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Ton voisin plante un arbre qui bouche ta vue ou envahit ton jardin ? La loi lui impose une règle méconnue que presque personne ne connaît

Publié par Mathieu le 11 Mai 2026 à 15:02

Un arbre planté trop près de ta clôture, des racines qui soulèvent ta terrasse, des branches qui te privent de lumière depuis des années… Tu as certainement vécu ça — ou tu le vis en ce moment. Et comme la plupart des gens, tu as probablement pensé que tu ne pouvais rien faire, que c’était la vie de voisinage, qu’il fallait faire avec.

Tu avais tort. La loi encadre très précisément la plantation des arbres entre voisins. Et mieux encore : si ton voisin n’a pas respecté les règles, tu peux légalement exiger qu’il coupe, élague, voire arrache son arbre — même s’il l’a planté il y a vingt ans.

voisin jardin arbre branches dépassant clôture

Ce que dit exactement le Code civil sur les arbres entre voisins

L’article 671 du Code civil est clair : tout arbre, arbuste ou arbisseau doit être planté à une distance minimale de la limite de propriété voisine. Cette distance n’est pas laissée à l’appréciation de chacun — elle est fixée par la loi.

Concrètement, voilà la règle de base : 2 mètres minimum pour les plantations dont la hauteur dépasse ou dépassera deux mètres à maturité. 0,5 mètre (soit 50 centimètres) pour toutes les autres plantations plus petites. Ces distances se mesurent depuis le centre du tronc jusqu’à la limite séparative des deux terrains.

Attention : ces distances sont celles prévues par la loi nationale, mais elles peuvent être modifiées par les règlements locaux d’urbanisme ou les usages locaux constants. Dans certaines communes, un Plan Local d’Urbanisme (PLU) fixe des distances différentes. En cas de doute, la mairie peut te renseigner sur les règles applicables à ta situation précise.

mesure distance arbre limite propriété jardin

Les droits concrets que tu peux exercer dès maintenant

Si ton voisin n’a pas respecté ces distances, tu es en droit d’exiger qu’il arrache ou réduise la hauteur de la plantation concernée. C’est l’article 672 du Code civil qui l’affirme. Et contrairement à ce que beaucoup croient, ce droit ne disparaît pas avec le temps — sous certaines conditions.

La prescription en matière d’arbres mal plantés est de 30 ans à compter du jour de la plantation. Autrement dit, si l’arbre a été planté il y a quinze ans trop près de ta clôture, tu peux encore agir. Passé trente ans en revanche, le droit de réclamer l’arrachage s’éteint. Mais un arbre de trente ans bien établi, c’est rare qu’il ne pose aucun problème — donc mieux vaut ne pas attendre.

Et si l’arbre respecte la distance, mais que ses branches envahissent ton terrain ? Là aussi, la loi est de ton côté : l’article 673 du Code civil t’autorise à contraindre ton voisin à couper les branches qui débordent au-dessus de ta propriété. En revanche, tu ne peux pas les couper toi-même sans son accord — c’est son arbre, sa propriété. Par contre, les racines et ronces qui dépassent sur ton terrain, toi tu peux les couper directement, sans demander la permission.

Ces droits s’appliquent à tous les types de plantations : haies, arbustes décoratifs, bambous (dont les rhizomes invasifs font d’ailleurs l’objet de contentieux de plus en plus fréquents), fruitiers ou grands arbres. Si les problèmes de voisinage te parlent, tu retrouveras d’autres situations encadrées par la loi sur les nuisances de voisinage depuis 2024 ou encore les travaux incessants qui empoisonnent la vie — la loi prévoit des recours dans tous ces cas.

femme rédige lettre recommandée litige voisinage

Comment faire respecter tes droits sans aller au tribunal

La première étape, c’est toujours la lettre recommandée avec accusé de réception. Tu y rappelles l’article 671 du Code civil, tu mesures et notes la distance constatée, et tu demandes à ton voisin de régulariser la situation dans un délai raisonnable — en général 30 à 60 jours. Garde une copie de tout, prends des photos datées.

Si ton voisin ignore ta lettre ou refuse, la prochaine étape avant le tribunal est la médiation. Depuis 2020, la loi impose même une tentative de résolution amiable avant toute saisine du juge pour les conflits de voisinage courants. Tu peux passer par un conciliateur de justice (gratuit, accessible en mairie ou sur justice.fr) ou un médiateur agréé.

