20 mai : le jour où Christophe Colomb mourut oublié de tous… et où un avion traversa l’Atlantique pour la première fois
Le 20 mai est une date à double tranchant. D’un côté, un explorateur qui a changé la face du monde meurt ruiné et ignoré. De l’autre, un jeune pilote de 25 ans s’envole seul au-dessus de l’océan pour entrer dans la légende. Entre les deux, des révolutions, des naissances et au moins une histoire que tu ne raconteras pas à table sans provoquer un débat. Voici tout ce qui s’est passé un 20 mai.
1506 : Christophe Colomb meurt sans savoir qu’il a découvert l’Amérique
Le 20 mai 1506, dans une modeste maison de Valladolid en Espagne, Christophe Colomb rend son dernier souffle. Il a 54 ans, il est rongé par l’arthrite réactive et probablement par le syndrome de Reiter. Aucun chroniqueur de l’époque ne mentionne sa mort. Pas un seul. L’homme qui a ouvert la route vers un continent entier disparaît dans l’indifférence quasi totale.

Le plus troublant, c’est qu’il meurt convaincu d’avoir atteint l’Asie. Quatre voyages vers le Nouveau Monde, et jamais Colomb n’a admis — ou compris — qu’il avait posé le pied sur un continent inconnu des Européens. La couronne d’Espagne lui a retiré ses titres de gouverneur, ses privilèges financiers ont été largement rognés. Celui qui avait négocié un dixième de toutes les richesses des terres découvertes finit ses jours en réclamant son dû à un roi qui ne lui répond plus.
Détail macabre : ses restes ont voyagé autant après sa mort que de son vivant. Son corps a été déplacé de Valladolid à Séville, puis à Saint-Domingue, puis à La Havane, puis de retour à Séville. En 2006, une analyse ADN a confirmé que les ossements conservés dans la cathédrale de Séville sont bien les siens. Cinq siècles et quatre traversées posthumes pour trouver le repos. Mais un autre voyageur, quatre siècles plus tard, allait réussir sa traversée bien plus vite.
1927 : Lindbergh décolle de New York — 33 heures plus tard, Paris l’accueille en héros
Le 20 mai 1927, à 7 h 52 du matin, Charles Lindbergh fait décoller son Spirit of St. Louis de Roosevelt Field, à Long Island. L’avion pèse si lourd de carburant — 1 700 litres — qu’il rase les fils télégraphiques en bout de piste. Six aviateurs sont déjà morts en tentant la traversée de l’Atlantique sans escale. Lindbergh, lui, est seul à bord. Pas de copilote, pas de radio, pas de parachute. Il a 25 ans.

Pour rester éveillé pendant les 33 heures et 30 minutes de vol, il ouvre la fenêtre du cockpit et laisse l’air glacial lui fouetter le visage. Il vole parfois à trois mètres au-dessus des vagues pour vérifier la direction du vent. Quand il se pose au Bourget, le 21 mai à 22 h 22, 150 000 personnes l’attendent sur le tarmac. La foule est si dense qu’elle arrache des morceaux de toile de son avion en guise de souvenirs.
Le prix Orteig — 25 000 dollars offerts au premier aviateur à relier New York à Paris sans escale — lui revient. Mais c’est surtout l’aviation commerciale transatlantique qui vient de naître dans l’esprit du public. Ce que peu de gens savent, c’est que Lindbergh avait d’abord voulu acheter un avion multimoteur, mais aucun constructeur n’a accepté. C’est par défaut qu’il a opté pour un monomoteur, celui-là même qui l’a rendu immortel. Et pendant que Lindbergh survolait l’océan, une autre traversée se jouait au sol — celle de tout un peuple vers la liberté.
1902 : Cuba devient officiellement indépendante… sous conditions
Le 20 mai 1902, le drapeau cubain est hissé pour la première fois sur le Palais des Capitaines-Généraux de La Havane. Tomás Estrada Palma devient le premier président de la République de Cuba. Après quatre siècles de domination espagnole et quatre ans d’occupation américaine, l’île est enfin souveraine. Du moins, sur le papier.
Car l’indépendance cubaine vient avec un astérisque de taille : l’amendement Platt. Adopté par le Congrès américain en 1901 et intégré de force dans la Constitution cubaine, ce texte autorise les États-Unis à intervenir militairement sur l’île quand bon leur semble. Washington conserve aussi la base navale de Guantánamo — qui existe toujours 124 ans plus tard. Cuba est libre, mais en laisse. Cet amendement ne sera abrogé qu’en 1934, et son ombre planera sur la politique cubaine jusqu’à la révolution de Castro en 1959.
L’indépendance sous tutelle : un concept qui allait inspirer bien d’autres situations géopolitiques au XXe siècle. Mais ce 20 mai a aussi vu naître un outil bien plus discret, qui a pourtant changé la vie quotidienne de milliards de personnes.
