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Espagne : un éleveur de 30 ans tué par un taureau dans la « rue de l’enfer » lors d’une fête traditionnelle

Publié par Cassandre le 27 Avr 2026 à 17:40
Espagne : un éleveur de 30 ans tué par un taureau dans la « rue de l'enfer » lors d'une fête traditionnelle

Vendredi soir, dans une petite ville d’Andalousie, une fête de village a viré au cauchemar. Santiago Barrero San Roman, 30 ans, éleveur de taureaux de combat, a été encorné à mort devant des dizaines de spectateurs lors des traditionnelles festivités de San Marcos. La scène s’est déroulée dans une rue que les habitants surnomment depuis longtemps « la rue de l’enfer ». Un nom qui, cette fois, a pris tout son sens.

Rue étroite d'un village andalou lors d'une fête taurine

Une rue au surnom tristement prophétique

Beas de Segura est une commune d’environ 5 000 habitants nichée dans la province de Jaén, au cœur de l’Andalousie. Chaque année, entre le 22 et le 25 avril, la ville célèbre la fête de San Marcos, un événement qui attire des centaines de participants et de curieux venus assister aux lâchers de taureaux dans les rues. Des traditions qui rappellent les célèbres encierros de Pampelune, mais à une échelle bien plus locale.

Au cœur de ces festivités, la Calle Palomares occupe une place à part. Les habitants la surnomment la calle del infierno — la rue de l’enfer — en raison de l’intensité des courses qui s’y déroulent. Étroite, bordée de barrières en bois, elle offre peu d’espace pour esquiver un animal lancé à pleine charge. Participer au lâcher dans cette rue relève autant de la tradition que du défi.

C’est précisément là que Santiago Barrero San Roman a tenté de se mettre à l’abri vendredi soir. Un choix qui lui a coûté la vie. Mais ce qui rend ce drame encore plus marquant, c’est le profil de la victime : loin d’être un touriste inconscient, c’était un professionnel du monde taurin.

Il connaissait les taureaux mieux que personne

Santiago Barrero San Roman n’était pas un simple spectateur. À 30 ans, il appartenait à une nouvelle génération d’éleveurs de taureaux de combat en Espagne. Fils et petit-fils d’éleveurs, il avait grandi au milieu des bêtes, travaillant aux côtés de son père et de son grand-père dans l’exploitation familiale. Il avait récemment lancé son propre projet d’élevage, avec des liens étroits avec Torrestrella, l’un des élevages les plus prestigieux d’Espagne, réputé pour ses taureaux de combat et ses chevaux.

Jeune éleveur espagnol dans un pâturage au coucher du soleil

Il avait hérité d’un petit troupeau familial et nourrissait l’ambition d’étendre son activité dans les années à venir. Ses proches le décrivaient comme un homme profondément ancré dans la vie rurale, passionné par son métier. Un profil qui rend le drame d’autant plus cruel : même une connaissance intime de ces animaux ne protège pas de leur puissance brute.

Santiago laisse derrière lui une femme enceinte et un jeune enfant. Un détail qui a bouleversé la communauté locale bien au-delà du cercle des aficionados. Mais comment, exactement, les événements ont-ils basculé ce vendredi soir ?

Piégé derrière un tonneau, projeté en l’air

Les images, rapidement diffusées sur les réseaux sociaux espagnols, montrent une scène d’une violence sidérante. On y voit Santiago tenter de s’abriter derrière un tonneau disposé le long de la Calle Palomares. Le taureau, lancé dans la rue, l’a repéré et s’est acharné sur lui.

L’animal l’a d’abord projeté en l’air à l’aide de ses cornes. Santiago est retombé au sol, a tenté de reculer, mais le taureau l’a traîné sur plusieurs mètres le long de la chaussée, sous les yeux de dizaines de festivaliers tétanisés. Plusieurs hommes se sont précipités pour tenter de détourner l’attention de la bête. D’autres ont tiré sur une corde attachée au taureau pour l’éloigner.