En dernier recours, le tribunal judiciaire est compétent. Le juge peut ordonner l’élagage ou l’arrachage de l’arbre, et même condamner ton voisin à payer les frais si tu as dû prendre un avocat. Pour des situations similaires où les droits des particuliers sont mal connus face à leurs bailleurs ou propriétaires, nos articles sur les droits des locataires ou sur l’entrée sans prévenir d’un propriétaire montrent que la loi protège souvent bien plus qu’on ne le pense.

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Pour les haies mitoyennes (plantées exactement sur la limite séparative avec l’accord des deux parties), les règles sont différentes : elles appartiennent aux deux voisins et aucun ne peut les supprimer seul. Les frais d’entretien sont en principe partagés.

Les pièges qui font perdre des droits — et les cas particuliers

Premier piège : penser que parce que l’arbre existait avant ton arrivée, tu n’as rien à dire. Faux. Le droit de réclamer l’arrachage court depuis la date de plantation, pas depuis la date à laquelle tu as acheté ou loué le terrain. Si la plantation remonte à moins de trente ans et qu’elle ne respecte pas les distances, tu peux agir même si tu n’étais pas encore là.

Deuxième piège : attendre que les problèmes s’aggravent sans rien faire. Plus tu laisses passer le temps, plus tu approches de la prescription trentenaire — et plus la situation devient difficile à prouver. Une lettre recommandée envoyée aujourd’hui interrompt la prescription et remet le compteur à zéro.

racines bambou envahissent terrasse jardin voisin

Troisième piège : couper toi-même les branches qui dépassent. C’est tentant, mais légalement risqué. Seules les racines et les ronces qui empiètent sur ton terrain te donnent un droit d’intervention directe. Les branches, elles, restent la propriété de ton voisin. Tu dois l’y contraindre, pas le faire à sa place — sinon c’est toi qui te retrouves en tort. Attention aussi à ne pas confondre arbre planté hors distances et servitude de passage : ce sont deux régimes juridiques distincts.

Enfin, un cas souvent ignoré : les bambous. Leurs rhizomes peuvent s’étendre de plusieurs mètres sous terre et ressurgir chez le voisin. La jurisprudence les traite comme n’importe quelle autre plantation envahissante — ton voisin est responsable des dommages causés par ses rhizomes sur ton terrain, et tu peux lui réclamer réparation. Si tu es du côté de celui qui plante, rappelle-toi aussi que certaines plantes sont carrément interdites en France — une amende peut tomber avant même tout conflit de voisinage.

Ce que tu peux faire concrètement dès ce week-end

Commence par mesurer. Prends un mètre depuis le centre du tronc jusqu’à la limite de ta propriété. Si c’est inférieur à 2 mètres pour un arbre qui dépasse (ou dépassera) deux mètres de hauteur, tu as un dossier. Si c’est inférieur à 50 cm pour une haie basse, idem.

Ensuite, documente tout : photos avec date, mesures précises, description des nuisances (ombre, racines, chutes de branches). Cette documentation sera la base de ta lettre recommandée et, si besoin, de ton dossier devant le conciliateur ou le juge.

Voici un modèle de courrier simple à adapter : « Madame, Monsieur, Je vous informe que l’arbre [type] planté sur votre terrain à [X mètres] de notre limite séparative ne respecte pas les dispositions de l’article 671 du Code civil, qui impose une distance minimale de deux mètres. Je vous demande de bien vouloir régulariser cette situation dans un délai de 30 jours, par élagage ou arrachage. Sans réponse de votre part, je me verrai contraint(e) de saisir un conciliateur de justice. »

Le conciliateur de justice est gratuit, disponible dans toutes les mairies et en ligne sur justice.fr. C’est le moyen le plus rapide — et le moins coûteux — de résoudre ce type de litige sans passer par un avocat.

Un droit que tu ignorais peut-être, mais qui est là depuis des décennies dans le Code civil. Si cet article t’a appris quelque chose, envoie-le à quelqu’un qui en a besoin — les conflits de voisinage pour des arbres mal plantés sont bien plus fréquents qu’on ne le croit, et la plupart se terminent faute de savoir qu’on pouvait agir.

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1 commentaire

  • a
    aquicour
    11/05/2026 à 16:55
    Bonsoir,J'habite BORDEAUX et je crois qu'il excite pour la ville une dérogation ( 1880 ?) On peut planter à ras du voisinEditer par la chambre d'agriculture.A vérifierMerci

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