17 mai : le jour où la Norvège a interdit l’homosexualité… puis est devenue pionnière du mariage pour tous
Chaque date cache ses contradictions. Le 17 mai n’échappe pas à la règle : ce jour a vu naître une constitution qui prônait la liberté tout en criminalisant l’amour entre hommes, a lancé la plus puissante bourse du monde depuis un trottoir de Manhattan, et a offert au cinéma français l’un de ses visages les plus magnétiques. Installe-toi, on remonte le temps.
Une constitution célébrée par tout un pays… qui cachait un article gênant
Le 17 mai 1814, 112 représentants norvégiens se réunissent à Eidsvoll, une petite ville au nord d’Oslo, pour signer la constitution du royaume de Norvège. Le texte est l’un des plus progressistes d’Europe à l’époque : séparation des pouvoirs, liberté de la presse, abolition des titres de noblesse. Aujourd’hui encore, le 17 mai est la fête nationale norvégienne, célébrée avec des défilés d’enfants, des drapeaux et des glaces.

Mais ce que les discours officiels omettent souvent, c’est que cette même constitution contenait un paragraphe 166 qui punissait les relations homosexuelles de prison. Il faudra attendre 1972 pour que la Norvège dépénalise l’homosexualité, et 2009 pour qu’elle autorise le mariage pour tous — devenant l’un des premiers pays au monde à le faire. Le contraste entre la constitution de 1814 et la Norvège moderne résume à lui seul deux siècles de combat pour les droits civiques.
Ce paradoxe norvégien n’est pas unique. Le même jour, de l’autre côté de l’Atlantique, un autre acte fondateur allait façonner le monde — mais celui-ci concernait l’argent.
Le jour où Wall Street est née sous un arbre
Le 17 mai 1792, vingt-quatre courtiers et marchands signent un accord informel sous un platane, au 68 Wall Street à New York. Ce texte d’à peine deux paragraphes, connu sous le nom d’Accord de Buttonwood, pose les bases de ce qui deviendra le New York Stock Exchange — la plus grande bourse du monde.
À l’époque, les échanges de titres se faisaient dans les cafés ou en pleine rue. L’accord fixe une règle simple : les signataires ne négocieront qu’entre eux et appliqueront une commission minimale de 0,25 %. Rien de plus. Pas de bâtiment, pas de régulateur, pas de technologie. Juste une poignée de main sous un arbre.

Aujourd’hui, le NYSE traite en moyenne 1 500 milliards de dollars d’échanges par jour. Cet arbre n’existe plus — il a été abattu par une tempête en 1865 — mais une plaque commémorative marque toujours l’emplacement exact. Si tu t’es déjà demandé comment les marchés financiers ont vu le jour, la réponse tient en un platane et vingt-quatre signatures.
Mais le 17 mai ne se limite pas aux révolutions politiques et financières. Ce jour-là, la médecine a aussi connu un tournant décisif.
Edward Jenner et le geste qui sauva des millions de vies
Le 17 mai 1749 naît Edward Jenner à Berkeley, en Angleterre. Médecin de campagne sans prétention, il deviendra pourtant l’homme qui terrassa la variole — une maladie qui tuait alors 400 000 Européens par an et défigurait les survivants.
En 1796, Jenner inocule à un garçon de huit ans, James Phipps, du pus prélevé sur une fermière infectée par la vaccine — la variole de la vache, bénigne pour l’homme. Six semaines plus tard, il expose l’enfant à la vraie variole. Le garçon ne tombe pas malade. Le principe de la vaccination vient de naître, même si le mot n’existe pas encore (il sera forgé à partir de « vacca », la vache en latin).
Ce que peu de gens savent : la communauté médicale londonienne a d’abord refusé de publier ses travaux, jugeant l’idée trop absurde. Jenner a dû financer lui-même la diffusion de ses résultats. En 1980, l’Organisation mondiale de la santé déclarera officiellement la variole éradiquée — la seule maladie humaine jamais rayée de la surface de la Terre. Tout a commencé avec un médecin de campagne né un 17 mai.
Pendant que la médecine progressait, la justice américaine, elle, allait prendre une décision historique sur un tout autre sujet.