Rien n’y a fait. L’animal a continué son assaut, plaquant l’éleveur contre une clôture en bois avec ses cornes, le traînant encore au sol. Des témoins ont raconté aux médias locaux que la corne du taureau avait transpercé le thorax de la victime. Des faits divers d’une telle brutalité rappellent que le danger peut surgir dans les contextes les plus familiers.

Santiago a été évacué en urgence vers un hôpital voisin, où les médecins ont tenté de le stabiliser. Il a succombé à ses blessures environ une heure après l’incident.

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La fête a continué — avec une minute de silence

La réaction des organisateurs a fait débat. La Hermandad de San Marcos, confrérie qui organise les festivités, a publié un communiqué exprimant sa « profonde douleur » et ses condoléances à la famille. L’organisation a appelé à « l’unité » face à ce qu’elle a décrit comme un « moment de deuil profond ».

Minute de silence lors d'une fête de village en Espagne

Pourtant, les festivités ont repris leur cours normal après le drame. Seule concession : une minute de silence a été observée en mémoire de Santiago. Un choix qui interroge, mais qui reflète une réalité bien ancrée en Espagne : les fêtes taurines, aussi dangereuses soient-elles, continuent d’être considérées comme un patrimoine culturel intouchable par une partie de la population.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul incident grave lié aux taureaux survenu ces derniers jours dans le pays. Et le cas suivant a touché une figure autrement plus médiatique du monde taurin.

Un matador star encorné à Séville quelques jours plus tôt

La mort de Santiago survient dans un contexte particulièrement tendu pour la tauromachie espagnole. Quelques jours avant le drame de Beas de Segura, l’un des matadors les plus célèbres du pays, Morante de la Puebla, a été grièvement blessé dans les arènes de la Maestranza à Séville — l’un des temples de la corrida.

Surnommé le « roi des toreros », Morante a été victime d’une fraction de seconde d’inattention. Le taureau, ignorant le mouvement de la cape, a chargé directement vers lui, l’atteignant au niveau de la hanche avant de lui perforer le rectum avec sa corne. Une blessure interne de 10 centimètres qui a nécessité une intervention chirurgicale d’urgence sous anesthésie générale.

Depuis son lit d’hôpital, après avoir quitté les soins intensifs, le matador a confié : « C’est l’encornement le plus douloureux de toute ma carrière. La douleur était atroce. » Il a également admis la peur ressentie immédiatement après l’attaque. On est loin de certaines mésaventures sportives anecdotiques : ici, chaque seconde peut être fatale.

Un débat qui ne s’éteint jamais

Chaque année, les fêtes taurines en Espagne tuent ou blessent gravement des participants. Les encierros et lâchers de taureaux dans les rues, moins encadrés que les corridas en arène, sont particulièrement meurtriers. Les victimes sont souvent des locaux, parfois des professionnels comme Santiago, rarement des touristes — contrairement à l’image véhiculée à l’international.

Le débat sur l’interdiction de ces pratiques agite l’Espagne depuis des décennies, sans jamais aboutir à une décision nationale. Certaines régions, comme la Catalogne, ont interdit la corrida. Mais les lâchers de taureaux dans les rues, souvent organisés par des confréries religieuses ou des associations locales, échappent largement à ces restrictions.

Entre tradition culturelle revendiquée et risque mortel assumé, l’Espagne continue de vivre avec cette contradiction. Pour Santiago Barrero San Roman, père de famille et passionné de taureaux depuis l’enfance, la « rue de l’enfer » de Beas de Segura aura été le dernier décor d’une passion héritée de trois générations. Sa femme, enceinte, et son enfant devront désormais poursuivre sans lui.

Des drames qui résonnent bien au-delà des frontières espagnoles — comme l’histoire méconnue de cette micro-république oubliée entre l’Espagne et le Portugal, preuve que la péninsule ibérique n’a pas fini de nous surprendre.

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