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Accusé de viol par 19 femmes, Patrick Bruel continue sa tournée : « Annuler, c’est mettre 65 personnes au chômage »

Publié par Cassandre le 28 Avr 2026 à 8:28
Accusé de viol par 19 femmes, Patrick Bruel continue sa tournée : « Annuler, c'est mettre 65 personnes au chômage »

Cinq plaintes déposées. Trois enquêtes ouvertes en France et en Belgique. Dix-neuf femmes qui l’accusent d’agressions sexuelles et de viol — dont certaines étaient mineures au moment des faits présumés. Patrick Bruel, 66 ans, est au centre d’un scandale d’une ampleur inédite dans la chanson française. Et pourtant, sa tournée anniversaire est maintenue. Ce qui coince ? Derrière le débat moral, il y a une réalité économique brutale que personne n’avait anticipée.

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Une pétition signée par Pomme, Anna Mouglalis et des dizaines de personnalités

Le collectif Salon féministes a été le premier à monter au créneau. Leur demande est simple : annuler tous les concerts du chanteur tant que la justice n’a pas rendu son verdict. Et leur voix a trouvé un écho bien au-delà des cercles militants.

La comédienne Anna Mouglalis, la journaliste Giulia Foïs et la chanteuse Pomme figurent parmi les signataires d’une pétition exigeant l’annulation des 57 dates prévues. Leur argument : maintenir ces concerts revient à offrir une tribune à un « présumé agresseur » et à envoyer un signal désastreux aux victimes.

Cette mobilisation rappelle d’autres affaires qui ont secoué le monde du spectacle. Plusieurs personnalités du cinéma ont déjà été visées par des accusations similaires ces dernières années, mais rarement avec une tournée de cette envergure en jeu.

Car il ne s’agit pas d’un petit concert local. Patrick Bruel fête les 35 ans de son album Alors regarde avec une tournée passant par la France, la Suisse, la Belgique et le Canada. Premier concert prévu : le 16 juin 2026 à Paris. Montréal et Québec sont programmés en fin d’année. Autant dire que les enjeux financiers sont colossaux. Et c’est précisément là que ça se complique.

500 000 euros et 65 emplois : le dilemme impossible des organisateurs

Du côté des producteurs et des festivals, l’ambiance n’est ni à l’enthousiasme ni au boycott. Elle est à la panique froide. Les contrats sont signés, les billets vendus. Et la facture d’une annulation serait astronomique.

Patrick Bruel chantant sur scène avec un micro, vêtu en noir

Un organisateur du festival Les Grandes Marées à Jullouville a posé les chiffres sur la table, sans détour : « Si on doit annuler, on doit payer l’artiste. Rembourser le public, ça représente pas loin de 500 000 euros pour nous. C’est mettre 65 personnes au chômage. Économiquement, c’est mourir aussi pour nous. »

Derrière cette déclaration, une réalité que beaucoup ignorent : les festivals de taille moyenne vivent souvent sur des marges ultra-fines. Un headliner qui saute, c’est parfois toute la structure qui s’effondre. Et les assurances ne couvrent généralement pas ce type de situation.

« On est abattus », poursuit cet organisateur. « On se sent injustement associés à une cause qui nous est chère. On n’a pas fait ce métier pour ça. J’ai des questionnements de partenaires qui se posent la question de venir avec des clients. » Les collectivités locales, elles aussi, hésitent. Soutenir un festival qui programme Bruel, est-ce tenable politiquement ? Mais lâcher un événement qui fait vivre toute une économie locale, est-ce responsable ?

Cette situation n’est pas sans rappeler l’annulation récente de la tournée de Renaud, même si les raisons étaient radicalement différentes. Dans les deux cas, les conséquences en cascade pour les équipes techniques et les sous-traitants sont énormes.

Les producteurs qui assument — et ceux qui s’éclipsent en silence

Tout le monde ne réagit pas de la même façon. Et les lignes de fracture sont fascinantes. D’un côté, il y a ceux qui brandissent la présomption d’innocence comme un bouclier. De l’autre, ceux qui préfèrent disparaître sans faire de bruit.

