagnol amputé d’une jambe après une attaque de requin

Publié par Elsa Fanjul le 16 Avr 2026 à 8:49

Borja, gynécologue espagnol originaire d’Alicante, venait tout juste de se marier avec Ana, fille d’un homme d’affaires connu de Castellón. Le couple s’était envolé vers les Maldives pour célébrer leur union dans l’un des archipels les plus prisés au monde. Lundi après-midi, une excursion aquatique organisée en groupe a viré au cauchemar absolu. Le jeune marié se bat désormais pour survivre dans une unité de soins intensifs, amputé d’une jambe — et sa famille pointe du doigt une négligence qui aurait pu être évitée.

Une excursion près d’une usine connue pour attirer les requins

L’attaque s’est produite au large de Kooddoo, une île de l’atoll de Gaafu Alif, dans le sud des Maldives. Ce n’est pas un spot de plongée anodin : l’île abrite une usine de transformation de poisson, un site répertorié pour sa forte activité de requins. Borja faisait partie d’un groupe de touristes qui a plongé dans ces eaux, à proximité immédiate de l’installation industrielle.

Selon le quotidien espagnol El Periódico Mediterráneo, qui cite un proche de la famille d’Ana, le requin a arraché « toute la chair du genou jusqu’en bas » en une seule morsure. La violence de l’attaque a provoqué une perte de sang massive. Le médecin a d’abord été évacué vers l’hôpital de l’atoll de Gaafu Alif, avant d’être héliporté en urgence vers Malé, la capitale, et admis en réanimation à l’hôpital ADK.

Des requins affamés et en alerte depuis une semaine

Les circonstances de l’attaque soulèvent des questions graves. D’après les médias locaux maldiviens, l’usine de Kooddoo n’avait pas déversé de déchets de poisson depuis environ une semaine au moment des faits. Une source locale explique que les squales se trouvaient probablement « dans un état de faim et d’anticipation accru ». Habitués à se nourrir des rejets de l’usine, les requins patrouillaient dans la zone, en attente.

Quand le groupe de touristes a sauté dans l’eau, l’impact aurait suffi à déclencher une réponse prédatrice. Les vibrations et les remous créés par l’entrée dans l’eau imitent les signaux d’une proie en difficulté — un mécanisme bien documenté par les biologistes marins. Dans ce contexte précis, nager à cet endroit revenait à s’inviter au milieu d’un piège tendu par la nature et aggravé par l’inactivité de l’usine.

Vue aérienne de l'île de Kooddoo aux Maldives

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que les Maldives sont le théâtre de ce type d’incident. En 2025, une touriste avait été grièvement blessée lors d’une excursion pour nager avec les requins dans l’archipel. Le schéma se répète : des groupes guidés vers des zones à risque, parfois sans mesures de sécurité adéquates.

La famille accuse l’organisateur de négligence

La colère des proches de Borja et Ana ne s’est pas fait attendre. Un membre de la famille a déjà déposé une plainte formelle contre l’entreprise qui organisait l’excursion de groupe, l’accusant de négligence. La question centrale : pourquoi avoir emmené des touristes dans une zone notoirement fréquentée par les requins, à un moment où ces derniers étaient manifestement en état de stress alimentaire ?

Les proches d’Ana, décrite comme la fille d’un entrepreneur reconnu de Castellón, se sont immédiatement envolés vers les Maldives pour la soutenir. Le témoignage rapporté par la presse espagnole est sans détour : « Ils essaient de sauver Borja. Il est en soins intensifs, mais les conditions médicales sur place sont très précaires. » L’hôpital ADK de Malé, bien qu’il soit le mieux équipé du pays, ne dispose pas des infrastructures d’un centre hospitalier européen.

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L’amputation de la jambe a dû être pratiquée en urgence pour stopper l’hémorragie. Borja reste dans un état critique, entre la vie et la mort, à des milliers de kilomètres de chez lui. Ce qui devait être le plus beau voyage de leur vie s’est transformé en épreuve de survie — et le combat judiciaire ne fait que commencer.

Kooddoo, entre resort quatre étoiles et zone de danger

L’ironie cruelle de cette histoire tient en un paradoxe géographique. Kooddoo héberge le Mercure Maldives Kooddoo Resort, un hôtel quatre étoiles particulièrement prisé des jeunes mariés. Les photos de bungalows sur pilotis et de lagons turquoise qui inondent les réseaux sociaux donnent l’image d’un paradis sans danger. Mais à quelques centaines de mètres de ces décors de carte postale, l’usine de traitement attire une faune marine redoutable.

Requins nageant sous l'eau près d'une zone industrielle

Aux Maldives, les attaques de requins restent statistiquement rares. L’archipel accueille plus d’un million de touristes par an, et la plupart des plongées se déroulent sans incident. Mais quand les conditions se combinent — proximité d’une source alimentaire, arrêt des rejets industriels, groupe entrant bruyamment dans l’eau — le risque devient réel. Des situations comparables ont déjà provoqué des drames mortels dans d’autres régions du monde.

Pour les spécialistes, le problème n’est pas la présence des requins — ils sont chez eux. C’est l’absence de protocole de sécurité adapté de la part des opérateurs touristiques. Quand on connaît le comportement de certaines espèces dans ces eaux, organiser une baignade à côté d’une usine de poisson relève, selon plusieurs experts, de l’inconscience.

Un combat médical loin de chez soi

Les heures qui suivent restent critiques pour Borja. La perte de sang massive subie lors de l’attaque, combinée au délai d’évacuation entre Kooddoo et Malé, a mis son organisme à rude épreuve. Les proches espèrent un rapatriement sanitaire vers l’Espagne dès que son état le permettra, mais les médecins n’ont pour l’instant donné aucune garantie.

Ana, qui devait profiter de ses premiers jours en tant qu’épouse, se retrouve au chevet d’un mari entre la vie et la mort. L’histoire rappelle celle d’un touriste attaqué lors d’une sortie en mer ou encore d’un adolescent mordu aux Samoa sous les yeux de sa famille : dans chaque cas, le choc est d’autant plus violent que la victime se croyait en sécurité.

La plainte déposée contre l’organisateur de l’excursion pourrait faire jurisprudence aux Maldives, où le tourisme représente près de 30 % du PIB. Si la négligence est avérée — absence d’évaluation du risque, méconnaissance de l’arrêt des rejets de l’usine, aucun briefing de sécurité —, les conséquences pourraient dépasser le seul cas de Borja et pousser les autorités à encadrer plus strictement les activités nautiques à risque.

Resort de luxe aux Maldives à proximité d'une usine

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