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Patrick Bruel accusé de violences sexuelles par huit femmes : ce que révèle Mediapart

Publié par Elsa Fanjul le 18 Mar 2026 à 19:26

Une enquête explosive signée Mediapart

Patrick Bruel accusé de violences sexuelles par huit femmes : ce que révèle Mediapart
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Ce mercredi 18 mars, le site d’investigation Mediapart publie une enquête qui secoue le monde du showbiz français. Huit femmes y témoignent de violences sexistes et sexuelles qu’aurait commises Patrick Bruel sur une période de plus de vingt-cinq ans, entre 1992 et 2019.

Patrick Bruel accusé de violences sexuelles par huit femmes : ce que révèle Mediapart

Parmi elles, au moins deux ont déposé plainte. L’une des victimes présumées était mineure au moment des faits qui lui sont reprochés. L’artiste de 66 ans, lui, dément en bloc.

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Daniela Elstner brise le silence et porte plainte

C’est le témoignage le plus documenté de l’enquête. Daniela Elstner, aujourd’hui directrice générale d’Unifrance, a accepté de témoigner à visage découvert. Elle affirme avoir déposé plainte contre Patrick Bruel pour tentative de viol et agression sexuelle.

Les faits qu’elle décrit remontent à novembre 1997, lors du festival du film français d’Acapulco, au Mexique. Elle avait alors 26 ans et travaillait comme assistante chez Unifrance.

Selon son récit, le chanteur se serait jeté sur elle dans son bungalow. Elle dit avoir « hurlé » et « repoussé vivement » Patrick Bruel avant de parvenir à « s’enfuir ». « Aujourd’hui, je suis prête à parler, et je dépose une plainte que j’aurais dû déposer il y a trente ans », a-t-elle déclaré à Mediapart.

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Mais l’affaire ne s’arrête pas là. Une seconde humiliation l’attendait, quelques mois plus tard à Paris.

Une excuse qui sonne creux : « Je ne sais pas de quoi, mais je m’excuse »

Illustration - Patrick Bruel accusations violences sexuelles

Selon Mediapart, les agissements de Patrick Bruel à l’encontre de Daniela Elstner auraient été rapportés à l’époque au président d’Unifrance. Ce dernier aurait demandé au chanteur de présenter des excuses lors d’un cocktail à l’hôtel de ville de Paris, en janvier 1998.

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Face à elle, Patrick Bruel aurait alors prononcé cette phrase : « Je ne sais pas de quoi, mais je m’excuse. » Une formulation qui a profondément blessé la jeune femme. « Pour moi, c’était une seconde humiliation », confie-t-elle au média.

Ce détail illustre une réalité souvent décrite dans les affaires de violences en milieu professionnel : les faits étaient connus, ou du moins suspectés, bien au-delà des seules victimes. Un schéma que l’on retrouve dans d’autres affaires similaires du cinéma français, où des comportements dénoncés en interne n’ont jamais abouti à des conséquences judiciaires immédiates.

Une enquête préliminaire pour viol en cours à Saint-Malo

La deuxième plainte, déposée en septembre 2014, est encore plus grave. Une femme accuse Patrick Bruel de viol. Les faits dénoncés se seraient produits en octobre 2012, lors du festival du film britannique de Dinard, en Ille-et-Vilaine.

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À cette époque, le chanteur présidait le jury du festival. Toujours selon Mediapart, une enquête préliminaire est actuellement en cours au parquet de Saint-Malo.

Ce n’est pas la première procédure judiciaire visant l’artiste. Et ce n’est pas non plus la première fois que son nom circule dans ce type d’affaires.

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2019 : déjà des accusations de masseuses, une enquête ouverte

Illustration - Patrick Bruel accusations violences sexuelles
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En 2019, cinq femmes travaillant comme masseuses dans des spas de luxe avaient déjà mis en cause le comportement de Patrick Bruel. Quatre d’entre elles avaient saisi la justice.

Une enquête préliminaire avait alors été ouverte pour agression sexuelle, harcèlement sexuel et exhibition sexuelle. L’artiste avait nié toutes les accusations.

Cette nouvelle enquête de Mediapart vient donc s’inscrire dans un contexte où des alertes avaient déjà été lancées, sans que cela n’ait suffi à provoquer de véritable prise de conscience publique. Une liste de noms du monde du spectacle français accusés de comportements similaires circule depuis plusieurs années, alimentée au fil des témoignages.

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Jeanne : un viol rapporté, une rencontre qui remonte à ses 15 ans

L’une des histoires les plus bouleversantes du dossier est celle de Jeanne — un prénom d’emprunt. Elle avait 15 ans en 1991 lorsqu’elle a croisé Patrick Bruel pour la première fois, lors des Victoires de la musique où elle avait réussi à décrocher une dédicace.

La jeune femme l’a ensuite revu à Roland-Garros, où elle travaillait comme hôtesse d’accueil, puis sur le tournage du film Le Jaguar, où elle figurait comme actrice de complément. Des rencontres répétées, une proximité progressive.

Elle affirme avoir subi « un viol » en 2000, au domicile du chanteur. Les deux s’étaient déjà vus à plusieurs reprises et avaient eu des rapports sexuels auparavant. Elle dit avoir été forcée à lui faire une fellation. Un récit glaçant, qui illustre la complexité des dynamiques de pouvoir dans ces situations.

