Tournée Patrick Bruel : Anna Mouglalis, Pomme et 50 signataires exigent l’annulation des 57 concerts

Cinquante artistes, collectifs et associations féministes viennent de signer une pétition pour faire annuler la tournée événement de Patrick Bruel. Parmi eux, des noms qui pèsent lourd dans le paysage culturel français. De son côté, le chanteur maintient ses 57 dates et conteste fermement les accusations. Bras de fer en vue.
57 concerts, 48 villes et une polémique qui enfle
Pour fêter les 35 ans de son album Alors Regarde, Patrick Bruel a prévu de sillonner la France, la Suisse et la Belgique à partir du 16 juin 2026. Au programme : 57 spectacles dans 48 villes. Une tournée ambitieuse, annoncée depuis des mois, qui devait être une célébration.
Sauf que le contexte a radicalement changé. Le chanteur de 67 ans est aujourd’hui visé par plusieurs accusations de violences sexuelles, avec trois enquêtes ouvertes en parallèle. Deux en France, une en Belgique. Et pendant que la justice travaille, Patrick Bruel continue de monter sur scène — il se produit actuellement au théâtre à Paris.
C’est précisément cette présence scénique qui cristallise la colère. Car pour les signataires de la pétition, laisser un homme accusé de viol et d’agressions sexuelles remplir des salles pendant des mois revient à lui offrir quelque chose de bien précis.
« Les agresseurs présumés ne doivent pas bénéficier d’une tribune hors norme »
La pétition a été mise en ligne sur change.org le mardi 21 avril 2026 au soir. À l’initiative : le collectif féministe de Salon-de-Provence, Salon Féministe. Mais derrière cette structure locale se cache un front bien plus large.
Une cinquantaine de signataires soutiennent le texte. Parmi eux, plusieurs collectifs départementaux de NousToutes, la Commission féminisme des Écologistes, la Brigade Anti Redflag ou encore l’association Mouv’Enfants. Un maillage militant qui couvre une bonne partie du territoire.
Côté personnalités, les noms sont loin d’être anecdotiques. L’actrice Anna Mouglalis, Corinne Masiero — connue pour ses prises de position sans filtre —, la journaliste Alice Coffin et la chanteuse Pomme figurent parmi les soutiens. Des voix qui portent, et qui donnent à cette pétition une visibilité médiatique immédiate.

Le texte reconnaît explicitement la présomption d’innocence. « Patrick Bruel est bien sûr présumé innocent, mais comment la justice pourrait-elle statuer sereinement tandis que le chanteur se produit sur toutes les scènes francophones ? », interrogent les signataires. Leur argument central tient en une phrase : « Les agresseurs présumés ne doivent pas bénéficier d’une tribune hors norme qui sape l’égalité entre les plaignantes et l’accusé. »
Concrètement, la pétition appelle « toutes les organisations féministes des villes en question, toutes les mairies qui affirment défendre les droits des femmes » à faire annuler les concerts. Au moment de la mise en ligne, 780 signatures avaient déjà été recueillies. Un chiffre encore modeste, mais le texte n’a que quelques heures d’existence. Et la dynamique est lancée ailleurs.
Dans la Manche, un festival pris en étau
Avant même cette pétition nationale, le bras de fer avait déjà commencé localement. Dès le lundi 20 avril, le collectif NousToutes dans la Manche avait demandé l’annulation d’un concert de Bruel programmé le 24 juillet au festival Grandes Marées de Jullouville.
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Le collectif a expliqué à l’AFP que c’était « l’absence de réponse » de la direction du festival, après de premiers échanges qualifiés de « constructifs », qui l’avait poussé à rendre l’affaire publique. Et la menace est claire : si rien ne bouge, NousToutes promet « une mobilisation plus visible en amont du concert », tout en espérant « ne pas devoir en arriver là ».
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Côté organisateurs, la situation est un casse-tête. L’association Baie en Scène, qui gère le festival, parle d’une décision « lourde de conséquences ». Sans surprise, les engagements contractuels pèsent dans la balance. Annuler Patrick Bruel entraînerait « des conséquences en chaîne, susceptibles d’affecter l’équilibre du festival et sa survie », précisent-ils.
Les organisateurs ont également taclé la méthode militante, jugée « contre-productive ». Pour eux, le progrès doit reposer sur « la capacité à conjuguer engagement et nuance, détermination et dialogue ». Un appel au calme qui risque de ne satisfaire personne. Car la question dépasse largement Jullouville — elle se pose désormais dans chacune des 48 villes de la tournée contestée.
Trois enquêtes, deux pays, des faits qui remontent à 1997
Pour comprendre l’ampleur de la controverse, il faut revenir sur ce que la justice reproche exactement à Patrick Bruel. Trois procédures distinctes sont en cours, et elles couvrent une période de près de trente ans.
La première est instruite à Saint-Malo, en Ille-et-Vilaine. Elle porte sur un viol qui aurait été commis lors d’un festival de cinéma en octobre 2012. La seconde a été ouverte à Paris, après une plainte déposée en mars par Daniela Elstner, directrice générale d’Unifrance. Elle concerne des faits de tentative de viol et d’agression sexuelle remontant à 1997, au Mexique.

Enfin, une enquête judiciaire a été ouverte en Belgique à la suite d’une plainte déposée fin mars pour agression sexuelle. Trois dossiers, trois juridictions, des faits étalés sur des décennies. Le chanteur, déjà fragilisé par ces révélations, fait face à une pression judiciaire et médiatique inédite dans sa carrière.
Le 18 mars, par la voix de son avocat Christophe Ingrain, Patrick Bruel avait fermement contesté l’ensemble des accusations. Le chanteur « affirme n’avoir jamais outrepassé un refus, jamais forcé à un geste ou un rapport sexuel ». Une ligne de défense constante depuis le début des révélations : il assure n’avoir « jamais cherché à contraindre quiconque à un acte sexuel ».
La culture face au dilemme MeToo : annuler ou maintenir ?
Au-delà du cas Bruel, cette pétition relance un débat devenu récurrent dans le monde du spectacle. Peut-on — doit-on — séparer l’artiste de l’homme accusé ? La question n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension concrète quand elle implique des contrats signés, des salles réservées et des milliers de billets vendus. D’autres affaires du monde du divertissement, comme les accusations visant Michael Jackson ou les témoignages dans d’autres affaires d’agression sexuelle, ont posé la même question à l’international.
Les signataires de la pétition assument une position tranchée : tant que des enquêtes sont en cours, offrir une scène nationale à l’accusé crée un déséquilibre entre les parties. Les organisateurs de festivals, eux, sont coincés entre la pression militante et la réalité économique. Annuler un headliner à deux mois d’un événement peut tout simplement tuer un festival.
Pour Patrick Bruel, la tournée des 35 ans d’Alors Regarde devait être un moment de célébration. Elle s’annonce comme l’un des feuilletons les plus tendus de l’été culturel 2026. Reste à savoir combien de villes, parmi les 48 prévues, oseront prendre position — dans un sens ou dans l’autre.