Daniel Devoux, producteur du festival L’été au château à Salon-de-Provence, fait partie des premiers. Sa position est limpide : « Il n’y a pas de déprogrammation du tout à l’ordre du jour. La présomption est le maître-mot. Aujourd’hui, les juges jugent et les producteurs produisent. »

Il ajoute avoir produit Patrick Bruel à plusieurs reprises sans jamais avoir eu le moindre problème. Un argument personnel, pas juridique — mais qui pèse dans le milieu.

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À l’opposé, certains partenaires ont choisi la sortie discrète. Le centre commercial Cap 3000 à Saint-Laurent-du-Var ne figure plus parmi les sponsors. Pas de communiqué, pas de déclaration fracassante. Juste un logo qui disparaît. Ce silence en dit parfois plus qu’un long discours.

Robert Albergucci, directeur du festival Le Son à Toulon, pose quant à lui une question que beaucoup se posent tout bas : « L’angoisse que j’ai, c’est est-ce qu’il ne va pas y avoir une vindicte populaire de certains collectifs qui va entraver la bonne marche des festivals ? » La crainte de débordements physiques lors des événements est réelle. Et aucun protocole de sécurité standard ne prévoit ce scénario.

Au théâtre Édouard VII, les fans restent en bloc

Pendant que le monde du spectacle se déchire, Patrick Bruel continue de monter sur scène. Au théâtre Édouard VII à Paris, c’est même guichets fermés. Le public est venu en nombre, et les témoignages recueillis sur place tournent autour d’un même refrain : la présomption d’innocence.

Salle de concert vide avec sièges en velours rouge et projecteurs dorés sur un micro solitaire

D’après l’entourage de l’artiste, Bruel lui-même considérerait comme un signe positif le fait que sa pièce se joue à guichets fermés. Mais cette satisfaction serait teintée d’inquiétude : il craindrait des actions de collectifs féministes devant le théâtre.

C’est tout le paradoxe de cette affaire. Les fans sont là, fidèles. Les salles sont pleines. Mais l’atmosphère a changé. Chaque représentation se joue désormais avec en toile de fond la possibilité d’un incident, d’une banderole, d’un mouvement de foule organisé.

Les accusations portées contre le chanteur ont été détaillées dans une enquête de Mediapart, puis complétées par des témoignages successifs. Une accusatrice a notamment montré une vidéo du soir présumé de l’agression, décrivant le chanteur comme « un chasseur » face à ses « proies ». Une journaliste a de son côté décrit un épisode dans un hôtel de Monaco, parlant d’« un truc sale, glauque ».

Un scandale qui dépasse le cas Bruel

Ce qui se joue ici dépasse largement la carrière d’un seul artiste. C’est toute l’industrie du spectacle vivant qui se retrouve face à une question qu’elle n’a jamais vraiment tranchée : que fait-on quand un artiste programmé fait l’objet de poursuites judiciaires graves, mais pas encore jugé ?

Il n’existe aujourd’hui aucun cadre légal qui oblige un organisateur à déprogrammer un artiste mis en cause. La décision est purement commerciale et éthique. Et comme on l’a vu, les réponses varient du tout au tout selon les interlocuteurs.

Le cas rappelle inévitablement celui de Gérard Depardieu, lui aussi au cœur d’une polémique liée à des accusations d’agressions sexuelles. Ou encore le témoignage d’Alice Belaïdi, qui avait dénoncé un acteur célèbre avant d’être écartée du tournage.

Pendant ce temps, une nouvelle enquête pour tentative de viol a été ouverte, relançant la pression judiciaire. Et la pétition qualifiant sa tournée de « tournée de la honte » continue de récolter des signatures.

Certaines voix s’élèvent aussi pour défendre le chanteur. Anny Duperey a pris sa défense avec des propos qui ont eux-mêmes fait polémique. Preuve que dans cette affaire, chaque prise de position devient un sujet à part entière.

Une chose est sûre : le 16 juin 2026, quand Patrick Bruel montera sur la scène parisienne pour lancer sa tournée des 35 ans, ce ne sera plus un simple concert. Ce sera un test grandeur nature pour toute une industrie qui cherche encore où placer le curseur entre présomption d’innocence, responsabilité morale et survie économique.

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