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Un Picasso de 1941 estimé à plus d’un million d’euros mis en jeu pour 100 € : le tirage au sort est ce mardi

Publié par Elsa Fanjul le 13 Avr 2026 à 11:11

Une œuvre de Pablo Picasso peinte pendant la Seconde Guerre mondiale va changer de propriétaire ce mardi 14 avril à 18 heures. Le prix d’entrée : 100 euros. Le hic : 120 000 personnes peuvent tenter leur chance, mais une seule repartira avec le tableau sous le bras. Les fonds récoltés serviront à financer la recherche sur la maladie d’Alzheimer en Europe.

Une gouache de 1941 estimée à plus d’un million de dollars

L’œuvre en question s’appelle Tête de Femme. C’est une gouache réalisée par Picasso en 1941, en pleine Occupation, dans son atelier parisien. Le visage représenté arbore des traits déformés, traités dans des nuances de gris, caractéristiques de la période sombre que traversait alors l’artiste espagnol.

Son estimation officielle dépasse le million de dollars. Mais selon Olivier Widmaier Picasso, petit-fils du peintre et soutien actif de l’opération, sa valeur réelle serait bien supérieure. L’œuvre n’est pas un dessin mineur ni une esquisse de coin de table : c’est une pièce à part entière du catalogue de guerre de Picasso, une période que les collectionneurs s’arrachent.

Pour situer l’échelle des prix : en 2023, un tableau signé Picasso pouvait se négocier entre quelques centaines de milliers d’euros et plusieurs dizaines de millions en salle de ventes. Ici, pas de paddle levé dans une salle feutrée chez Christie’s. Juste un billet à 100 euros et une bonne étoile.

Reste à savoir comment une telle opération fonctionne concrètement — et surtout, à qui profitent vraiment les millions récoltés.

Le mécanisme : 120 000 billets, un seul gagnant

Le principe est limpide. L’opération s’appelle « 1 Picasso pour 100 euros » et fonctionne comme une loterie caritative. Les billets sont vendus en ligne, chacun au prix fixe de 100 euros, sur le site dédié à la vente. Au total, 120 000 tickets sont disponibles.

Si tous les billets se vendent, la cagnotte atteindra 12 millions d’euros. Même en déduisant les frais d’organisation, l’opération génère un levier colossal par rapport à une vente aux enchères classique qui n’aurait rapporté qu’un à deux millions. Le calcul est simple : transformer un objet d’art en produit d’appel grand public multiplie les recettes.

Gouache Tête de Femme de Picasso peinte en 1941

Le tirage au sort aura lieu ce mardi 14 avril à 18 heures, à Paris. Une seule personne sera désignée. Et cette personne pourra faire exactement ce qu’elle veut de l’œuvre : l’accrocher dans son salon, la prêter à un musée, ou la remettre en vente — cette fois au prix du marché.

L’idée d’un Picasso dans un salon lambda a quelque chose de vertigineux. Mais ce n’est pas la première fois que cette mécanique est testée — et les précédentes éditions racontent une histoire plus large.

Troisième édition : du Liban au Covid, un modèle qui s’installe

Ce tirage au sort n’est pas un coup d’éclat isolé. Il s’agit de la troisième édition de l’opération. Les deux précédentes avaient déjà mis en jeu des œuvres de Picasso selon le même principe, mais au profit de causes différentes.

La première édition avait financé la préservation du patrimoine culturel au Liban, un pays dont les sites historiques ont été dévastés par des années de crise. La deuxième avait soutenu des programmes d’accès à l’eau potable pendant la pandémie de Covid-19. À chaque fois, le levier est identique : utiliser la puissance symbolique du nom Picasso pour attirer un public bien au-delà du cercle habituel des collectionneurs.

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Ce qui frappe, c’est la diversité des causes. On passe du patrimoine libanais à l’accès à l’eau, puis à la recherche médicale européenne. Le point commun n’est pas thématique : c’est le mécanisme de financement lui-même qui constitue le projet. Comme pour certaines initiatives caritatives médiatisées, la frontière entre événement culturel et collecte de fonds s’efface volontairement.

Cette année, les millions visent un ennemi bien précis — et le choix de la cause n’a rien d’anodin quand on connaît les chiffres de la maladie en France.

Pourquoi Alzheimer : une cause qui touche 1,2 million de Français

Les bénéfices de cette troisième édition seront intégralement reversés à la Fondation Recherche Alzheimer. Cette structure finance des projets de recherche clinique à l’échelle européenne, avec un objectif clair : accélérer la mise au point de traitements contre les maladies neurodégénératives.

Personne achetant un billet pour la loterie Picasso en ligne

En France, plus de 1,2 million de personnes vivent avec la maladie d’Alzheimer ou une pathologie apparentée. Chaque année, environ 225 000 nouveaux cas sont diagnostiqués. Les traitements actuels ralentissent les symptômes mais ne guérissent pas. La recherche clinique reste le principal espoir, et elle coûte cher — très cher.

Le choix d’Alzheimer résonne aussi avec le profil démographique des acheteurs potentiels de billets. À 100 euros le ticket, l’opération vise un public adulte, souvent concerné de près ou de loin par la maladie — un parent, un grand-parent. Adopter des habitudes préventives reste essentiel, mais le financement de la recherche demeure la clé pour espérer un jour vaincre la maladie.

Olivier Widmaier Picasso défend cette vision : faire circuler l’art plutôt que de le laisser dormir dans un coffre, et utiliser sa valeur marchande comme levier pour une cause collective. Une philosophie qui tranche avec l’image élitiste du marché de l’art.

Ce que le gagnant pourra faire de son Picasso

Contrairement à certains lots de tombola assortis de conditions restrictives, l’heureux élu disposera librement de Tête de Femme. Aucune clause de conservation, aucune obligation de prêt. Le tableau devient sa pleine propriété, avec toutes les prérogatives que cela implique.

Concrètement, trois options s’offrent au gagnant. Première possibilité : garder l’œuvre chez soi. Un Picasso de 1941 au-dessus du canapé, c’est un sacré sujet de conversation — et accessoirement un investissement qui prend de la valeur avec le temps. Deuxième option : la prêter à un musée ou une galerie. Le prestige sans les contraintes de stockage sécurisé. Troisième option : la revendre. Au prix du marché cette fois, c’est-à-dire potentiellement bien au-delà du million d’euros estimé.

L’histoire rappelle d’autres découvertes improbables, comme celle de cette grand-mère tombée sur un trésor en rangeant son grenier. Sauf qu’ici, pas besoin de fouiller : il suffit d’un billet et de 100 euros. Le tirage a lieu dans quelques heures. À 18 heures précises, quelqu’un deviendra propriétaire d’un morceau d’histoire de l’art — pour le prix d’un dîner au restaurant.

Couple dans un musée soutenant la recherche sur Alzheimer

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