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16 mai : le jour où un tube de dentifrice a révolutionné le monde… et où un Oscar a failli ne jamais exister

Publié par Claire le 15 Mai 2026 à 20:02

Certaines dates accumulent les événements comme d’autres collectionnent les coïncidences. Le 16 mai fait partie de celles-là. Ce jour-là, on a fondé une cérémonie que des milliards de personnes regardent chaque année, on a mis fin à un régime qui terrorisait la France, on a offert aux Américains un tube qui allait changer leurs matins… et on a vu naître un futur James Bond dans un quartier pauvre de Dublin. Accroche-toi, parce que ce 16 mai est bien plus riche qu’il n’y paraît.

1929 : Hollywood invente sa propre religion

Le 16 mai 1929, au Roosevelt Hotel de Los Angeles, 270 convives en smoking prennent place pour un dîner qui va marquer l’histoire du cinéma. C’est la toute première cérémonie des Academy Awards — ce qu’on appelle aujourd’hui les Oscars. Le décor est sobre, l’ambiance feutrée, et personne ne se doute que ce banquet deviendra le rendez-vous télévisé le plus regardé de la planète.

Première cérémonie des Oscars au Roosevelt Hotel en 1929

La cérémonie dure exactement quinze minutes. Les gagnants sont connus depuis trois mois — les noms ont été publiés dans la presse. Pas de suspense, pas d’enveloppe dorée, pas de discours larmoyant. Le premier « meilleur film » s’appelle Wings, un film muet sur la Première Guerre mondiale. L’ironie ? Hollywood récompense un film sans paroles au moment même où le cinéma parlant est en train de tout balayer.

Le mot « Oscar » lui-même n’apparaîtra officiellement qu’en 1939. Pendant dix ans, la statuette dorée n’a pas de surnom. La légende veut qu’une secrétaire de l’Académie ait trouvé que la figurine ressemblait à son oncle Oscar — mais personne n’a jamais pu le prouver. Ce qui est sûr, c’est que cette soirée du 16 mai a inventé un modèle que toutes les industries du divertissement copient encore aujourd’hui.

1770 : une dauphine de 14 ans arrive en France… et l’Histoire bascule

Le 16 mai 1770, Marie-Antoinette d’Autriche, 14 ans, épouse le futur Louis XVI à Versailles. La cérémonie est somptueuse. Trente mille bougies illuminent la chapelle royale, le festin dure des heures, et la foule venue de tout Paris acclame le cortège. Personne, ce soir-là, n’imagine que ce mariage va finir sous la guillotine.

Marie-Antoinette arrivant à Versailles pour son mariage en 1770

Le détail que les manuels scolaires oublient souvent : le marié a 15 ans, il est timide, maladroit et passionné de serrurerie. Il passe une partie de la soirée à bailler. Les ambassadeurs étrangers notent dans leurs dépêches que le jeune prince semble « accablé par l’ennui ». Quant à Marie-Antoinette, elle écrit à sa mère l’impératrice que Versailles est « magnifique mais glacial ».

Ce mariage diplomatique entre la France et l’Autriche devait sceller la paix entre deux puissances rivales. Dix-neuf ans plus tard, la Révolution française éclate. La dauphine devenue reine sera exécutée le 16 octobre 1793, accusée d’avoir ruiné le pays — une accusation en grande partie injuste, mais le symbole était trop puissant pour que quiconque prenne sa défense.

1943 : le ghetto de Varsovie s’effondre dans les flammes

Le 16 mai 1943, le général SS Jürgen Stroop ordonne la destruction de la Grande Synagogue de Varsovie. C’est le point final de l’insurrection du ghetto, lancée le 19 avril par quelques centaines de combattants juifs armés de pistolets, de cocktails Molotov et de grenades artisanales. Pendant près d’un mois, ils ont tenu tête à l’armée allemande. Le rapport officiel de Stroop, envoyé à Berlin ce jour-là, porte un titre glaçant : « Le quartier juif de Varsovie n’existe plus. »

Les chiffres donnent le vertige : environ 13 000 morts côté juif, 56 000 déportés vers Treblinka et Majdanek. Côté allemand, les pertes officielles sont de 16 morts — un chiffre largement sous-estimé par Stroop pour flatter sa hiérarchie. Des historiens avancent un bilan réel cinq à dix fois supérieur. Cette résistance désespérée, la première insurrection urbaine contre les nazis en Europe occupée, est restée un symbole universel de courage face à l’anéantissement.

Mais ce jour de mai 1943 cache un autre événement, bien plus léger, qui allait transformer le quotidien de millions de personnes de l’autre côté de l’Atlantique.

