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Canal+ coupe les ponts avec 600 signataires d’une pétition anti-Bolloré à Cannes

Publié par Killian le 19 Mai 2026 à 7:59
Palais des Festivals de Cannes au coucher du soleil

Le Festival de Cannes 2026 avait déjà son lot de polémiques. Mais personne n’attendait celle-là. Maxime Saada, patron de Canal+, a déclaré publiquement que son groupe ne travaillerait plus avec les quelque 600 professionnels ayant signé une tribune contre l’influence de Vincent Bolloré dans le cinéma français. Une décision radicale, assumée en pleine Croisette, qui pourrait redessiner les rapports de force entre création et financement.

Une tribune anti-Bolloré qui a mis le feu aux poudres à Cannes

Tout est parti d’un texte publié six jours avant la déclaration de Saada. Parmi les signataires : Juliette Binoche, Swann Arlaud ou encore Adèle Haenel. La tribune s’alarme de la volonté de Canal+ de prendre le contrôle total d’UGC, le réseau de salles de cinéma dont le groupe détient déjà 34 % depuis septembre, avec l’objectif d’en acquérir la totalité d’ici 2028.

Un scénario qui inquiète une partie de la profession. Quand un seul acteur finance, distribue et diffuse, la question de l’indépendance éditoriale se pose forcément. Sauf que sur la Croisette, l’écho de cette tribune est resté étonnamment limité. Beaucoup de professionnels présents au Festival de Cannes peinent à constater un changement concret de ligne au sein de Canal+. Alors, simple peur anticipée ou vrai signal d’alarme ?

« Je ne travaillerai plus avec eux » : la réponse frontale de Maxime Saada

Le président du directoire de Canal+ n’a pas cherché la nuance. Lors du « brunch des producteurs » organisé par son groupe, il a lâché une phrase qui résonne comme un ultimatum : « Je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. » Pour lui, la tribune revient à qualifier ses équipes de « crypto-fascistes ». Une ligne rouge, selon ses propres mots.

Canal+ reste le premier financeur du cinéma français. Couper les liens avec 600 professionnels, c’est un séisme silencieux. Côté réalisateurs, les réactions sont partagées. Pierre Salvadori assure que des « garanties d’indépendance » existent encore. Charline Bourgeois-Tacquet, en lice pour la Palme d’or, rappelle que Canal+ a financé son film abordant les hôpitaux en souffrance et une histoire d’amour entre femmes. Preuve, selon elle, que la liberté de création n’est pas encore entamée. Mais cette coexistence fragile peut-elle survivre à une telle déclaration de guerre ? C’est là que les choses se compliquent pour les grands groupes qui mêlent pouvoir économique et influence culturelle.

Salle de cinéma vide avec faisceau de projecteur

Financement du cinéma français : le vrai problème derrière la polémique

La question de l’argent public se pose avec brutalité. Prenez un exemple concret : Le Grand Déplacement, réalisé par Jean-Pascal Zadi, l’un des signataires. Budget : 17,1 millions d’euros. Recettes estimées en salles : environ 523 880 euros, soit à peine 3 % du coût de production. Un gouffre financier comblé par les aides du CNC, les préachats obligatoires de Canal+ et de France Télévisions.

Ce système de quotas oblige les diffuseurs français à financer la production hexagonale pour avoir le droit de diffuser des films américains. Un modèle qui garantit la diversité culturelle, certes. Mais qui interroge quand les résultats commerciaux sont aussi faibles. À l’inverse, Netflix, soumis aux mêmes quotas, a produit Balle Perdue avec 10 millions de budget — pour 37 millions de vues en 28 jours dans le monde. Le contraste est saisissant.

Et au-delà du bras de fer Bolloré contre artistes, c’est toute l’économie du cinéma français qui vacille. Entre l’essor de l’intelligence artificielle dans la création vidéo et des plateformes qui redistribuent les cartes, la prochaine bataille ne sera peut-être même plus idéologique.

Canal+ a posé un ultimatum. 600 noms rayés d’un trait, en plein Cannes, devant les producteurs. Du jamais-vu. Reste une question vertigineuse : quand le premier financeur du cinéma français décide qui a le droit de tourner et qui ne l’a plus, qui protège encore la liberté de créer ?

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