1954 : neuf juges déclarent la ségrégation scolaire inconstitutionnelle
Le 17 mai 1954, la Cour suprême des États-Unis rend à l’unanimité l’arrêt Brown v. Board of Education. La décision est limpide : séparer les enfants noirs et blancs dans des écoles différentes viole le 14ᵉ amendement de la Constitution. « Des établissements séparés sont intrinsèquement inégaux », écrit le juge en chef Earl Warren.
L’affaire portait le nom d’Oliver Brown, un père de famille de Topeka, au Kansas, dont la fille Linda devait traverser toute la ville pour rejoindre une école réservée aux Noirs alors qu’une école blanche se trouvait à sept pâtés de maisons. Le dossier regroupait en réalité cinq plaintes venues de quatre États différents.
La décision provoqua un séisme politique. Plusieurs États du Sud refusèrent de l’appliquer pendant plus d’une décennie. En 1957, à Little Rock, en Arkansas, il fallut l’intervention de l’armée fédérale — 1 200 soldats de la 101ᵉ aéroportée — pour escorter neuf élèves noirs dans un lycée blanc. La bataille lancée un 17 mai allait durer des années.
Mais ce jour ne se résume pas aux grandes causes collectives. Il a aussi vu naître des personnalités qui, chacune à leur manière, ont marqué la culture populaire.
Les visages du 17 mai
En 1956, à Paris, naît un certain Dennis Besso — que le monde entier connaîtra sous le nom de Dennis Rodman. Non, pardon. Recalons. Le 17 mai 1961 voit naître Enya, de son vrai nom Eithne Pádraigín Ní Bhraonáin, dans le comté de Donegal, en Irlande. Issue d’une famille de neuf enfants tous musiciens, elle deviendra l’artiste solo ayant vendu le plus d’albums en Irlande — devant U2 si l’on compare artiste par artiste. Son titre « Orinoco Flow » (1988) s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, et pourtant Enya n’a jamais fait de tournée de concerts.
Le même jour, en 1955, naît Bill Paxton à Fort Worth, au Texas. Acteur culte de Titanic, Twister, Aliens et Apollo 13, il est l’un des rares acteurs à avoir été « tué » à l’écran par un Terminator, un Alien et un Predator. Un record macabre dont il était plutôt fier.
Côté français, le 17 mai 1973 voit naître Samy Naceri, futur Dani dans la saga Taxi de Luc Besson. Le premier film de la franchise, sorti en 1998, attire plus de 6 millions de spectateurs en France et lance une série de quatre suites. Naceri avait d’abord été repéré par Mathieu Kassovitz pour La Haine (1995) — un film qui lui ouvre les portes du cinéma français.
Ces naissances célèbres ne sont pas les seules curiosités que réserve cette date. L’histoire garde aussi des anecdotes que personne n’a vues venir.
L’anecdote que tu raconteras ce soir
Le 17 mai 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale, la Royal Air Force lance l’opération Chastise — l’un des raids les plus audacieux de l’histoire militaire. Objectif : détruire trois barrages de la vallée de la Ruhr, cœur industriel de l’Allemagne nazie, pour inonder les usines d’armement en contrebas.
Le problème : les barrages sont protégés par des filets anti-torpilles immergés. L’ingénieur Barnes Wallis invente alors une bombe qui rebondit sur l’eau — littéralement. Baptisée « bombe rebondissante », elle est larguée à exactement 18 mètres d’altitude et 370 km/h, rebondit plusieurs fois à la surface du lac comme un galet qu’on fait ricocher, passe par-dessus les filets, puis coule le long du barrage avant d’exploser.
Sur 19 bombardiers Lancaster engagés, 8 sont abattus et 53 aviateurs sont tués. Mais deux des trois barrages sont percés. L’inondation qui s’ensuit détruit des dizaines d’usines et coupe l’alimentation en eau de la Ruhr pendant des semaines. L’exploit est tel que les pilotes sont surnommés les « Dambusters » — les briseurs de barrages. Le raid inspire un film en 1955, puis une scène de Star Wars : l’attaque de l’Étoile de la Mort s’en est directement inspirée, comme l’a confirmé George Lucas.
Comme quoi, un 17 mai peut produire une constitution, une bourse mondiale, un vaccin, une victoire pour les droits civiques, une chanteuse qui refuse de donner des concerts… et une bombe qui fait des ricochets. Pas mal pour une seule date du calendrier.