1873 : Levi Strauss dépose le brevet du jean à rivets
Le 20 mai 1873, Levi Strauss et le tailleur Jacob Davis reçoivent le brevet n° 139 121 du bureau américain des brevets. Leur invention : des pantalons de travail en toile denim renforcés par des rivets en cuivre aux points de tension — poches et braguette. Le blue jean moderne vient de naître.
L’idée vient de Davis, un immigré letton installé à Reno dans le Nevada. Ses clients, des mineurs et des bûcherons, déchiraient leurs pantalons en permanence. Davis a eu l’idée de poser des rivets de harnais de cheval sur les coutures, mais il n’avait pas les 68 dollars nécessaires pour déposer le brevet. Il a écrit à Levi Strauss, son fournisseur de tissu, pour proposer un partenariat. Strauss a dit oui.
En 2025, un Levi’s 501 original de 1880, retrouvé dans une mine du Nevada, s’est vendu aux enchères pour 87 400 dollars. Le pantalon de travail le moins glamour de l’histoire est devenu un objet de collection. Mais le 20 mai n’a pas seulement habillé le monde — il a aussi fait naître des personnalités qui allaient le marquer.
Cher, Balzac et un gardien légendaire : les naissances du 20 mai
Le 20 mai 1799, Honoré de Balzac naît à Tours. Il écrira près de 90 romans et nouvelles dans La Comédie humaine, travaillant souvent 16 heures par jour, alimenté par des litres de café noir. On estime qu’il en buvait jusqu’à 50 tasses quotidiennes. Il mourra à 51 ans, criblé de dettes malgré une œuvre colossale — un destin que Léonard de Vinci, mort lui aussi dans une forme d’ironie du sort, aurait peut-être compris.
Le même jour, en 1946, naît Cherilyn Sarkisian à El Centro, en Californie. Le monde la connaîtra sous un seul prénom : Cher. À 80 ans en 2026, elle reste l’une des rares artistes à avoir décroché un Oscar, un Emmy, un Grammy et un Golden Globe. Son tube Believe, sorti en 1998, est aussi le premier morceau de l’histoire à utiliser massivement l’Auto-Tune — un effet que ses producteurs ont d’abord voulu cacher, de peur qu’on les accuse de tricher.
Autre naissance marquante : le 20 mai 1963, David Wells voit le jour à Torrance en Californie. Ce lanceur de baseball deviendra célèbre pour avoir réussi un match parfait avec les Yankees de New York en 1998, un exploit réalisé seulement 15 fois au XXe siècle en Major League Baseball. Wells a admis plus tard avoir joué ce match « à moitié ivre » après une nuit de fête. Ce qui nous amène à une anecdote que l’histoire du 20 mai gardait pour la fin.
1609 : Shakespeare publie ses Sonnets — sans son accord
Le 20 mai 1609, le registre des Stationers’ Company de Londres enregistre la publication des Sonnets de William Shakespeare. Le recueil contient 154 poèmes, dont certains sont adressés à un mystérieux « jeune homme » et d’autres à une « Dark Lady » dont l’identité fait toujours débat quatre siècles plus tard.
Ce qui rend cette publication fascinante, c’est que Shakespeare ne l’a probablement jamais autorisée. L’éditeur Thomas Thorpe semble avoir obtenu le manuscrit par des voies détournées. La dédicace du livre est adressée à un certain « Mr. W.H. », que des générations de chercheurs ont tenté d’identifier — Henry Wriothesley, William Herbert, ou peut-être un simple intermédiaire qui a fourni le texte. Shakespeare n’a jamais commenté publiquement cette publication. Pas un mot. Et il ne l’a jamais fait rééditer de son vivant.
Ironie supplémentaire : ces sonnets, publiés dans la controverse, sont aujourd’hui considérés comme l’un des plus grands monuments de la poésie anglaise. Le sonnet 18 — « Shall I compare thee to a summer’s day? » — est probablement le poème le plus cité au monde.
L’anecdote que personne ne connaît : le premier vol commercial avec un passager payant
Si tout le monde retient Lindbergh et son exploit de 1927, peu de gens savent que le 20 mai marque aussi un autre jalon de l’aviation. En 1926 — un an jour pour jour avant le décollage de Lindbergh — le Congrès américain adopte l’Air Commerce Act, la première loi fédérale réglementant l’aviation civile aux États-Unis.
Avant cette loi, n’importe qui pouvait piloter n’importe quoi. Pas de licence, pas d’inspection des appareils, pas de règles de navigation. Les « barnstormers », ces pilotes cascadeurs qui faisaient des shows aériens dans les campagnes, volaient avec des avions rafistolés et se crashaient régulièrement. L’Air Commerce Act a imposé les premières certifications de pilotes, les premiers contrôles d’appareils et les premières balises lumineuses pour le vol de nuit.
Sans cette loi adoptée un 20 mai, l’aviation commerciale telle qu’on la connaît — avec ses billets d’avion et ses règles de sécurité — n’aurait peut-être jamais décollé. Une coïncidence de calendrier qui donne au 20 mai une place unique dans l’histoire du ciel.