« On ne me colle pas son sexe sur la cuisse » : Alice Belaïdi dénonce un célèbre acteur et se fait virer du film

L’actrice d’Un p’tit truc en plus a brisé le silence dans un podcast. Elle y raconte une agression sexuelle subie sur un tournage, la dénonciation qu’elle a faite — et la sanction inattendue qui a suivi. Pas pour l’agresseur. Pour elle.
Une carrière construite à la force du poignet
Depuis ses débuts entre 2010 et 2012, Alice Belaïdi a tracé sa route dans le cinéma français avec une énergie rare. Révélée dans Les Kaïra aux côtés de Franck Gastambide, puis remarquée dans Radiostars, elle a rapidement imposé un ton vif et un naturel qui tranchent avec les codes habituels du milieu.

C’est sur Canal+ qu’elle prend une autre dimension. La série WorkinGirls, puis son duo avec Clémence Poésy, confirment un talent comique qui ne doit rien à personne. Plus récemment, son rôle dans le carton Un p’tit truc en plus d’Artus l’a fait connaître d’un public encore plus large. Des millions de spectateurs en salle, des critiques élogieuses. Sur le papier, tout roule.
Mais derrière cette trajectoire ascendante, Alice Belaïdi a traversé des épreuves que le public ne soupçonnait pas. Des plateaux de tournage, elle en a fréquenté des dizaines. Et sur l’un d’eux, quelque chose de grave s’est produit.
Ce qui s’est passé sur ce plateau de tournage
Invitée dans le podcast Pause animé par Alexandre Mars, l’actrice a choisi de raconter un épisode qu’elle gardait jusqu’ici pour les cercles privés. Sa voix ne tremble pas, mais les mots sont lourds : « Je me suis fait agresser sexuellement par un acteur », lâche-t-elle au micro.
Alice Belaïdi ne donne pas le nom de l’homme en question. Mais elle décrit les faits avec précision. Sur le tournage d’un film, un acteur présenté comme « célèbre » a eu un comportement qu’elle qualifie sans détour d’agression. Le geste est explicite, physique, non consenti.
La phrase qu’elle prononce ensuite résume à elle seule la scène : « J’ai osé dire qu’on ne met pas son sexe comme ça devant moi et me le coller sur la cuisse sans qu’on m’ait demandé mon avis. » Des mots crus, directs, à la hauteur de ce qu’elle a subi. Dans un milieu où les conversations en coulisses trahissent souvent une omerta bien rodée, cette prise de parole détonne.
Face à cette situation, l’actrice ne s’est pas tue. Elle a dénoncé les faits. Et c’est précisément là que l’histoire prend un tournant que personne n’aurait voulu entendre.
La sanction est tombée — mais pas sur le bon
On pourrait imaginer qu’une dénonciation d’agression sexuelle sur un plateau déclenche une enquête, une mise à l’écart de l’agresseur présumé, ou au minimum un soutien de la production. Alice Belaïdi a obtenu l’exact inverse.

« Je me suis fait virer du film », confie-t-elle dans le podcast. Celle qui a dénoncé est celle qu’on a écartée. Pas l’acteur mis en cause, pas l’homme au comportement déplacé. Elle. La victime. Ce schéma, tristement classique, rappelle d’autres affaires qui ont secoué le cinéma français ces dernières années.
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Une phrase en particulier reste gravée dans la mémoire d’Alice Belaïdi. Quelqu’un — elle ne précise pas qui — lui a glissé : « Tu comprends, c’est quand même un grand acteur, casse-couilles ok mais… » Le « mais » dit tout. La notoriété de l’agresseur présumé a pesé plus lourd que les faits dénoncés. Le statut a effacé le geste.
Ce mécanisme, d’autres témoignages l’ont déjà décrit dans l’industrie du divertissement. La victime devient « l’emmerdeuse », celle qui complique le planning, qui menace le budget du film. Et l’agresseur reste en place, protégé par sa renommée.
« On passe pour des menteuses ou des hystériques »
Alice Belaïdi ne se contente pas de raconter son histoire personnelle. Elle élargit le propos à un constat plus large sur les rapports de pouvoir dans le cinéma. « Il y a encore plein de prédateurs mais on passe pour des menteuses ou des hystériques », déplore-t-elle.
Le mot « hystérique » n’est pas anodin. C’est le terme historiquement utilisé pour disqualifier la parole des femmes, et l’actrice en est parfaitement consciente. Plusieurs années après #MeToo, après les révélations successives sur des figures du show-business français, le constat de Belaïdi montre que les mentalités évoluent lentement dans certains cercles de production.
Heureusement, la comédienne n’a pas traversé cette épreuve totalement seule. Elle souligne le rôle déterminant de son entourage professionnel : « Je suis protégée par le fait que j’ai mon agent qui me croit ou mon attachée de presse qui me croit », explique-t-elle. Être crue : un luxe qui, dans ce milieu, ne devrait pourtant pas en être un.
Un témoignage qui fait écho à d’autres affaires
Le récit d’Alice Belaïdi s’inscrit dans une série de prises de parole qui, depuis quelques années, lèvent le voile sur les coulisses du cinéma français. Des accusations portées contre Patrick Bruel aux récits sur Gérard Depardieu, le même schéma revient : des hommes puissants, un silence collectif, et des femmes qui prennent des risques en parlant.
Ce qui distingue le témoignage de Belaïdi, c’est sa précision sur les conséquences. Beaucoup de victimes racontent l’agression. Peu décrivent aussi clairement le mécanisme de représailles qui suit la dénonciation. Être virée d’un film pour avoir dit non, c’est un signal envoyé à toutes les autres : taisez-vous ou payez le prix.
L’actrice, qui s’est aussi engagée publiquement sur la question migratoire — elle a déclaré être prête à donner 50 % de son salaire pour aider les migrants —, n’est visiblement pas du genre à se taire pour protéger sa carrière. À 30 ans passés, avec un parcours qui force le respect et un succès public solide, Alice Belaïdi a choisi de parler. Et de nommer ce que beaucoup, dans son milieu, préfèrent encore ignorer.