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Adieu la voiture solo : vers une interdiction de rouler seul dans les grandes villes

Publié par Elsa Lepic le 05 Mai 2026 à 8:19

85 % des voitures qui circulent chaque jour en Espagne ne transportent qu’une seule personne. Le gouvernement veut que ça change — et il prépare un texte de loi qui pourrait transformer radicalement les habitudes de millions de conducteurs. L’idée ? Interdire aux voitures avec un seul occupant l’accès à certaines zones urbaines. Un concept qui existe déjà sur autoroute, mais qui débarquerait cette fois en plein centre-ville.

Un décret en préparation dans les ministères

Le projet est porté conjointement par le ministère de la Transition écologique et celui de l’Intérieur, sous la direction de Sara Aagensen et Fernando Grande-Marlaska. Il prend la forme d’un projet de Real Decreto — l’équivalent d’un décret en droit espagnol — qui vise à modifier les règles encadrant les Zones de Bajas Emisiones (ZBE), les fameuses zones à faibles émissions déjà actives dans plusieurs grandes villes.

Embouteillage en ville espagnole avec conducteurs seuls

Selon le média spécialisé Autopista, le texte en cours de rédaction donnerait aux municipalités de nouveaux outils pour restreindre l’accès à certaines rues ou certains quartiers. L’objectif affiché : réduire les embouteillages et améliorer la qualité de l’air. Mais la mesure phare du décret va bien au-delà des simples étiquettes environnementales.

Car jusqu’ici, les ZBE espagnoles fonctionnaient sur un principe simple : interdire les véhicules les plus polluants. Madrid et Bilbao, par exemple, bloquent l’accès aux voitures les plus anciennes, celles dépourvues de vignette environnementale. Sauf que le gouvernement estime que ce critère ne suffit plus.

Le directeur de la DGT lâche une phrase qui résume tout

Pere Navarro, le patron de la Direction générale du trafic (DGT), l’équivalent espagnol de notre Sécurité routière, a posé le cadre sans détour. Sa formule : « Le futur des voitures sera partagé ou ne sera pas. » Une déclaration qui a fait réagir de l’autre côté des Pyrénées et qui traduit un virage idéologique clair dans la politique de mobilité espagnole.

Concrètement, le nouveau décret permettrait aux mairies d’interdire l’accès aux ZBE aux véhicules ne transportant qu’un seul occupant. Autrement dit, si vous êtes seul au volant, vous restez dehors. Les exceptions n’ont pas encore été définies, mais le texte prévoit que chaque municipalité fixera ses propres conditions d’accès.

Panneau de zone à faibles émissions en Espagne

La logique n’est pas totalement inédite. Elle s’inspire directement des carriles VAO — les voies réservées aux véhicules à haute occupation — qui existent déjà sur certaines autoroutes espagnoles. Sauf que cette fois, le principe sort de l’autoroute pour s’installer au cœur des agglomérations. Et ça change tout pour le quotidien des automobilistes.

85 % des voitures roulent avec une seule personne à bord

Le chiffre est vertigineux et c’est la DGT elle-même qui le fournit. Jusqu’à 85 % des véhicules en circulation ne transportent que leur conducteur. Cinq places disponibles, une seule occupée. Des tonnes de métal, d’énergie et d’espace urbain mobilisées pour déplacer une personne.

C’est ce constat qui justifie, selon le gouvernement, une approche radicalement différente. Les ZBE ne se contenteraient plus de trier les voitures selon leur niveau de pollution, mais aussi selon leur taux d’occupation. Un véhicule électrique flambant neuf avec sa vignette « Cero Emisiones » pourrait donc se voir refuser l’accès s’il n’a qu’un conducteur à bord.

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Le texte du décret est explicite sur les pouvoirs accordés aux maires : « Les autorités municipales pourront, par ordonnance municipale, établir des restrictions d’accès de véhicules à des zones, voies ou tronçons de voies urbaines afin d’améliorer la sécurité des usagers ou de rationaliser l’usage des voies urbaines. » Autrement dit, chaque ville sera libre d’adapter la mesure à sa réalité locale.

Des restrictions qui ne s’arrêtent pas à la pollution

Le décret en préparation ne se limite pas à la question de l’occupation des véhicules. Il ouvre aussi la porte à de nouvelles restrictions basées sur la sécurité. Les voitures jugées moins sûres — notamment celles dépourvues de systèmes d’aide à la conduite — pourraient elles aussi se voir barrer la route dans certaines zones.

Siège passager vide dans une voiture en zone urbaine

Les experts anticipent d’ailleurs un durcissement progressif. Aujourd’hui, ce sont les véhicules sans étiquette environnementale qui sont ciblés. Demain, les étiquettes B et C pourraient à leur tour être exclues des ZBE. Et avec ce nouveau critère d’occupation, même les voitures les plus propres devront composer avec des règles inédites.

Le texte définitif du Real Decreto n’a pas encore été publié. Mais les signaux sont clairs : l’application sera progressive, municipalité par municipalité, avec une montée en puissance qui laissera aux conducteurs le temps de s’adapter. Ou du moins, c’est l’intention affichée.

Et si la France suivait le même chemin ?

La question mérite d’être posée. La France dispose déjà de ses propres ZFE (Zones à Faibles Émissions), qui interdisent progressivement les véhicules les plus polluants dans les grandes métropoles. Lyon, Paris, Marseille, Strasbourg… la liste s’allonge chaque année, et les critères se durcissent.

Le modèle espagnol du covoiturage obligatoire en ville pourrait-il traverser les Pyrénées ? Aucune mesure similaire n’est actuellement sur la table en France. Mais l’idée des voies réservées au covoiturage progresse déjà : sur l’A6 en Île-de-France ou l’A48 à Grenoble, des voies dédiées aux véhicules avec au moins deux passagers existent depuis peu.

Pour les 13 millions de Français qui prennent leur voiture seuls chaque matin pour aller travailler, l’annonce espagnole a valeur de signal d’alerte. Le covoiturage n’est plus simplement encouragé — chez nos voisins, il pourrait devenir une condition d’accès aux centres-villes. Un changement d’habitude que Pere Navarro résume d’une formule qu’il va être difficile d’oublier : le futur de la voiture sera partagé, ou ne sera pas.

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1 commentaire

  • C
    Christo
    06/05/2026 à 11:11
    Vive la restriction de liberté(au nom de l'écologie ou pas)! C'est le message envoyé aux automobilistes. On paye la voiture et tout ce qui l'encadre, carburant plus cher que jamais. La voiture est un modèle de liberté. Aujourd'hui, covoiturage imposé sur une file sur autoroute et demain dans les grandes villes et après-demain ?

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