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Maja, 15 ans, et la remarque de Yannick Noah

Illustration - Patrick Bruel accusations violences sexuelles

Un autre témoignage retient l’attention. Maja — prénom modifié — avait également 15 ans en septembre 1992 lorsqu’elle croise Patrick Bruel à l’US Open de tennis. Elle raconte que le chanteur « s’est jeté sur elle » et a tenté de l’embrasser de force à deux reprises dans la même journée : d’abord dans un ascenseur, puis dans les gradins.

Il serait revenu la voir quelques jours plus tard, lui aurait demandé de le rappeler et de rejoindre sa chambre d’hôtel. Une femme plus âgée, inquiète des intentions de l’artiste, l’aurait accompagnée pour la protéger.

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Ce qui rend ce témoignage particulièrement frappant, c’est la présence d’un tiers bien connu : Yannick Noah, alors consultant pour Canal +. Selon Maja, il aurait lancé à Patrick Bruel : « Ah ben Bru, tu les prends à la maternelle maintenant ! »

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Contacté par Mediapart, l’ancien tennisman a déclaré : « S’il s’était passé quelque chose de grave en ma présence, je m’en serais souvenu. »

Maja ajoute que Patrick Bruel aurait arrêté toute approche le jour où il a appris que son père travaillait pour L’Équipe. Un détail révélateur sur la façon dont certaines protections sociales peuvent, parfois, suffire à stopper ce type de comportements.

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Acapulco, 1997 : une actrice dans un taxi

Le festival du film français d’Acapulco de 1997 revient comme un fil rouge dans plusieurs récits. Ce même événement où Daniela Elstner rapporte avoir été agressée dans un bungalow est aussi le cadre d’un autre témoignage troublant.

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Une actrice, âgée de 27 ans à l’époque, raconte que Patrick Bruel se serait « jeté » sur elle dans un taxi. « Je ne le connaissais pas, il a mis sa main sur ma cuisse, il a tenté de m’embrasser de force. Il insistait, je le repoussais, il insistait », raconte-t-elle à Mediapart.

Ces femmes n’avaient pas gardé le silence à l’époque, selon le site d’investigation. Elles en avaient parlé à d’autres personnes, qui auraient fait remonter les faits au sein de l’équipe d’Unifrance. Sans suite visible.

Ce silence institutionnel autour de comportements connus de certains rappelle d’autres affaires emblématiques. Gérard Depardieu, lui, a dû reconnaître un contact physique avec une plaignante lors de son procès, dans un dossier qui a également mis des années à émerger publiquement.

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Ce que dit Patrick Bruel par la voix de son avocat

Illustration - Patrick Bruel accusations violences sexuelles

Face à ces accusations, Patrick Bruel ne reste pas silencieux. Son avocat, Maître Christophe Ingrain, a répondu à Mediapart en démentant « toute accusation de viol » et toutes « les allégations de violence, de brutalité, ou de contrainte ».

L’artiste dit cependant « regretter profondément les souffrances que l’on perçoit à la lecture » des témoignages recueillis par le média. Il affirme par ailleurs n’avoir « jamais rien imposé à quiconque » et n’être « jamais passé outre les réticences ou le refus d’une femme ».

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Une réponse qui, pour les victimes présumées et leurs soutiens, ne suffit pas à effacer la profondeur des récits recueillis par Mediapart.

Un schéma qui dépasse le cas Bruel

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large. Depuis l’émergence du mouvement #MeToo, de nombreuses affaires similaires ont éclaboussé le monde du spectacle, en France comme ailleurs.

Sara Forestier a raconté en larmes les violences qu’elle a subies dans le cinéma. Laury Thilleman a brisé le silence sur une agression commise par Ary Abittan. Cauet a été placé en garde à vue pour viols et agressions sexuelles.

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Ces affaires posent toutes la même question fondamentale : combien de temps faut-il, combien de femmes doivent parler, avant que les mécanismes de protection s’enclenchent vraiment ?

Le débat autour du mouvement MeToo reste vif en France, où certaines voix continuent de minimiser la parole des victimes ou de remettre en question la légitimité de ces prises de parole publiques.

La suite judiciaire à surveiller de près

Deux procédures judiciaires sont désormais clairement identifiées. D’un côté, la plainte de Daniela Elstner pour tentative de viol et agression sexuelle. De l’autre, une enquête préliminaire en cours au parquet de Saint-Malo pour des faits de viol remontant à 2012.

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À cela s’ajoute l’enquête préliminaire déjà ouverte depuis 2019 pour agression sexuelle, harcèlement sexuel et exhibition sexuelle, liée aux témoignages des masseuses.

Patrick Bruel est donc au cœur de plusieurs dossiers judiciaires simultanés. L’issue de ces procédures, et le traitement médiatique qui en découlera, seront scrutés de très près dans les semaines à venir.

Pour l’heure, les huit femmes qui ont accepté de témoigner auprès de Mediapart ont fait un choix courageux. Celui de mettre des mots sur des faits longtemps tus, dans l’espoir que la justice, cette fois, suive.

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