Biarritz : cette fraude à la résidence principale coûte 750 000 euros à la ville

Déclarer sa résidence secondaire comme résidence principale pour ne plus payer la taxe d’habitation. L’idée paraît tentante, et visiblement, plus d’un millier de propriétaires à Biarritz n’ont pas résisté. Sauf que la mairie a fait les comptes, et l’addition est salée — pour tout le monde. Voici comment une combine fiscale a creusé un trou d’un million d’euros dans les caisses de la cité basque.
Biarritz face à 1 000 logements frauduleusement reclassés
Tout part d’un constat dressé par la municipalité : depuis 2024, le nombre de résidences secondaires déclarées à Biarritz a chuté de 11,5 %. Pas parce que les propriétaires ont vendu. Pas parce qu’ils ont emménagé à l’année. Non. Plus de 1 000 logements ont simplement basculé, sur le papier, en résidence principale. Un tour de passe-passe administratif qui exploite un double levier réglementaire.
D’un côté, la loi de finances de 2020 a progressivement supprimé la taxe d’habitation sur les résidences principales, jusqu’à sa disparition totale en 2023. De l’autre, la mairie de Biarritz a décidé en 2021 de frapper au portefeuille les propriétaires de résidences secondaires en augmentant leur taxe de 60 %. L’objectif était clair : répondre à la crise du logement qui étrangle le Pays basque. Mais certains ont préféré frauder plutôt que payer.
750 000 euros évaporés et un effet domino sur le logement social
Le résultat est brutal. Selon Manuela Dizier Chanfreau, élue municipale, Biarritz accuse un manque à gagner de 750 000 euros de taxe d’habitation. Et ce n’est que la première couche du problème. Car cette fraude fiscale provoque un effet pervers que personne n’avait anticipé.
En gonflant artificiellement le nombre de résidences principales, les déclarations mensongères faussent le calcul du pourcentage de logements sociaux dans la commune. Résultat : la pénalité SRU — cette amende que paient les villes qui n’atteignent pas leur quota de HLM — a bondi de 250 000 euros. Le total grimpe donc à un million d’euros pour la municipalité désormais dirigée par Serge Blanco. Un million qui ne financera ni crèches, ni voirie, ni infrastructures. Tout ça parce que des propriétaires ont coché la mauvaise case sur leur déclaration fiscale.

Redressement fiscal et 3 ans de rétroactivité : la riposte s’organise
Des gestes qui semblent anodins peuvent coûter très cher. Les fraudeurs de Biarritz vont l’apprendre à leurs dépens. La mairie a signé une convention avec les services fiscaux pour traquer les fausses déclarations. Concrètement, l’administration va croiser les données de consommation d’eau, d’électricité et de présence réelle dans les logements concernés.
Les propriétaires pris la main dans le sac s’exposent à un redressement fiscal assorti de trois années de rétroactivité sur la taxe d’habitation secondaire majorée. Autrement dit, la facture pourrait atteindre plusieurs milliers d’euros par foyer. Comme le rappelait récemment France 3 Nouvelle-Aquitaine, la municipalité entend récupérer chaque euro manquant. L’ère de l’impunité fiscale au bord de l’océan touche à sa fin.
Cocher une case sur un formulaire n’a jamais été un acte anodin — à Biarritz, ça vaut désormais un million d’euros et un redressement. La cité basque n’est d’ailleurs pas la seule ville balnéaire à subir ce phénomène. Reste à savoir combien de communes françaises découvriront bientôt le même trou dans leurs caisses.