1892 : le tube de dentifrice qui a changé l’hygiène mondiale

Avant 1892, se brosser les dents était une épreuve. La poudre dentifrice se vendait en pot ou en boîte, il fallait y tremper sa brosse humide, et le résultat était aussi peu pratique qu’hygiénique — tout le monde piochait dans le même récipient. Le 16 mai 1892, le dentiste américain Washington Sheffield dépose le brevet d’un tube souple en métal pour conditionner sa crème dentifrice. L’idée lui est venue en observant les tubes de peinture utilisés par les artistes.

Le succès est foudroyant. En quelques années, le tube souple remplace les pots dans tous les foyers américains, puis européens. Colgate, qui vendait encore son dentifrice en bocal, est contraint de copier le format dès 1896. Ce geste banal — presser un tube le matin — n’existait tout simplement pas avant cette date. Sheffield n’est jamais devenu riche : il a négligé de breveter le concept du tube lui-même, seulement sa formule. D’autres s’en sont chargés.

Des tubes de dentifrice aux tubes d’or qui récompensent les acteurs, le 16 mai a décidément un faible pour les objets iconiques. Mais cette date est aussi celle de naissances qui ont marqué la pop culture.

Né un 16 mai : l’orphelin qui devint James Bond

Le 16 mai 1953, Pierce Brosnan naît à Drogheda, en Irlande, dans une famille qui se disloque presque immédiatement. Son père quitte le foyer quand il a un an. Sa mère part travailler à Londres et le confie à ses grands-parents, puis à des voisins, puis à un pensionnat. Il grandit avec le sentiment d’être « le garçon que personne ne gardait », confiera-t-il plus tard.

Arrivé à Londres à 11 ans, il découvre le théâtre presque par hasard. Un camarade l’emmène voir une pièce dans le West End, et c’est le choc. En 1995, il devient le cinquième interprète de James Bond dans GoldenEye. Détail savoureux : il avait déjà été choisi pour le rôle en 1986, mais la chaîne NBC avait refusé de le libérer de son contrat pour la série Remington Steele. Bond a dû attendre neuf ans pour récupérer son agent.

Née un 16 mai : la voix de « Like a Prayer » avant Madonna

Le 16 mai 1962, Janet Jackson voit le jour à Gary, dans l’Indiana — la même ville ouvrière qui a produit son frère Michael quelques années plus tôt. À 7 ans, elle monte déjà sur scène avec les Jackson 5. À 16 ans, elle décroche un rôle dans la série Fame. Mais c’est en 1986, avec l’album Control, qu’elle explose et se débarrasse définitivement de l’étiquette « petite sœur de ».

Ce que peu de gens savent : Janet Jackson a failli être cantonnée à la comédie. Son père Joe avait prévu pour elle une carrière d’actrice, pas de chanteuse. C’est elle qui a imposé la musique, allant jusqu’à co-écrire et co-produire ses propres morceaux à une époque où les maisons de disques ne laissaient quasiment aucune femme accéder à la table de mixage.

Le 16 mai a aussi vu naître, en 1955, Olga Korbut, la gymnaste soviétique qui a révolutionné le sport mondial aux Jeux olympiques de Munich en 1972 avec un salto arrière sur la poutre que personne n’avait jamais tenté en compétition.

1975 : une femme au sommet de l’Everest pour la première fois

Le 16 mai 1975, la Japonaise Junko Tabei devient la première femme à atteindre le sommet de l’Everest, à 8 849 mètres d’altitude. Elle a 35 ans, mesure 1,49 m et pèse 47 kg. Douze jours plus tôt, une avalanche a enseveli son camp et l’a laissée inconsciente pendant six minutes. Ses compagnons d’expédition, tous masculins, lui ont suggéré de redescendre. Elle a refusé.

Avant de partir pour le Népal, Tabei avait dû affronter un obstacle encore plus redoutable que l’altitude : le financement. Au Japon des années 1970, personne ne voulait sponsoriser une expédition féminine. Son club d’alpinisme, composé exclusivement de femmes, a fini par financer l’aventure en vendant des objets artisanaux. Tabei continuera à gravir des sommets jusqu’à sa mort en 2016 — elle avait alors conquis les plus hauts pics des sept continents.

Le 16 mai, c’est aussi le jour où, comme d’autres dates clés de l’histoire, le courage individuel a pesé plus lourd que toutes les conventions. Des insurgés du ghetto de Varsovie à une alpiniste japonaise de 47 kilos, cette journée nous rappelle que les exploits les plus mémorables viennent souvent de ceux à qui personne ne donnait la moindre chance.

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