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Son fils meurt à Bordeaux, personne ne le prévient : 4 mois plus tard, le CHU lui réclame 3 800 €

Publié par Gabrielle Nourry le 06 Avr 2026 à 8:03

Laurent Simon a vécu un cauchemar éveillé. En juillet 2025, un coup de téléphone lui apprend que son fils Ange est décédé. Le problème ? La mort remonte à quatre mois. Quatre mois pendant lesquels le corps du jeune homme est resté à la morgue du CHU de Bordeaux, sans que personne ne juge utile de contacter sa famille. Et comme si le deuil ne suffisait pas, l’hôpital lui présente aujourd’hui une facture de près de 3 800 euros.

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Un père sans nouvelles, mais pas sans raison

Couloir de morgue d'hôpital aux portes métalliques

Laurent Simon connaissait la situation de son fils. Ange vivait dans la rue et luttait contre des problèmes d’addiction. Son père ne s’en cachait pas. Quand il restait plusieurs mois sans nouvelles, il avait appris à ne plus s’alarmer. Ce n’était pas de l’indifférence — c’était la réalité brutale d’une vie en marge.

Mais un matin de juillet, un appel vient tout faire basculer. Laurent entend une rumeur terrible. Il décroche son téléphone, contacte plusieurs mairies, et finit par obtenir la confirmation glaciale : Ange est mort depuis quatre mois. Son corps repose dans la chambre froide du centre hospitalier universitaire de Bordeaux.

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« Ils l’ont laissé 4 mois dans un frigo »

C’est la phrase qui résume toute la colère de ce père. Une phrase brute, sans filtre, qu’il a livrée au micro de RMC ce mercredi. Laurent ne comprend pas pourquoi personne — ni la police, ni l’hôpital, ni aucune administration — n’a cherché à le retrouver pour le prévenir du décès de son fils.

« Ce qui pince fort, c’est que mon fils, ils l’ont laissé 4 mois dans un frigo. Le dernier dictat, on ne lui fait pas ça », a-t-il confié, la voix marquée par l’incompréhension. Laurent assure qu’il aurait immédiatement pris les choses en main si on l’avait prévenu à temps. « Dès que j’ai su, j’ai fait ce qu’il fallait pour s’occuper de lui », insiste-t-il.

Ce qui révolte aussi dans cette histoire, c’est le temps. Quatre mois, c’est 120 jours pendant lesquels un homme est resté seul, dans le froid d’une morgue, alors que sa famille existait, était joignable, et aurait voulu lui offrir des funérailles dignes.

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Une facture de 3 800 euros pour « frais de conservation »

Facture hospitalière posée sur une table de cuisine

Comme si l’épreuve n’était pas suffisante, le CHU de Bordeaux a adressé à Laurent Simon une facture de près de 4 000 euros. Le motif ? Les frais liés à la conservation prolongée du corps de son fils à la morgue de l’établissement.

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Pour Laurent, cette somme est tout simplement injuste. « Normalement, je n’ai pas à payer cette facture, parce que si les services de police avaient fait leur travail, en 15 jours, ils m’auraient retrouvé », explique-t-il. Il estime — et on peut comprendre sa logique — que son fils ne serait jamais resté quatre mois à la morgue si quelqu’un avait pris la peine de mener les recherches nécessaires.

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Cette situation rappelle d’autres cas où des familles se retrouvent confrontées à des dysfonctionnements administratifs aux conséquences dramatiques. Ou encore cette affaire où un patient en détresse n’avait pas été pris au sérieux par le Samu.

Le CHU se défend : « Ce n’est pas notre rôle »

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De son côté, le CHU de Bordeaux a répondu aux sollicitations médiatiques. Et sa position est claire : ce n’est pas à l’hôpital de retrouver les proches des personnes décédées. Techniquement, cette mission revient aux forces de l’ordre et aux services d’état civil.

L’argument se tient sur le plan réglementaire. Mais humainement, il laisse un goût amer. Car si chacun renvoie la balle à l’autre — la police à l’hôpital, l’hôpital à la police — c’est bien un père qui se retrouve à payer le prix, au sens propre et au sens figuré, d’une faille dans le système.

On pense également au cas de cette femme mal diagnostiquée par le corps médical, un autre exemple où le parcours de soin s’est transformé en parcours du combattant.

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Une cagnotte ouverte, mais l’amertume reste

Façade du CHU de Bordeaux au crépuscule

Face à cette facture qu’il juge indue, Laurent Simon a peu de moyens de recours immédiats. Une cagnotte en ligne a été ouverte pour l’aider à couvrir les frais réclamés par le CHU. Pour l’instant, elle a récolté environ 250 euros — loin des 3 800 demandés.

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Au-delà de la question financière, c’est toute la question de l’accompagnement des familles de personnes sans domicile fixe qui est posée. Quand quelqu’un meurt dans la rue, qui se charge de prévenir ses proches ? Qui s’assure qu’un père, une mère, un frère ou une sœur ne découvrira pas la nouvelle des mois plus tard, par hasard, au téléphone ?

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Le parcours de vie d’Ange — SDF, en proie à l’addiction — fait partie de ces réalités qu’on préfère souvent ne pas regarder en face. Mais la mort, elle, ne fait pas de distinction sociale. Et les familles endeuillées méritent toutes la même considération, quel que soit le parcours du défunt.

Un dossier qui soulève bien des questions

Laurent Simon ne demande pas de miracle. Il demande simplement qu’on lui explique comment son fils a pu rester quatre mois dans une chambre froide sans que personne ne le contacte. Et pourquoi c’est à lui de payer la facture de cette attente.

Cette affaire, révélée par RMC, met en lumière une zone grise administrative qui concerne potentiellement des dizaines de familles chaque année en France. Des familles qui, comme celle de Laurent, n’ont pas les moyens de se battre contre un système qui semble parfois fonctionner en pilote automatique.

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Reste à savoir si cette médiatisation fera bouger les lignes. En attendant, un père pleure son fils. Et refuse de payer pour un silence qui n’aurait jamais dû exister.

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