Baptême filmé en direct dans une piscine gonflable : un grand-père de 61 ans se noie, la pasteure inculpée
Un baptême censé marquer un nouveau départ. Une piscine gonflable installée dans une maison. Une cérémonie filmée et diffusée en direct. Et puis le drame, sous les yeux des proches et des internautes connectés. Robert Smith, 61 ans, coiffeur et grand-père de sept petits-enfants, n’a pas survécu à sa propre cérémonie de baptême. Aujourd’hui, la pasteure qui dirigeait le rituel est poursuivie pour homicide involontaire.
Un dimanche d’octobre qui devait être un jour de joie

Le 8 octobre 2023, tout était prêt dans cette maison de Slade Road, à Erdington, un quartier résidentiel de Birmingham en Angleterre. Une petite piscine gonflable avait été installée pour accueillir la cérémonie de baptême de Robert Smith. À 61 ans, cet homme décrit comme un grand-père aimant avait décidé de franchir le pas de la foi.
La scène était filmée. Pas en cachette, pas par un témoin discret avec son téléphone. Non, le baptême était volontairement diffusé en direct, probablement sur les réseaux sociaux de la communauté religieuse. Ce détail, qui aurait pu n’être qu’anecdotique, transforme aujourd’hui cette cérémonie en une pièce à conviction potentiellement accablante.
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Car quelque chose a mal tourné. Terriblement mal tourné. Robert Smith s’est noyé pendant le rituel d’immersion. Les secours ont été appelés en urgence, mais à leur arrivée, ils n’ont pu que constater le décès du sexagénaire. Un coiffeur de métier, père et grand-père, qui ne se relèvera jamais de ce qui devait être un moment de renaissance spirituelle.
Comme dans d’autres drames qui frappent des familles sans prévenir, la nouvelle a plongé les proches dans un état de sidération totale.
Comment se noyer dans une piscine gonflable ?

C’est la question que tout le monde se pose. Une piscine gonflable, ce n’est pas un lac, ni une rivière au courant traître. C’est un bassin de quelques dizaines de centimètres de profondeur, posé dans un jardin ou un salon. Alors comment un adulte de 61 ans peut-il s’y noyer ?
Le baptême par immersion implique de plonger la personne sous l’eau, ne serait-ce qu’un instant. Dans les églises évangéliques et pentecôtistes — très présentes à Birmingham —, cette pratique est courante. Le pasteur maintient le croyant en arrière, l’immerge brièvement, puis le relève. Un geste simple en apparence, mais qui nécessite une certaine maîtrise physique, surtout avec une personne plus âgée ou en situation de fragilité.
Les circonstances exactes de la noyade n’ont pas été rendues publiques à ce stade. Mais le fait que la vidéo existe en intégralité change la donne pour les enquêteurs. Chaque seconde du drame a été enregistrée. Chaque geste, chaque réaction — ou absence de réaction — est potentiellement analysable image par image.
Et c’est précisément cette vidéo qui a conduit les autorités à prendre une décision rare : inculper la personne qui dirigeait la cérémonie.
La pasteure face à la justice

Cheryl Bartley a 48 ans. C’est elle qui officiait ce jour-là. Selon les informations rapportées par le Guardian, le Crown Prosecution Service (CPS) — l’équivalent britannique du parquet — l’a inculpée d’un chef d’homicide involontaire par négligence grave. Un chef d’accusation lourd, qui signifie que les procureurs estiment que sa responsabilité dans la mort de Robert Smith dépasse le simple accident.
Malcolm McHaffie, chef de la division des crimes spéciaux du CPS, a été clair dans sa déclaration : « Nos procureurs ont établi qu’il existe suffisamment d’éléments de preuve pour porter cette affaire devant la justice et qu’il est dans l’intérêt public d’engager des poursuites. » En clair, ce n’est pas une poursuite symbolique. Les autorités estiment avoir un dossier solide.
Cheryl Bartley doit comparaître devant le tribunal de première instance de Birmingham le 14 mai prochain. C’est une audience préliminaire qui déterminera la suite de la procédure, mais le simple fait qu’une pasteure soit renvoyée devant un tribunal pour ce qui s’est passé lors d’un baptême constitue un cas quasiment sans précédent au Royaume-Uni. Si d’autres incidents lors de cérémonies ont déjà fait la une, celui-ci a une dimension judiciaire inédite.
La frontière entre rituel religieux et responsabilité pénale
Cette affaire pose une question que personne ne se posait vraiment avant ce 8 octobre : jusqu’où la responsabilité d’un officiant religieux s’étend-elle pendant une cérémonie ? En droit anglais, la « négligence grave » implique que la personne a manqué à un devoir de prudence de manière tellement flagrante qu’elle a causé la mort d’autrui.
Autrement dit, le CPS ne reproche pas à Cheryl Bartley d’avoir pratiqué un baptême par immersion. Il lui reproche de l’avoir fait dans des conditions qui, selon l’accusation, mettaient la vie de Robert Smith en danger. La taille du bassin, l’absence éventuelle de précautions médicales, la gestion physique de l’immersion d’un homme de 61 ans — autant d’éléments que le procès devra éclaircir.
Le baptême par immersion n’est pas interdit ni même réglementé au Royaume-Uni. Des milliers de cérémonies de ce type ont lieu chaque année sans le moindre incident. Mais cette affaire pourrait bien changer les pratiques, au moins dans les communautés évangéliques locales. Certaines voix appellent déjà à des protocoles de sécurité minimaux — présence d’un secouriste, vérification de l’état de santé du baptisé, utilisation de bassins adaptés.
Le procès de Cheryl Bartley s’annonce comme un cas juridique aussi complexe que sensible, à la croisée de la liberté religieuse et du droit pénal. La vidéo du drame, elle, existe toujours quelque part. Elle a été vue en direct. Et elle pourrait devenir la preuve centrale d’un procès que personne, ce dimanche d’octobre, n’avait imaginé. Comme le rappellent régulièrement les affaires qui secouent l’opinion publique, certains drames ordinaires finissent par poser des questions de société bien plus larges que leur point de départ.